Diplomatie: cette amitié négligée avec l’Afrique qui pourrait nous coûter cher

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Pravind Jugnauth et le président du Zimbabwe, Emmerson Mnangwa, lors du sommet de l’Union africaine, en Éthiopie, en janvier.

Pravind Jugnauth et le président du Zimbabwe, Emmerson Mnangwa, lors du sommet de l’Union africaine, en Éthiopie, en janvier.

Les diplomates parlent de «négligence». À quelques semaines du Conseil des ministres aux Seychelles, au cours duquel le rapport de l’Eastern and Southern Africa Anti-Money Laundering Group (ESAAMLG) sera discuté, Maurice aura besoin de tout le soutien des pays membres du groupe. Mais voilà, les relations diplomatiques et amicales avec ces autres pays africains membres de l’ESAAMLG ne sont pas au beau fixe.

Dans son intervention au Parlement, mardi 17 juillet, Sudhir Sesungkur, ministre des Services financiers, avait lui-même mis en exergue le «low level of engagement of Mauritius with ESAAMLG with limited participation in the Council of Ministers». Quelques jours plus tôt, samedi 14 juillet, lors d’un point de presse, Paul Bérenger déplorait aussi le manque de relations diplomatiques bilatérales entre Maurice et les pays du continent africain.

«Nous avons une bonne diplomatie au niveau institutionnel, nous sommes représentés aux réunions de la SADC ou du Common Market for Eastern & Southern Africa mais il n’y a aucune relation bilatérale avec un certain nombre de pays qui ont quand même de l’importance pour nous.»

Les diplomates et experts en diplomatie abondent dans le même sens. Alors que les relations Maurice-Inde ou Maurice-Chine sont multidimensionnelles, le pays semble bouder l’Afrique…

«Nou fer fézer avek bann péi afrikin», a soutenu Paul Bérenger, le 14 juillet. Pour le leader des mauves, les représentations mauriciennes aux rencontres d’organisations telles que la Southern African Development Community (SADC) ou l’Union africaine (UA) sont déplorables. D’ailleurs, il cite l’absence du Premier ministre (PM) au 31e sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’UA, les 1er et 2 juillet. Maurice y était représenté par l’Attorney General, Maneesh Gobin. Pravind Jugnauth s’était, lui, rendu à Addis Abeba en juillet 2017 et en janvier 2018 pour deux sommets de l’UA.

Pour Amédée Darga, ancien Chairman de l’Africa Business Club, c’est le manque de relations bilatérales plutôt que multilatérales qui fait défaut. «Nous avons une bonne diplomatie au niveau institutionnel, nous sommes représentés aux réunions de la SADC ou du Common Market for Eastern & Southern Africa mais il n’y a aucune relation bilatérale avec un certain nombre de pays qui ont quand même de l’importance pour nous.»

Ils sont nombreux à constater le manque de représentation diplomatique en Afrique. Maurice n’y compte que cinq ambassades, dont en Afrique du Sud et en Éthiopie. «Et encore, en Éthiopie, l’ambassade est plus politique qu’autre chose. Elle y est à cause du Head Office de l’UA», explique Vijay Makhan. Pour Amédee Darga comme pour Vijay Makhan, ces cinq ambassades sont insuffisantes si l’on veut tisser des liens avec les pays africains.

Arvin Boolell, ex-ministre des Affaires étrangères, soutient, lui, que des ambassades ne sont pas essentielles. «Aujourd’hui, il y a l’electronic diplomacy. Il n’y a pas forcément lieu d’avoir une présence physique. Sous notre gouvernement, il y avait deux délégués : Marie-France Roussety et Azad Dhomun qui étaient basés à Maurice, mais qui étaient délégués dans les pays africains quand il le fallait.»

Le manque de visites officielles est aussi un signe d’amitié négligée. «Quand est-ce qu’un PM mauricien s’est-il rendu en visite officielle dans un autre pays africain ?» se demande un homme d’affaires, expert du marché africain. C’est un constat que fait aussi Amédée Darge. «Il y a un effort appréciable de la part du ministre Vishnu Lutchmeenaraidoo, mais ce n’est pas souvent que le PM mauricien va rendre visite à ses pairs hors du cadre multilatéral.»

Pourquoi ne soigne-ton pas notre relation avec l’Afrique ? «Une partie de notre diplomatie est liée à des intérêts strictement financiers. On côtoie, donc, les pays qui nous apportent des aides importantes, comme la France», soutient Amédée Darga. Certains liens diplomatiques sont aussi maintenus parce que «ça conforte une certaine composante de notre population». Pour un homme d’affaires avéré dans la «stratégie africaine» de Maurice, notre passé colonial est un obstacle dans notre intérêt pour l’Afrique.

Ce qui est sûr, c’est que comme dans le cas du rapport de l’ESAAMLG, ces relations négligées pourraient nous porter préjudice. Mais aussi, selon le businessman mauricien, cette négligence est une entrave aux relations commerciales et économiques avec l’Afrique malgré les nombreuses variations de stratégies mises en place par les gouvernements successifs.

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