«The Overcrowded Barracoon», Naipaul vit Maurice plonger tout droit dans la catastrophe

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Cette parution (édition 1984) décrit Maurice comme une baraque d’esclaves surpeuplée.

Cette parution (édition 1984) décrit Maurice comme une baraque d’esclaves surpeuplée.

L’écrivain britannique, décédé samedi, a joué les Cassandre pour notre pays. Après sa visite en 1971, il décrit l’île et peint de façon étonnante les personnages de Paul Bérenger et de Gaëtan Duval.

The Overcrowded Barracoon ou la baraque d’es- claves surpeuplée : le titre même du reportage de V.S. Naipaul (de son vrai nom sir Vidiadhar Surajprasad Naipaul, (photo) est éminemment négatif sur Maurice. Ce reportage est paru dans l’hebdomadaire anglais à fort tirage, le Sunday Times, le 16 juillet 1972. Naipaul avait passé quelques semaines à Maurice en 1971, année de fortes perturbations sociales, politiques et industrielles, provoquées par le Mouvement militant mauricien (MMM). Le reportage, avec d’autres récits, a été plus tard publié sous forme de livre portant le titre de The Overcrowded Barracoon. L’auteur, né à Trinidad, est décédé samedi, à l’âge de 85 ans.

Le ton dans le pur style de Naipaul, maniant à la fois la dérision et une certaine forme d’arrogance intellectuelle, est donné au début même du reportage. L’auteur explique que le départ de six charpentiers mauriciens prenant un emploi au Swaziland fait la une d’un journal. Le chômage est tellement dramatique qu’un jeune Mauricien s’adresse par les termes «Your Majesty» à un infirmier en chef dans un hôpital anglais afin d’y obtenir un petit emploi.

Ensuite, Naipaul parle d’un «désastre» qui frappa Maurice en 1949. Quelle calamité ? L’éradication du paludisme (malaria). Car c’est à partir de ce moment que le pays connut son vrai problème, la surpopulation.

La description des différents groupes ethniques du pays se fait d’une façon qui va choquer les politiquement corrects de 2018. Naipaul décrit les casinos du pays et parle de ceux qui se changent «from khaki shorts and singlets into suits» pour aller risquer des milliers de roupies la nuit. La journée, ils trichent avec des boîtes d’allumettes à la boutique afin de se faire un peu d’argent.

Quelques observations de Naipaul sur des facettes de la société mauricienne :

  • Le thé mauricien est qualifié de «flavourless».
  • Maurice est tellement dépendant de l’Afrique du Sud qu’il suffit de retourner le cendrier dans la chambre d’hôtel pour savoir comment Made in South Africa se dit en afrikaans.
  • «Mauritius is no place for the anti-apartheid campaigner
  • Gaëtan Duval est pro-Sud Afrique et partisan de Black Power en même temps.
  • «Mauritius is a conservative, wife-beating society and the government does not want to offend anybody.»
  • Le rhum à 55 sous mauriciens la topette est jugé «bien bien cher», cité en français.
  • Les Mauriciens préfèrent le vin banane qui se vend à nettement meilleur marché.
  • Les Mauriciens se plaignent de ne pouvoir aller au cinéma au coût d’une roupie en troisième et deux roupies vingt-cinq en première.
  • On ne peut fêter le Divali car «we can’t buy presents for the children or give them new clothes».
  • Pourtant, un homme de 35 ans «with the pot belly, had had six children in the six years he has been on relief» (le gouvernement d’alors donnait quatre jours de travail aux chômeurs, système connu comme Quatre jours à Paris.
  • Au commencement d’un meeting de l’Union démocratique mauricienne, à Curepipe, sont présents «only a few… boys, some in oversize jackets that belong to fathers or elder brothers».
  • Les plans de développement économique «that are put forward have a Robinson Crusoe, boy scout quality.»
  • Duval lance un projet pour l’élevage du porc. Or, on mange ou on vend les porcelets. Pour Naipaul, le projet cochon est devenu cochon projet.
  • Visite à une prostituée à PortLouis: «A large photograph of a sailor hangs on the wall. The Bihari girl (la prostituée) says he is Swedish.»
  • «In a bigger, richer country, Gaëtan Duval, the Foreign Minister, might have been an actor or a pop star.»
  • Citant Duval: «The English don’t like me, even when they try. The French are different. Do you know what they said about me in the French papers? A handsome black god.»
  • Duval part faire un toast à des nouveaux mariés. «He came back many minutes later. His eyes were champagne-bright and he was smiling.»
  • «…Bérenger was with his bodyguard, a black giant called Muttur, running slightly to fat».
  • «Bérenger comes from an old French Mauritian family. His father was a civil servant. Not a planter, not a landed man; and there are people in Mauritius who say that this is at the heart of Bérenger’s own rebellion.»
  • À propos d’un forum du MMM à Rose-Hill : «It was the brightest gathering I had seen in Mauritius».
  • Sir Seewoosagur Ramgoolam répondant sur le paiement d’allocations à des chômeurs : «Children are born. I cannot allow them to grow up stunted. If they are well fed, well educated, they are not a burden on society.’

Naipaul termine son reportage sur une note de catastrophe imminente : «But tranquility recedes. The barracoon is overcrowded; the escape routes are closed. The people are disaffected and have no sense of danger.»

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