Rajen Bablee: «Il ne faut pas que le rapport dorme dans un tiroir»

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Rajen Bablee, directeur exécutif de Transparency Mauritius.

Rajen Bablee, directeur exécutif de Transparency Mauritius. 

Le directeur exécutif de Transparency Mauritius revient sur le rapport Lam Shang Leen. Il espère que les actions que prendra le gouvernement seront précises, visibles et comprises.

Quelle est l’analyse de Transparency Mauritius sur le rapport Lam Shang Leen ? 
Le rapport de la commission d’enquête est un instantané des faits présentés devant elle et qu’elle a analysé. Le rapport n’est pas un jugement et les recommandations s’inspirent des témoignages et des faits. Le rapport n’est définitivement pas une finalité mais, au contraire, un point de départ pour les autorités de faire un constat et de préparer une stratégie basée sur les recommandations.

En parallèle, il s’agit de vérifier les faits énumérés. Par ailleurs, certaines pistes requièrent des changements systémiques et le gouvernement, les institutions et la société civile devraient, ensemble, trouver des solutions et se servir de cette synergie pour créer un changement de culture au sein de notre société.

Le tableau dressé par la commission vous a-t-il surpris ? 
Non, pas vraiment. C’est une suite du rapport de la commission Rault, mais en plus détaillé. Le rapport confirme, aussi, ce que certains travailleurs sociaux ont dit sur le trafic de drogue et ses réseaux. Il est important d’analyser chaque piste point par point et travailler sur des actions précises pour remédier à la situation. Il ne faut pas que le rapport dorme dans un tiroir.

L’ancien juge et ses deux assesseurs font état d’une situation chaotique dans nos institutions. Où faut-il agir en premier ? 
Les institutions souffrent et cette souffrance est le fruit de plusieurs manquements. Il faut se souvenir que dans son manifeste électoral, le gouvernement avait déjà mis le doigt sur ces maux et avait proposé des solutions. On peut citer la méritocratie, la transparence dans les décisions, la libre circulation de l’information, le financement des partis politiques, le combat contre la corruption et le blanchiment d’argent, la déclaration des avoirs, entre autres.

Il ne s’agit pas d’agir de façon disparate mais d’avoir une stratégie holistique pour un changement en profondeur. Par exemple, pour mener le combat contre le blanchiment, l’idée d’avoir une Financial Crime Commission, pour harmoniser les enquêtes et actions, était pertinente et l’idée se retrouve en filigrane dans les recommandations de la commission.

Mais, jusqu’à présent, aucune action n’a été prise par le gouvernement. Est-ce un mauvais signal ? 
Il y a toujours deux façons, sinon plus, de voir les choses. Le rapport a été rendu public, un comité interministériel a été mis sur pied, une équipe d’enquêteurs a été mise en place au sein de la police et des explications et suggestions demandées auprès des ministères et des institutions cités. Au moins, deux membres du gouvernement ont démissionné.

Certains diront que c’est déjà une forme d’action. D’autres diront que ce n’est pas suffisant. Le gouvernement travaille dans un circuit fermé, ce qui laisse une perception d’opacité et que la police, dont plusieurs membres ont été montrés du doigt, ne peut enquêter sur elle-même. 

Suivant ce rapport, quelles sont les recommandations de Transparency Mauritius au gouvernement ? 
Il est primordial que le gouvernement agisse et que son action soit précise, visible et comprise. Il faut être conscient que se précipiter risque de fragiliser les enquêtes et les dossiers d’instruction, ce qui donnera du sérum aux trafiquants et leurs complices. Il est dommage que le gouvernement opère souvent en huis clos au sein de ces comités interministériels et n’implique pas suffisamment la société civile dans des exercices de consultation.

S’il n’y a pas de méritocratie au sein des institutions. Nous serons tous perdants. Et s’il faut chercher un point de départ, nous dirons que c’est de commencer à réellement travailler sur une loi pour réglementer le financement des politiciens et des partis politiques. Il est ridicule que le gouvernement parle de combat contre le blanchiment et permet, en même temps, des groupes sans statut légal, association ou compagnie de recevoir et gérer des millions sans aucun compte à rendre. 

Il peut être perçu, d’une part, que le gouvernement veut contrôler la société civile en imposant un contrôle sur le financement des ONG à travers un organisme public dirigé par des nominés politiques. D’autre part, on retarde la mise en place d’une loi-cadre pour le financement politique. 

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