Accident à Baie-du-Tombeau: La colère de la rue

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Plusieurs éléments de la SSU ont été mandés sur les lieux, hier. © Doreck Clair

Plusieurs éléments de la SSU ont été mandés sur les lieux, hier. © Doreck Clair

La fureur, la colère et la tension étaient palpables aux abords de l’entrée de Baie-du-Tombeau, hier matin. Les habitants étaient remontés après le décès de Mohammad Oozeerally Massood, 50 ans. Le quinquagénaire a été fauché par la voiture conduite par Ougeshsing Mundloth. Si des policiers n’étaient pas intervenus, ce dernier aurait pu être lynché.

Mohammad Oozeerally Massood est la 105e victime d’accident de la route depuis le début de l’année. Et pour les gens de la région, c’est surtout un mort de trop. Les villageois déplorent la lenteur de réaction des autorités, qui avaient été à maintes reprises informées du danger que représente cette partie de la route. Pour les habitants du coin, des feux de signalisation auraient dû avoir été installés à cet endroit.

«Ce n’est pas la première personne à mourir ici et ce ne sera sûrement pas la dernière», lâche Reza Assenally. Cet habitant de la région soutient que les conseillers du village ne font pas le suivi qu’ils auraient dû faire. «Est-ce qu’ils ont déjà évoqué le sujet à qui de droit ? C’est à se demander !»

Une autre habitante a dû être rappelée à l’ordre par ses pairs tant elle avait du mal à contenir sa colère et proférait des jurons. «Je suis révoltée parce que la personne décédée aurait pu être un membre de ma famille. À plusieurs reprises, nous avons fait comprendre que cette région est dangereuse, mais personne ne nous écoute.»

Pour le président du Nouveau Groupe de Zenfants Baie-du-Tombeau, Douglas Baya, plusieurs facteurs ont contribué à la révolte des habitants. «Il y a une absence de lampadaires et aussi de marquage sur la route. Il aurait dû y avoir un panneau de signalisation forçant les conducteurs à ralentir et à s’arrêter sur cette rue appelée Macadam.» Il évoque aussi un manque de trottoirs dans cette région. «Les gens sont contraints de marcher sur la voie publique, à leurs risques et périls.»

Les habitants espèrent que maintenant qu’il y a eu mort d’homme, les autorités prendront les mesures qui s’imposent rapidement.

«J’ai vu mon mari sous les roues de la voiture»

Mohammad Oozeerally Massood, 50 ans, se rendait chez son père à Pailles hier matin lorsqu’une panne de moto l’a stoppé à la rue Macadam. Alors qu’il attendait que son épouse, Husna Banon-Massood, vienne le rejoindre, il a été renversé par la voiture que conduisait Ougeshsing Mundloth.

La victime s’était garée devant le local de la Tombeau Bay Embroidery Ltd. Cet entrepreneur travaillant à son compte a alors appelé son épouse pour lui dire que sa moto a eu des ennuis mécaniques. Husna Banon-Massood, âgée d’une quarantaine d’années, raconte à l’express qu’elle a pris un taxi pour le rejoindre. Mais qu’arrivée sur les lieux, elle a eu le choc de sa vie en voyant son mari sous les roues du véhicule accidenté.

Des badauds en colère entouraient la Volkswagen. Cette image ne cesse de la hanter. «En descendant du taxi, j’ai d’abord vu la moto de mon époux. Lorsque j’ai demandé où se trouvait la personne qui pilotait le deux-roues, c’est là que j’ai vu son corps sous les roues de la voiture», confie Husna Banon-Massood, traumatisée.

Elle a alors demandé aux policiers présents de transporter son époux au plus vite dans une clinique, mais ils ont préféré attendre le service d’aide médicale d’urgence. «Sa vie aurait pu être sauvée si on n’avait pas attendu autant pour l’emmener à la clinique», affirme la veuve de Mohammad Oozeerally Massood.

Interrogée à cet effet, une source policière explique que selon le protocole en vigueur, la police n’est pas habilitée à acheminer des blessés graves dans un centre de soins. «La police doit, avant toute chose, évaluer la situation. Si la personne est légèrement blessée, on peut l’y emmener. Mais Lorsqu’un accident est grave, nous devons attendre la venue du personnel soignant, qui a les compétences requises pour soulever un blessé grave, a les équipements nécessaires et le transport approprié pour le mener à l’hôpital le plus proche», explique notre source.

L’autopsie de Mohammad Oozeerally Massood, pratiquée par le médecin légiste de la police, le Dr Prem Chamane, a attribué son décès à de multiples blessures. Ses funérailles ont eu lieu hier après-midi.

