La démonétisation contre l’argent sale

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Plus de Rs 3 millions ont été saisies au domicile d’un marchand de fruits, en 2017. Cet argent proviendrait du trafic de drogue.

Plus de Rs 3 millions ont été saisies au domicile d’un marchand de fruits, en 2017. Cet argent proviendrait du trafic de drogue.

Lancer une nouvelle famille de billets afin de contrer l’argent sale. C’est ce que recommande la commission d’enquête sur la drogue. La Banque centrale serait en attente d’une directive des Finances à ce sujet…

Lutter contre le blanchiment d’argent, la corruption et l’évasion fiscale. C’est dans cette optique que le rapport de la commission d’enquête sur la drogue recommande la démonétisation. D’ailleurs, selon le rapport, l’argent provenant uniquement du trafic d’héroïne est évalué à Rs 4 milliards annuellement à Maurice.

Selon nos informations, la banque de Maurice (BoM) est toujours en attente d’une directive formelle du ministère des Finances afin de lancer une nouvelle famille de billets. Le contrat pourrait être alloué dans les mois qui viennent. Ce projet de 2016 avait pourtant été gelé en raison des coûts jugés exorbitants: Rs 600 millions pour l’émission de la nouvelle génération de billets.

Ce projet de 2016 avait pourtant été gelé en raison des coûts jugés exorbitants : Rs 600 M.

«C’est une mesure long overdue», commente Dan Maraye, ancien gouverneur de la BoM. La famille de billets existante est en circulation depuis 20 ans. Il est temps de changer, affirme-t-il. Remplacer les anciens billets servirait non seulement à éliminer les faux en circulation mais devrait aussi contraindre les trafiquants de drogue à changer la masse d’argent souvent caché dans les coffres-forts ou sous le matelas. Durant les travaux de la commission, un des avocats avait reconnu avoir reçu jusqu’à Rs 1,5 million en liquide de la part d’un proche d’un baron qui se trouvait en prison.

Ce qu’il faut surtout retirer de la circulation, d’après Paul Lam Shang Leen et ses assesseurs, ce sont surtout les grosses coupures. «The Commission recommends the Government to consider seriously to issue a new generation of bank notes in replacement of the current bank notes especially those of high denomination.»

Actuellement, il existe sept dénominations de billets de banque qui sont de Rs 25, Rs 50, Rs 100, Rs 200, Rs 500, Rs 1 000 et Rs 2 000. En termes de valeur, ce sont les billets de Rs 500 qui ont enregistré la plus grosse augmentation entre mai 2017 et mai 2018, pas- sant de Rs 3,52 milliards à Rs 4,35 milliards.

La plus grosse coupure, c’est-à-dire celle de Rs 2 000, reste peu utilisée. Les banques commerciales ont noté une réduction graduelle du volume en circulation. Même si celui-ci a chuté de Rs 4,5 milliards en mai 2017 à Rs 3,72 milliards à la même période cette année, certains experts préconisent l’élimination du billet de Rs 2 000. Les trafiquants qui amassent leur fortune chez eux privilégieraient les grosses coupures car étant moins encombrantes.

Parallèlement, afin d’éviter la contrefaçon, il est entre autres recommandé d’innover en délaissant complètement les traditionnels billets faits en papier pour passer aux billets en polymère, comme cela existe dans de nombreux pays. Aujourd’hui, seules trois coupures sont fabriquées en polymère à Maurice, à savoir celles de Rs 25, de Rs 50 et de Rs 500.

«Une situation qui doit changer, surtout à la lumière du rapport Lam Shang Leen», estime le député Alan Ganoo, qui dit avoir insisté sur la question. Sa dernière question parlementaire adressée au Premier ministre, en avril dernier, est restée sans réponse jusqu’ici. Le gouvernement, avance Alan Ganoo, ne peut plus se cacher derrière le coût des dépenses liées au projet de démonétisation,-- alors que le fléau de l’argent sale dans le pays a atteint un seuil sans précédent.

Pour rappel, le projet initié par Ramesh Basant Roi, ancien gouverneur de la BoM, avait été rejeté par le ministère des Finances car il avait proposé la disparition des effigies de personnalités politiques sur les coupures. Mais l’émission d’une nouvelle famille de billets est, semble-t-il, revenue d’actualité à la BoM Tower. L’express faisait, en effet, état de la présentation, au siège de la Banque centrale, de deux cadres de la société De la Rue, imprimeur britannique, la semaine dernière. Ainsi que de la visite du First Deputy Governor Renganaden Padayachy à Amsterdam pour rencontrer des cadres d’Obertur Fiduciaire, imprimeur français cette fois.

Toutefois, le remplacement des billets de banque ne servirait à rien si ce n’était pas accompagné d’autres mesures plus contraignantes envers les money changers, etc.

Karlo Jouan, Head of Faculty Accounting/Finance dans une institution supérieure privée, est d’avis que le gouvernement doit mobiliser des ressources et attaquer le problème de drogue à la source. «Avec la démonétisation, il y a un repli temporaire, mais les barons trouveront les moyens de s’en sortir», fait-il ressortir.

De nombreux spécialistes financiers estiment qu’il faut faire très attention et ne pas répéter la même erreur qu’en Inde. Une démonétisation surprise peut créer des mouvements de panique. C’est pourquoi il faut une campagne d’explication au préalable en donnant suffisamment de temps aux Mauriciens pour échanger leurs billets contre de nouvelles coupures, afin d’éviter le chaos.

 A Lire également l’opinion de l’ancien gouverneur de la  banque centrale  Dan Maraye paru dans l’édition du magazine Weekly.

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