Recrutement: Les diplômés de French and Creole Studies de nouveau sur la touche

Avec le soutien de
Le BA (Hons) French and Creole Studies est enseigné à l’université de Maurice.

Le BA (Hons) French and Creole Studies est enseigné à l’université de Maurice. 

Leur candidature au poste d’enseignant en Kreol Maurisien dans les collèges n’a pas été retenue. Or, ces jeunes sont les seuls à détenir un diplôme en «Creole Studies» à Maurice pour le moment. Certains parlent de discrimination et d’absence de cohérence de la part du ministère. 

Indignés. Dégoûtés. Les 20 diplômés du BA (Hons) French and Creole Studies gardaient espoir de pouvoir enfin devenir enseignants à plein-temps au secondaire. Mais ils ont appris que leurs candidatures n’ont pas été retenues. Pourquoi ? Le ministère de l’Éducation aurait préféré offrir les postes vacants à six enseignants de kreol morisien du primaire qui n’ont pas de diplôme dans le sujet enseigné. Ce, alors que c’est l’une des exigences figurant dans l’appel à candidatures. 

«C’est absurde», lâche une des diplômés du BA (Hons) French and Creole Studies. Cette supply teacher de kreol morisien au secondaire dit ne pas comprendre comment le gouvernement a pu recruter dans le secondaire six enseignants de kreol morisien du primaire. «Le gouvernement recherche actuellement des supply teachers pour l’année prochaine. Ce qui veut dire qu’il y a une demande. Où est la logique ? (…) Le marché est grand, mais la chance de pouvoir exercer ne nous est pas attribuée. Nous qui avons osé choisir le kreol alors que personne n’en voulait avant», se révolte-t-elle.

Sollicité, le ministère de l’Éducation n’a pas voulu faire de commentaires. Si la Public Service Commission et la Disciplined Forces Service Commission ont procédé au recrutement, des sources du ministère tiennent à préciser que l’embauche d’un enseignant dans une matière se fait selon la demande pour celle-ci au niveau des écoles. Et, s’agissant de l’exercice pour l’enrolment des supply teachers, il est à noter que celui-ci se fait annuellement, notamment pour remplacer des enseignants qui partent en congé pour diverses raisons. 

Interrogée, la Dr Yannick Bosquet-Ballah, Programme Coordinator du BA (Hons) French and Creole Studies et Chairperson du comité technique pour ce cours à l’université de Maurice (UoM), a, pour sa part, qualifié cette décision de préjudiciable pour les diplômés en kreol morisien. «Ils sont les seuls à détenir un diplôme en Creole Studies à Maurice pour le moment (NdlR, la prochaine cuvée recevra leur diplôme en octobre). Donc, de facto, ils sont les plus qualifiés pour enseigner le kreol morisien. Si on considère les critères de la qualification, il pourrait s’agir d’un cas de discrimination !»

La Dr Yannick Bosquet-Ballah estime qu’il y a un manque de cohérence. «L’une des raisons évoquées pour expliquer que le kreol morisien n’est pas offert dans toutes les écoles secondaires est le manque d’enseignants qualifiés (...) D’un côté, on nous dit qu’on ne peut enseigner le kreol morisien par manque de profs et quand ceux qui sont qualifiés postulent, on en recrute que six, et pas les plus qualifiés visiblement… »

Déterminée à défendre ses élèves, elle avance qu’en donnant le poste de supply teacher uniquement à ces élèves, on pourrait y lire une forme de marginalisation dans le traitement du kreol morisien au niveau du ministère et de l’Éducation. «C’est regrettable quand on sait l’importance que revêtent la reconnaissance et la juste place de la langue maternelle dans le milieu éducatif.» De faire valoir qu’il est inacceptable que les diplômés de l’UoM souhaitant exercer le métier d’enseignant et qui doivent passer par la case PGCE du MIE n’aient pas droit à ces cours. 

La Programme Coordinator du BA French and Creole Studies dit avoir adressé une lettre au Senior Chief Executive du ministère de l’Éducation. Cela, dans le but de dénoncer cette décision et de faire reconnaître les qualifications de ces jeunes. Mais, à ce jour, elle n’aurait pas obtenu d’accusé de réception. «Le même problème de recrutement s’était posé sous une autre forme l’année dernière et ces mêmes jeunes avaient été rassurés car ils sont justement les premiers diplômés en la matière.»

Sollicité, le Pr Arnaud Carpooran, doyen de la faculté des Sciences sociales et humaines de l’UoM et Personal Chair in French and Creole Studies, a affirmé qu’il ne peut cacher sa surprise en apprenant les résultats de l’exercice de recrutement des enseignants de kreol au niveau secondaire par le ministère de l’Éducation. Toutefois il soutient n’avoir pas choisi de réagir à chaud dans un premier temps, ce «dans l’attente d’être en présence de tous les éléments pouvant expliquer la rationalité derrière cette décision».

De préciser : «Je faisais partie du panel d’interview, mais pas de celui de recrutement. En tant qu’expert en ce qui concerne ce sujet, à mes yeux, tout s’était bien déroulé. D’où mon étonnement.» 

Le Pr Arnaud Carpooran, qui est actuellement en Casual Leave, espère avoir bientôt des éclaircissements. Il souhaite aussi que les jeunes diplômés soient rassurés par les autorités. 

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires