Befrienders: ces amis qui vous veulent du bien

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À ce jour, une soixantaine de personnes sont volontaires au sein de l’association.

À ce jour, une soixantaine de personnes sont volontaires au sein de l’association.

«Soudain, ils ne changent plus de vêtements, peuvent distribuer leurs biens personnels, sont souvent fatigués, résignés et ne veulent plus vivre. Sur dix personnes suicidées, huit ont donné de tels signes d’alerte», confie Poospa. Au collège Bon et Perpétuel Secours (BPS), à Beau-Bassin, ce samedi-là, elle accueille une vingtaine de nouveaux volontaires. D’ici huit semaines, ils intégreront le centre d’écoute de Befrienders.

Exposés aux signes avant-coureurs du suicide, ces derniers sont mis en situation pratique. Le cas d’un ami au chômage et endetté,  qui s’est ouvert les veines, leur est exposé. «Comment allez-vous gérer cela en tant qu’ami ?» lance José Emilien, président de Befrienders. L’assistance fourmille d’idées : soutien financier, quête d’un autre emploi, accompagnement à l’hôpital, etc. «Et maintenant, en tant que Befriender demande l’animateur. Un silence règne pendant que les méninges se creusent pour examiner la différence entre l’ami et le Befriender. L’animateur les oriente : «Un Befriender n’est pas là pour un soutien financier ni des conseils personnels. Par contre, vous devez écouter les émotions, comprendre pourquoi il en est arrivé là, redonner confiance.»

Cette distinction marque immédiatement les participants : «Là, j’ai compris les rôles de Friend et de Befriender. Parfois, on peut juger le souci et la cause d’un problème sans forcément aider la personne dans le fond. C’est vraiment en étant bénévole que l’on pourra l’orienter sur le droit chemin», indique Jean-Marie, un volontaire.

Pour une participante de 25 ans, la prise de conscience est désormais évidente : «J’ai un cousin de loin et des amis qui ont fait des tentatives de suicide. Jusqu’à présent, je n’ai jamais su pourquoi. Maintenant je comprends mieux. Cela me travaille depuis longtemps. Désormais, je suis plus à même de soutenir ces personnes en difficulté.»

Quant à un autre bénévole, le fait de connaître des personnes sujettes à des problèmes émotionnels et financiers a boosté sa motivation : «Ils doivent réaliser que le suicide n’est pas la solution.» De son côté, Jean-Marie, estime important de donner de son temps : «La société a beaucoup de problèmes. C’est un moyen d’être à son service.»

Écoute et sensibilisation

Ce service, justement, comprend deux volets – le service d’écoute et la sensibilisation. Dans le premier cas, un centre d’écoute fonctionne sur quatre rotations avec deux bénévoles à chaque fois, soit de 9 heures à midi, de midi à 15 heures, de 15 à 18 heures et de 18 à 21 heures. Après 21 heures, il y a une collaboration avec Life Plus, la hotline des autorités qui fonctionne 24 heures sur 24. «Mensuellement, nous recevons 140 appels. Nous offrons un soutien émotionnel et travaillons sur le regain de l’estime », explique José Emilien.

Le suivi est également assuré : «Par exemple, si l’individu est aux prises avec des addictions comme l’alcool ou des maladies comme la schizophrénie, nous allons d’abordl’écouter et comprendre. Ensuite, nous lui proposerons de l’orienter vers des centres de traitement, entre autres. Nous ne jugeons pas les gens sur leurs problèmes», explique José Emilien. Tout est fait dans l’anonymat, précise-t-il. Si besoin est, ces derniers peuvent solliciter un rendez-vous avec les membres de Befrienders. À ce jour, une soixantaine de personnes sont volontaires au sein de l’association.

Cet encadrement a-t-il un effet dissuasif au suicide ? «On ne réalise pas l’importance de l’écoute mais quand les gens ont pu libérer leur coeur, cela les aide considérablement », ajoute-t-il. Les autres services incluent les campagnes de sensibilisation au sein des ONG, écoles, centres récréatifs, etc.

La formation est donc impérative avant d’intégrer ce service. Au total, dix séances sont effectuées avec les nouveaux bénévoles. Ainsi, après les signes avant-coureurs du suicide et les émotions d’un individu suicidaire, ce sont les barrières à la communication, la gestion des appels reçus, les personnes en colère et les mineurs qui sollicitent de l’aide qui seront décortiqués. Ensuite, l’intervention en situation d’urgence, par exemple suivant l’appel d’un individu en pleine tentative, est également étudiée. «À la complétion des séances, le travail d’écoute débute au centre. Chaque nouveau bénévole est accompagné par un mentor, soit un membre de l’association, qui va les chaperonner», indique-t-il.

En chiffres

Selon les Crime, Justice and Security Statistics de 2017, 85 cas de suicide et 297 tentatives de suicide ont été recensés durant l’année écoulée. En 2016, ces taux étaient de 77 et 356 respectivement. D’après le ministère de la Santé, de 2001 à 2014, entre 84 et 131 cas de suicide ont été enregistrés. En 2015, le National Health Report évoque 879 tentatives de suicide, dont 418, soit 47,6 %, chez les femmes. Et sur 504 décès, 20,6 % étaient dus au suicide. En termes d’âge, on note une fréquence accrue du suicide chez les hommes âgés de 30 à 44 ans et les femmes de 15 à 29 ans.

De bénévoles à formatrices

Témoignages

Sheila


 

«En 2007, j’ai repéré une annonce pour des bénévoles dans le journal. J’ai choisi Befrienders sans savoir que l’organisme apportait un soutien contre le suicide. J’ai suivi les cours puis j’ai intégré le centre d’écoute. C’était à une fréquence de 3 heures par semaine. Ensuite, j’ai commencé à participer à des campagnes dans les écoles, centres sociaux et avec des femmes, entre autres. Je suis maintenant formatrice des nouveaux bénévoles et je continuerai. C’est sans regret.»

Lilla


 

«En 2007, j’ai commencé par l’écoute au centre et également en prison. Souvent, il n’y a personne pour écouter les prisonniers. Qu’ils soient coupables ou non, ils doivent sentir qu’une personne peut leur tendre la main. Ce soutien peut les aider à trouver les solutions. Beaucoup reviennent vers nous, disant qu’ils ont retrouvé leur chemin. Et maintenant je continue mon travail en formant d’autres bénévoles.»

Poospa


 

«J’étais dans l’enseignement depuis longtemps. À la retraite, j’ai commencé avec le volontariat. J’aime faire ça. Je suis désormais secrétaire de l’association, je forme les volontaires et je continue à faire l’écoute le lundi de 15 heures à 18 heures. Souvent, nous avons des appels pour des problèmes conjugaux et d’adolescents. Le service est entièrement anonyme. Nous cherchons un côté positif chez la personne. Nous explorons cette facette pour qu’elle reprenne confiance en elle.»

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