Kavinien Karupudayyan et Neekeea Ramen: partager le plaisir émanant des poèmes de Thiruvalluvar

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Kavinien Karupudayyan et Neekeea Ramen.

Kavinien Karupudayyan et Neekeea Ramen.

Pour certains, Thiruvalluvar, qui vécut au VIe siècle, est un sage vénéré. Pour d’autres, comme Kavinien Karupudayyan et Neekeea Ramen, c’est un poète aux écrits intemporels comme le Thirukkural. En grande première, ils ont traduit la dernière partie de cette œuvre en kreol morisien. Cela a donné Lamur An Ekri.

Kavinien Karupudayyan n’en est pas à son premier essai de traduction de poèmes tamouls dans une autre langue. Rappelez-vous, en 2015, cet instituteur de 25 ans et Marek Ahnee avaient traduit en français et publié, sous le label de l’Atelier d’écriture de l’écrivain mauricien Barlen Pyamootoo, 93 des 401 poèmes du Kurunthogai, recueil de poésies tamoules écrites entre le IIe siècle avant notre ère et le IIIe siècle de l’ère commune, par 65 poètes.

Deux ans et demi après, les choses ont quelque peu évolué dans la vie personnelle de Kavinien Karupudayyan. S’il continue à enseigner le tamoul à l’école primaire Appalsamy Sokappadu de Chemin-Grenier et à s’intéresser à vulgariser les œuvres du poète mauricien Robert-Edward Hart, il s’est récemment marié à la graphiste Shivagaami Lutchmanen. C’est d’ailleurs elle qui a réalisé le dessin de couverture de Lamur An Ekri, représentant une jeune femme versant de l’eau en offrande à une divinité invisible.

 Toutefois, dans la réalité, comme l’indique la dédicace de Lamur An Ekri, l’hommage appuyé est destiné à Bam Cuttayen, chanteur engagé aujourd’hui disparu, aux frères Sangeelee, dont l’un, Mootoocoomaren, a déjà traduit le Thirukkural en français, mais aussi à Soopaya Poinen, enseignant de tamoul très populaire et ancien animateur de cette langue à la Mauritius Broadcasting Corporation, de même qu’aux artistes de la République qui ne cessent de nourrir et d’enrichir la littérature mauricienne.

Neekeea Ramen, pour sa part, a le double de l’âge de Kavinien Karupudayyan, mais il n’empêche que le courant passe très bien entre eux. Ce quinquagénaire, natif de Montagne-Blanche, diplômé en Banking and Finance, occupe le poste de Head of Credit à la Mauritius Commercial Bank. Malgré son implication dans la haute finance, il n’empêche que cet homme, marié à Nida et père de deux adolescents, a toujours voué une passion à la littérature et en particulier à la poésie. Il a d’ailleurs composé une soixantaine de poèmes grandement axés sur l’amour et qu’il aurait souhaité faire publier un jour.

C’est en fréquentant l’Atelier d’écriture animé par Barlen Pyamootoo que les deux hommes se sont croisés et se sont liés d’amitié. Neekeea Ramen a d’ailleurs aidé Kavinien Karupudayyan et Marek Ahnee à trouver des parrains pour éditer et publier des extraits du Kurunthogai en français. À chacune de leurs rencontres, Neekeea Ramen n’arrêtait pas de demander à son jeune ami quand ils allaient monter un projet d’écriture ensemble.

Relation amoureuse

Kavinien Karupudayyan, qui a un profond respect pour le poète tamoul Thiruvalluvar et ses écrits qui ont transcendé le temps, sait que les deux premières parties du Thirukkural, qui ont trait à l’éthique et à la fortune, ont déjà été traduites en kreol, en 2007, par l’avocat Rama Valayden. Or, la troisième et dernière partie de cette œuvre, qui évoque une relation amoureuse exprimée tant du point de vue d’une fille que de celui d’un garçon, ne l’a jamais été en kreol. Il l’évoque avec Neekeea Ramen et ce dernier est séduit par l’idée. Ils décident alors de passer à l’acte.

Pour ce faire, les deux amis vont consulter l’œuvre originale et la partie concernée dans laquelle ils se sont parfois retrouvés. «Y sont évoquées des situations que nous vivons ou avons vécues parfois. Par exemple, quand on boude son partenaire», déclare Kavinien Karupudayyan. Neekeea Ramen ajoute, lui, qu’à un moment dans le récit, le garçon part pour la guerre et le couple connaît la douleur de la séparation. «La souffrance d’une séparation amoureuse est quelque chose que nous avons tous vécu à un moment ou un autre de notre vie. Il y est aussi question de fidélité dans le couple, des thèmes somme toute actuels.»

Ils vont aussi s’immerger dans toutes les traductions du Thirukkural, à commencer par celle anglaise effectuée par le révérend George Pope en 1886 mais aussi la version française, plus contemporaine, faite par Mootoocoomaren Sangeelee et la traduction du Thirukkural par Gopalkrishna Gandhi, petit-fils du Mahatma. Des versions qui jettent un nouvel éclairage sur l’œuvre de Thiruvalluvar et qui leur ont permis de faire une traduction libre et d’y insérer leur propre compréhension des sentiments exprimés. «Cela nous a pris un an et demi pour y parvenir. Nous avons pris notre temps car nous ne voulions pas dévier de l’essence du Thirukkural», racontent-ils.

 Les deux hommes décident de garder le même format que pour la traduction du Kurunthogai, soit publier les strophes en tamoul sur la page de gauche et leur traduction en kreol sur la page opposée. Appelés à dire à qui s’adresse Lamur An Ekri, ils déclarent que cela va des adolescents de 15 ans, qui vivent leurs premiers émois amoureux, aux adultes et à tous les amoureux de la littérature.

«Ce que nous avons voulu, c’est, comme le dit un proverbe tamoul, partager le plaisir que nous avons pris à la lecture de cette partie du Thirukkural avec le plus grand nombre», précise Kavinien Karupudayyan. Ce recueil sera vendu à Rs 200 à LPT, Le Cygne, Bookcourt et aux Éditions Le Printemps. Ils ont également dans l’idée de présenter ce recueil dans différents endroits de l’île, pour mieux faire connaître Thiruvalluvar et cette partie précise de son Thirukkural.

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