Surekha Persand : L’âme d’une battante

Sa fille unique est convaincue : sa mère, Surekha Persand, aussi connue comme Kamla, sera tirée d’affaire. «Pour moi, c’est une battante», confie cette dernière, qui a préféré opter pour l’anonymat. «Pour le moment, elle est admise à l’Intensive Care Unit de l’hôpital SSRN mais je sais que la semaine prochaine, elle sera de nouveau sur pied.»

Toutefois, les médecins lui ont appris qu’ils devront opérer sa mère à nouveau. Hier matin, juste après son admission, Surekha Persand, qui a eu l’estomac perforé au cours de l’accident, a été opérée. «Les médecins devront aussi s’occuper de ses autres fractures», ajoute la jeune femme.

Cette dernière, également mère d’un garçon, confie que Surekha Persand se rendait au travail – elle est employée à Original Confection Ltd à Baie-du-Tombeau – comme elle le fait tous les matins en compagnie de deux Bangladais. Mais hier matin, la sexagénaire était seule.

Sa famille est bouleversée par ce qui lui est arrivé. Ses proches et elle avaient prévu d’assister au mariage d’un cousin hier après-midi. Cérémonie qui n’a pu être reportée. «Des tels préparatifs sont si importants qu’on ne peut les renvoyer à une date ultérieure. Nous avons demandé aux membres de la famille de ne pas modifier leurs plans pour nous. Mariaz inn fini fixé, bisin fer li, mem si mama blésé.»

L’état de santé du Bangladais Mohammed Reshel Yendew, l’autre blessé, est stable, selon les médecins de l’hôpital du Nord. Il était également en route pour le travail lorsqu’il a été renversé par la Volkswagen d’Ougeshsing Mundloth.

Ougeshsing Mundloth : «Mo’nn paniké»

Le conducteur de la Volkswagen Golf, âgé de 37 ans, n’en est pas à son premier accident. Il y a un mois, Ougeshsing Mundloth a été impliqué dans un autre accident à Bois-Chéri, localité où il vit et pour lequel il a, selon nos informations, été testé positif à l’alcootest.

Hier matin, juste après l’accident, qui a coûté la vie à Mohammad Oozeerally Massood, Ougeshsing Mundloth a subi un alcootest, qui s’est révélé négatif. Des prélèvements sanguins ont aussi été effectués sur le trentenaire pour savoir s’il n’était pas sous l’emprise de substances illicites. Hier, au lieu d’être traduit en cour de Port-Louis, pour des raisons de sécurité, la police l’a fait comparaître devant le tribunal de Pamplemousses. Après quoi, il a été reconduit en cellule policière.

Interrogé par les enquêteurs, Ougeshsing Mundloth leur a expliqué qu’il ne sait pas ce qui lui est arrivé. «Mo’nn tap avek enn dimounn apré mo’nn paniké», a-t-il raconté. Il a confié qu’il se rendait à Port-Louis pour effectuer des démarches mais qu’il avait la tête fatiguée. Il s’est rendu à la plage de Baie-du-Tombeau pour prendre un peu d’air et c’est en remontant vers Port-Louis que le drame a eu lieu. Il a expliqué qu’il roulait à moins de 80 km/h. La police n’a pas encore pris sa déposition officielle.

Après l’accident, les limiers de la Criminal Investigation Division (CID) de Port Louis Nord ont dû l’évacuer rapidement du lieu de l’accident tant la foule, composée d’environ 200 personnes, était en colère. La Special Supporting Unit a aussi été déployée en grand nombre. L’enquête est menée conjointement par la police de Baie-du-Tombeau et la CID de Port-Louis Nord, sous la supervision des surintendants de police Bansoodeb et Paraouty.

Un homme d’une étrange discrétion

Il se fait très discret dans son village de Bois-Chéri. Ougeshsing Mundloth est décrit comme quelqu’un de peu bavard par ses voisins et même par les membres de sa famille. L’homme de 37 ans est le fils unique d’une famille de quatre enfants. L’on sait peu de choses de lui si ce n’est qu’il a travaillé pendant dix ans en Italie avant d’être recruté par des bateaux de croisières.

À son retour, il s’est marié. Toutefois, le ménage n’a pas duré. Sa maison, clôturée par un mur d’enceinte, est entourée de caméras de surveillance. Les vitres de sa Volkswagen accidentée sont teintées.

Il a peu d’amis dans le voisinage. Ceux qui le connaissent un peu parlent de lui comme d’un solitaire. Si une certaine opulence se dégage de sa maison, celle de ses parents, située à une centaine de mètres de là, est surprenante. C’est une bicoque en tôle à la toiture trouée.

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