Promotion dans la fonction publique: pourquoi l’ancienneté a la vie dure ?

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Les quelque 83 000 fonctionnaires dépendent des réformes administratives du gouvernement s’ils veulent voir du changement dans le mode de promotion.

Les quelque 83 000 fonctionnaires dépendent des réformes administratives du gouvernement s’ils veulent voir du changement dans le mode de promotion.

Si le critère de sélection est désormais une réalité dans l’exercice de promotion des aspirants maîtres d’école, pas sûr que cela devienne la norme pour l’ensemble de la fonction publique. Les syndicats sont opposés à l’abolition du critère d’ancienneté tant qu’une réforme de la Public Service Commission (PSC) n’est pas proposée et mise en pratique par le gouvernement. Celui-ci, malgré les déclarations d’intention, est toujours réticent à l’idée d’une refonte de la PSC. La proposition n’a d’ailleurs pas été retenue dans le Budget 2018-2019.

Dans la fonction publique, c’est une évolution majeure. Après plusieurs années, dans le cas des maîtres d’école, le critère de sélection a été retenu au détriment de celui de l’ancienneté. Désormais, pour accéder au poste de chef d’établissement du primaire, dans la fonction publique, il ne faut pas nécessairement avoir fait une longue carrière au sein du ministère de l’Éducation.

Le candidat, grâce à ses qualifications académiques et à ses compétences professionnelles, peut prétendre à ce poste. L’ancien président de la Mauritius Head Teachers Association, Jagarnaden Sunassee, se dit très favorable à cette mesure, même si elle a pris plus de dix ans à être appliquée par le ministère.

«Être administrateur d’un établissement du primaire, c’est être responsable de tout, de l’infrastructure jusqu’au mobilier, en passant par la sécurité des écoliers et du personnel enseignant. Un travail qui demande qu’on soit proactif», explique celui qui a été maître d’école pendant 15 ans.

Mentalité critiquée

Le débat n’est pas limité au secteur éducatif. Le critère de sélection doit concerner toutes les sphères de la fonction publique, qui compte près de 83 000 fonctionnaires. C’est, du moins, l’avis de Dev Ruhee, ancien Chief Executive Officer au ministère de l’Éducation et Secretary for Public Affairs au ministère de la Fonction publique. Il fait ressortir que ce débat, enclenché dans le cadre des réformes de l’administration publique, date de 2003 et que les différents rapports du Pay Research Bureau en font d’ailleurs état.

«Au sujet des reproches faits à la fonction publique, il n’y a pas que la lourdeur administrative mais il y a aussi, et surtout, la mentalité qui y règne et qui freine l’efficacité», soutient- il. «Avoir des jeunes à des postes de responsabilité va non seulement apporter du sang neuf mais cela permettra aussi de penser autrement.»

C’est dans cette logique, explique Dev Ruhee, que le projet de Mentorship avait été lancé, afin de permettre à un débutant de bénéficier des conseils et des connaissances d’une personne plus expérimentée. «Il ne faut pas pour autant négliger complètement l’aspect seniority», affirme l’ancien haut cadre.

Il faudrait, selon lui, trouver une formule où les deux éléments d’ancienneté et de sélection soient pris en considération. De plus, continue-t-il, il faut un système d’évaluation de performance qui soit réellement efficace, de même qu’une révision des exercices de promotion.

Bien entendu, pour avoir un tel système, il faut des réformes à plusieurs niveaux, estime Rashid Imrith, président de la Federation of Public Sector and Other Unions. La PSC doit pouvoir être transparente. Actuellement, dit-il, il existe deux types de promotions dans la fonction publique – la class to class promotion et la grade to grade promotion.

«Tant que la PSC pratiquera l’opacité, nous ne pouvons pas accepter que le critère de sélection devienne la norme dans l’ensemble de la Fonction publique. Il y a un problème de perception», affirme le syndicaliste. Il faudrait selon lui, commencer à enregistrer les interviews et pour ce qui est des examens écrits, publier les résultats. «Par exemple, dans le cas de la police, il faut un système transparent, où le public peut vérifier les qualifications des recrues.»

Retraite tardive

Pour le syndicaliste, le critère d’ancienneté assure une plus grande méritocratie. Les jeunes doivent attendre patiemment leur tour comme cela a été le cas avec les anciens qui ont gravi les échelons après de longues années de travail et de sacrifice dans le secteur public. Cependant, pour de nombreux experts, ce serait un des facteurs qui provoqueraient la frustration chez les juniors, qui doivent non seulement faire face à des anciens qui optent pour une retraite de plus en plus tardive mais aussi au problème des nominations politiques.

«C’est un phénomène qui a pris naissance au moment de l’Indépendance», avance Vijay Ramgoolam, ancien haut fonctionnaire au ministère de l’Industrie. «Ce n’est pas la compétence, dit-il, qui est privilégiée mais les proches du pouvoir qui ont été promus à des postes alors qu’ils ne le méritaient pas. C’est cette situation qui a causé l’état actuel de l’administration publique.»

D’ailleurs, fait-on ressortir, la PSC ne peut pas procéder à la nomination de la haute hiérarchie de la fonction publique (Permanent Secretary, entre autres) sans la recommandation du Premier ministre. Le gouvernement a-t-il la volonté de revoir sa copie dans le cadre de son plan de réforme de la Fonction publique ? Le ministre de tutelle, Eddy Boisézon, est resté injoignable malgré nos sollicitations.

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