SBM: des centaines de millions de roupies de créances douteuses en un seul trimestre

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La SBM se retrouve fragilisée suivant plusieurs prêts non performants.

  La SBM se retrouve fragilisée suivant plusieurs prêts non performants.  

C’est le «talk of the town» dans les milieux financiers et dans les «board rooms» de la capitale. Il s’agit des résultats trimestriels de la State Bank of Mauritius (SBM). Le conseil d’administration devait se réunir ce vendredi 10 août pour les officialiser.

Une information somme toute normale, cette publication des résultats financiers… si ce n’est que l’établissement aurait, selon nos informations, fait provision de plusieurs centaines de millions de roupies liées aux créances douteuses, sur la période allant du 1er avril au 30 juin 2018.

À la SBM Tower, personne n’ose confirmer ce montant de «provisioning», le plus gros en un seul trimestre, après celui de 2015 pour l’ex-BAI de Dawood Rawat à la même banque, qui s’élevait à plus de Rs 800 millions, étalé sur deux ans. Un auditeur faisant partie du Big Four (PWC, Ersnt & Young – EY –, KPMG et Deloitte) souligne que cette provision est liée à des prêts déclarés non-performants durant cette période. Dont celui octroyé à un groupe kenyan.

«Même si la SBM affirme que les prêts de Rs 4,8 milliards ont été sécurisés, un auditeur peut faire provision pour ce montant s’il a des doutes sur l’engagement des débiteurs à rembourser. Il est fort probable que le montant de cette provision inclut le prêt kenyan

Éviter le pire

Ce prêt, décaissé il y a trois mois à trois clients kenyans faisant partie du groupe Pabari Investments, nommément Pabari Distributors, Kotecha et Unifresh Exotics, fait l’objet d’une enquête d’EY d’Afrique du Sud, assisté d’auditeurs du cabinet local EY. Celle-ci a été commanditée par la Banque de Maurice.

«Il est clair que la Banque de Maurice, comme régulateur, ne compte pas prendre de risques pour cette banque, dont le poids dans l’économie mauricienne est significatif et aurait demandé qu’elle fasse provision pour éviter le pire à l’avenir.»

Comme si cette affaire n’était pas suffisante pour fragiliser cette banque, voilà qu’après le dossier Kenya, un autre prêt transfrontalier de Rs 875 millions ($ 25 millions) éclabousse cet établissement. Il s’agit d’une société dubaïote qui a eu recours à un courtier pour négocier avec la State Bank en vue de financer l’achat d’hydrocarbure. Le broker aurait disparu dans la nature et l’argent avec. Ce qui a jeté un froid parmi les directeurs de cette banque.

Une décision qui a précipité l’auditeur externe à faire provision pour des créances douteuses, même s’il y a une chance sur mille pour que la banque puisse recouvrer cet argent, nous dit-on à la SBM Tower.

La banque, dans un communiqué jeudi soir, 9 août, à 20 h 45, affirme avoir ouvert une enquête interne «suivant une suspicion de fraude de la part du client», sans toutefois préciser l’identité du client ni de quelle affaire il s’agit. «La banque dispose de solides mécanismes de procédures qui lui permettent d’engager un processus de recouvrement en cas de défaut de paiement.»

Revers financiers

Si le montant de ces créances douteuses, financièrement élevées de surcroît, se confirme, la profitabilité de la banque devrait être mise sous forte pression, occasionnant même des pertes.

Pour le trimestre précédent, se terminant au 31 mars 2018, la SBM a réalisé des bénéfices nets de Rs 839 millions, alors que, comparés à la même période l’année dernière, ils s’affichaient à Rs 598 millions. Quant aux pertes liées aux créances douteuses pour le premier trimestre de 2018, elles s’élevaient à Rs 221 millions.

Comble de l’ironie, Raj Dussoye, Chief Executive Officer, misait sur les opérations internationales pour doper les transactions de la banque, avec l’avènement de nouveaux produits et services et sa stratégie de diversification. C’était ses perspectives pour les prochains trimestres. Or, il se trouve que les revers financiers sont venus principalement des clients étrangers et de ses opérations kenyanes (Chase Bank, Fidelity Bank et plus récemment Imperial Bank), qui n’ont pas véritablement décollé, alors que les coûts opérationnels sont conséquents.

Décidément, les secousses financières ne finissent pas de faire trembler la SBM Tower.

La banque perd 5,1 % de sa valeur en une semaine

À la Bourse, la SBM est en chute libre depuis quelques jours. Une tendance baissière liée aux tracasseries de la banque avec ses prêts risqués non-performants hors de Maurice. Ainsi du 1er au 7 août, elle a perdu 5,1 % de sa valeur, passant à Rs 7,04 l’action hier, jeudi 9 août, contre Rs 7,42 le 1er août.

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