Dan Maraye: «Les actionnaires vont payer les pots cassés»

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Les créances douteuses de SBM Holdings à des entités kenyane et dubaïote ne cessent d’alimenter les conversations dans les milieux financiers. L’ancien gouverneur de la BoM, Dan Maraye, donne son avis.

Vous avez été gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), de mars 1996 à décembre 1998. Estimez-vous que la SBM a suivi toutes les procédures avant d’octroyer ces prêts, en termes de «due diligence» et «Know your customer» notamment ?

Je ne peux vous le dire. Par contre, une banque doit avoir un Credit risk assessment sur tous les prêts qu’elle accorde. Il y a un comité à cet effet, il ne s’agit pas d’une seule personne concernée. Lorsque le comité a fait son risk assessment, il fait des recommandations à de plus hauts dirigeants qui eux prennent la décision. Il arrive que le comité dise que «the risk is too high», cela veut dire qu’il ne recommande pas le prêt. Mais ces recommandations peuvent être bypassed par le top management de la banque.

À ce moment, ce sont ces personnes qui assument la responsabilité du prêt. Inversement, si le credit risk assessment committee recommande un prêt, la direction peut refuser de l’accorder par la suite si elle estime que le credit risk assessment a été mal fait. Il faut savoir qui sont membres de ce comité et selon quels critères ils travaillent et s’ils ont fait une bonne évaluation des risques. Vous me parliez de due diligence, c’est un peu le cas. C’est le cas d’ailleurs pour tous les prêts mais pour les plus petits montants, cela ne va pas nécessairement jusqu’au credit risk assessment committee. Il y a aussi le Mauritius Credit Information Bureau, géré par la banque centrale et qui centralise toutes les informations concernant les prêts dans le pays.

Dans le cas des prêts non performants du Kenya et de Dubaï, y a-t-il eu maldonne,d’autant que dans son communiqué de vendredi, la SBM avoue un «suspected fraud» concernant le second ?

 Ces deux prêts concernent des montants conséquents et il paraît que le travail n’a pas été bien fait au niveau de la banque. Lorsqu’il s’agit d’une compagnie outremer, il faut faire un exercice de due diligence et bien analyser le balance sheet de la compagnie sur au moins trois années. Bref, il faut faire un full assessment. C’est comme une étude de faisabilité que la compagnie doit faire pour que la banque puisse l’évaluer. La banque doit aussi faire ses propres recherches.

Est-ce que la loi fait provision pour de telles procédures ?

Ce sont les procédures internes des banques, appliquées par toutes celles qui sont bien gérées.

En d’autres mots, c’est possible qu’il y ait eu un manquement au niveau des procédures de la banque ?

C’est clair qu’il y a eu un manquement, je dirai même plusieurs manquements. Il s’agit peut-être d’un manque de vigilance ou même d’expérience. Il se peut aussi que la banque ait octroyé ces prêts en catimini et que c’est la BoM qui a attiré l’attention sur ces problèmes lorsqu’elle a fait son inspection. On n’en sait rien.

La banque centrale est restée discrète sur cette affaire. Quel est son rôle ?

 Une banque centrale travaille en toute discrétion. Je pense qu’elle essaie de gérer l’affaire et questionner la SBM pour voir how genuine the credit assessment team has been.

Est-ce que le prêt a été accordé en connaissance des risques ou y a-t-il eu autre chose ?

 Mais, à ce stade, on ne peut blâmer la BoM.

 Dans le cas du prêt kenyan, c’est l’auditeur EY qui a alerté le régulateur. Était-ce judicieux ?

 Absolument ! Les auditeurs ont le devoir d’alerter la banque centrale dans de tels cas. Si les auditeurs ne l’avaient pas fait comme pour la Bramer Bank et la MPCB par exemple, cela aurait été très grave. Ils ont d’ailleurs été blâmés. Il y a eu plusieurs cas, comme dans celui de l’ex-Union Bank où les auditeurs n’avaient pas été à la hauteur. Je ne serai pas surpris si ces mêmes auditeurs n’avaient pas eu à dédommager les actionnaires de cette banque ! D’ailleurs la BoM doit tenir régulièrement des réunions tripartites avec la banque et ses auditeurs.

Des critiques ont été émises dans la presse selon lesquelles la banque centrale ne disposerait pas des compétences requises au sommet. Aujourd’hui, c’est la même chose à la MBC, à la FSC…

Notre système demande à être revu car ce qui se passe est dangereux. Les gens perdent confiance et cela a un effet direct sur les institutions et sur l’économie. D’autre part, je me demande s’il n’est pas temps de revoir la façon de nommer les administrateurs indépendants sur le board des banques. Prenez le cas de la Barclays Bank, où Ameenah GuribFakim siégait sur le board comme Independent director, juste avant d’accéder à la présidence… On aimerait comprendre sur quels critères elle a été choisie pour ce poste.

Finalement ce sont les actionnaires qui casqueront pour les manquements de la banque… Bien entendu. Because the shareholders are the owners of the company.

La BoM peut-elle prendre des sanctions s’il s’avère qu’il y a eu manquement de la part de la SBM?

Oui. Elle va faire ses recommandations à la banque. Les gens qui ont été responsables de la prise de décision are going to be taken to task et peut-être même renvoyés. La BoM peut aussi demander que les actionnaires injectent plus d’argent en termes de capital. D’ailleurs, c’est une des conditions pour l’obtention d’une banking licence.

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