Cerf: suivez les chasseurs…

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Du 1er juin au 30 septembre, daguets, biches et cerfs sont dans le viseur des chasseurs. Découvrez-là par procuration cette discipline saisonnière qui se démocratise…

8 h 15 à Plaine-Champagne. Armés de fusils, 24 chasseurs grimpent dans des jeeps. Plusieurs chiens, traceurs au cou, aboient sans relâche. Direction : la chasse Gorette. Celle-ci s’étend sur 450 arpents. En ce mercredi 11 juillet, 160 arpents sont à la disposition des chasseurs. En tenue de camouflage, Poorun Bhollah se met de la partie. À 8 h 30, le coup d’envoi est donné. «J’ai commencé avec mon père, puis avec mes amis. Aujourd’hui, je chasse avec mon fils, Ravi. Mes petits-enfants s’y adonnent aussi. C’est bien cette diversification. Avant, la chasse se pratiquait sur les propriétés sucrières. Les chasses étaient accessibles seulement à la famille et aux amis des propriétaires. Nous, on ne pouvait y entrer

Avec cette démocratisation, dit-il, les autres passionnés peuvent expérimenter la chasse. «La même diversification s’applique aussi à la pêche au gros. De plus, le marché de la chasse a changé, avec un intérêt accru de toutes les composantes de la société mauricienne

Rs 100 000 pour les armes

Chassant depuis cinq ans, Yusuf Sambon possède parallèlement sa propre chasse à Nouvelle-France. «La chasse est désormais à la portée de tous. Auparavant, seuls quelques-uns pouvaient se le permettre. Et cela coûte. Une partie de chasse revient entre Rs 10 000 et Rs 20 000. Or, d’autres passionnés, de toutes les composantes de la société, se lancent dans ce sport, ce qui permet aux chasses de continuer à tourner

Ce groupe de chasseurs multiculturels se fonde sur l’amitié, confie Lionel Merven, directeur du Domaine de Saint Denis, qui comprend Gorette. «On est Mauricien avant tout. Cela symbolise qu’on est tous des copains. C’est un groupe très fidèle.» Pour chasser, il faut détenir un permis de port d’armes ainsi qu’un permis. Côté tarif, il faut acquérir des actions de chasse, ce qui revient à environ Rs 100 000 pour une saison. Pour les armes et munitions, il faut compter Rs 100 000 de plus.

Accompagnés de 35 chiens, les participants se mettent en chasse. D’après Lionel Merven, ces animaux ont été entraînés pour détecter l’odeur des cerfs. Après avoir libéré ses chiens, le jeune homme emprunte un sentier boueux. Il arpente un terrain escarpé pour rejoindre son poste : un mirador. «Nous pratiquons la chasse à la battue. Les chiens sont d’abord déployés pour traquer le gibier, tandis que chaque chasseur est posté dans un mirador. Nous en avons une trentaine dans le chassé.» Les chasseurs y font le guet jusqu’à ce que les animaux soient dans leur viseur. De là, ils peuvent tirer à 40 mètres. Avec l’expérience, le tireur peut atteindre la proie à 150 mètres.

Mirador

Du haut de son mirador, Lionel Merven attend jusqu’à ce que les cerfs soient dans son viseur. © Doreck Clair

Soudain, des aboiements fusent. Un brouhaha humain retentit. Il est émis par des rabatteurs qui effraient les cerfs. Quelques secondes plus tard, un troupeau s’affole et dévale la prairie. Un tir retentit. Puis un autre. Au total, une vingtaine de tirs résonnent. Tous les cerfs ne sont pas abattus, expliquent les chasseurs. Les mâles et ceux faisant plus de 32 pouces sont privilégiés.

Des miradors, les chasseurs visent principalement les côtes ou l’épaule pour une mort instantanée du cerf. Si l’animal meurt instantanément, un piquet blanc est placé à proximité par des responsables de chasse. Si le cerf est blessé, un piquet rouge est utilisé. Si le chasseur est de foi musulmane, il peut avoir recours à un rituel Halal. Les bêtes abattues sont également taguées immédiatement pour en connaître la provenance et un rangement plus facile.

Au bout de trois heures, la chasse s’achève. Certains peuvent demeurer bredouilles alors que d’autres s’avèrent plus chanceux. «Je n’ai quasiment rien vu de tirable jusqu’à 11 h 25, raconte David Adolphe. J’ai tiré deux fois sur un daguet. Je n’ai rien eu mais mon ami a abattu un gros cerf. C’est un sport, une passion, un plaisir. C’est une sensation énorme. Le coeur bat vite quand on chasse. L’adrénaline monte

Saison prometteuse

À 11 h 30, les chasseurs regagnent le campement où les attend un déjeuner agrémenté de spécialités à base de cerf évidemment. Là se content les anecdotes, les prises, chances et malchances du jour. Chaque chasseur fait le rapport de ce qu’il a vu, tué, blessé, tiré ou manqué afin que le ramassage soit effectué par les responsables de chasse. Tout animal abattu est dépecé au partage et revient à la chasse. Avec les actions acquises, les chasseurs ont droit à une portion de cerf par saison. Cela peut être une cuisse, un filet ou une autre partie du gibier.

D’après Lionel Merven, la saison 2018 s’annonce prometteuse. «À chaque saison, nous abattons environ 80 cerfs. Cette année, nous visons 100 à 120

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