Accident de la route: amputé d’une jambe, Warren trace sa voie

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Ce fils d’un pêcheur de Grand-Gaube à la retraite et d’une mère employée de cuisine d’hôtel avait rêvé d’une autre vie pour lui.

Ce fils d’un pêcheur de Grand-Gaube à la retraite et d’une mère employée de cuisine d’hôtel avait rêvé d’une autre vie pour lui.

Depuis un an et demi, Warren Valentin prend l’autobus chaque matin pour rejoindre l’atelier de la Global Rainbow Foundation (GRF)/Jaipur Foot, à Petit-Raffray, et attendre que les amputés de la main ou dupied viennent soumettre leurs mesures à des fins de fabrication de moules et de prothèses en plastique recyclé. Il se fait un devoir d’être toujours à l’heure et parfois même en avance. Prothèse oblige, sa démarche est chaloupée. Si, au début, il avait du mal à trouver son équilibre, aujourd’hui, c’est chose faite.

Ce fils d’un pêcheur de Grand-Gaube à la retraite et d’une mère employée de cuisine d’hôtel avait rêvé d’une autre vie pour lui. Après une scolarité secondaire raccourcie, il s’est senti attiré par une formation technique en électrique qu’il suit au Centre Technique St.-Montfort, à Ste-Croix. Lorsqu’il complète son cours, il trouve un emploi à l’hôtel Paul et Virginie et il rejoint l’équipe de maintenance. Il apprécie énormément son travail et son employeur est satisfait de lui.

En avril 2014, il s’achète une moto. Deux jours après, en sortant de Goodlands vers 19 h 30, il pilote sa moto pour rentrer chez lui quand un 4X4 freine brutalement devant son deux roues. Il ne peut éviter la collision. «Mo pa finn gagn séparé. Monn ézecté. Loto ki ti pé rémonté inn bat ar mo lazam ek mo tibia inn kas an trwa.» Tout cela, il l’apprend à son réveil, car sur le moment, il est «inpé dan léral.»

Warren Valentin reste hospitalisé quatre mois. Durant ce séjour, il subit cinq opérations car, au départ, son genou ne réagit pas. Lorsque le médecin réussit à faire bouger le genou, c’est le pied qui s’infecte. Bien qu’il soit rentré à la maison, il doit faire le va-et-vient entre chez lui et l’hôpital car sa jambe ne guérit pas. Il subit dix autres opérations. Au final, lorsque le médecin craint la gangrène et lui conseille l’amputation, Warren Valentin accepte, car il est fatigué et résigné.

Son moral prend un sale coup, d’autant plus qu’il était sportif et faisait du cross-country trois fois la semaine. C’est la mort dans l’âme qu’il doit donner sa démission à son employeur, qui le soutenait financièrement jusque-là. Warren Valentin est irrité du fait qu’il ne peut se déplacer convenablement avec ses béquilles. Il sait qu’il a besoin d’une prothèse. Il est agacé car il doit se déplacer à trois reprises à la section orthopédique, à Beau-Bassin, pour faire une demande de prothèse. Et l’attente est longue. Lors d’un de ses déplacements, un inconnu l’approche et se propose de lui obtenir une prothèse. Warren Valentin lui laisse ses coordonnées. Il est rapidement contacté et invité à se rendre au siège de la Global Rainbow Foundation, à Petit-Raffray. Sa jambe est examinée par un médecin, qui le trouve apte à porter une prothèse.

Reprendre goût à la vie

Deux semaines plus tard, il est invité à participer à un camp de la Jaipur Foot, qui collabore avec la GRF, et fabrique des prothèses en plastique recyclé pour les personnes amputées. Il obtient la sienne en deux jours. Fasciné, il pose des questions. Lorsque Armoogum Parsuraman, le fondateur et directeur de la GRF l’apprend, il l’invite à venir suivre un cours sur la fabrication de prothèses pour personnes amputées.

Comme Warren Valentin a du temps, il s’inscrit au cours. Une semaine après, il est envoyé à l’atelier de la Jaipur Foot/GRF, à Petit-Raffray. Au bout de quatre mois d’apprentissage, il maîtrise la technique de fabrication de prothèses. Il se fait un nouvel ami en la personne de Curtis Malborough, qui a lui aussi perdu une jambe et porte une prothèse. Ce dernier est un employé de l’atelier.

La demande pour les prothèses augmentant en raison du nombre d’amputations diabétiques et accidentelles, Curtis Malborough le recommande comme deuxième prothésiste dans l’atelier. En décembre 2016, Warren Valentin est officiellement recruté et perçoit depuis un salaire mensuel de Rs 8 000.

Depuis, il a repris goût à la vie et se sent valorisé. «Fer protez enn mari travay. Sa finn vinn mo pasion. Mo finn rési rékomans marsé ek la mo pé ed lézot dimounn. Kot zot pa ti pé kapav rémarsé, ou fer zot rémarsé ek répran enn travay. Mo pé rési rémet enn sourir lor zot figir ek lazwa dan zot léker.»

Aux jeunes qui roulent des motos, il recommande la prudence. «Fodé zot pran boukou prékosion lor larout. Fodé pa zot roul brit, konsom lalkol ek lézot zafer ki vinn avek. Zot bizin konn roul zot lavi…»

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