Rencontre avec la triathlète et traileuse Marion Delas

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Marion Delas, triathlète, traileuse et sportive de l’extrême.

  Marion Delas, triathlète, traileuse et sportive de l’extrême.  

Le sport est parfois synonyme de philanthropie. L’effort côtoie alors les grands idéaux humains et apporte sa pierre à la construction d’un monde meilleur. L’île Maurice fera connaissance avec Marion Delas, triathlète, traileuse et sportive de l’extrême à l’occasion de l’«Ultra-trail Raidlight Beachcomber» (UTRB) 100 km les 28 et 29 juillet. Sportive engagée au sein de l’association «Vaincre la Mucoviscidose», la Niortaise donnera une dimension humaine supplémentaire à ce trail 5-étoiles.

Vous avez disputé la Diagonale des Fous à la Réunion en octobre et rêvez de fouler pour la première fois les sentiers de l’île Maurice. Qui est Marion Delas ?

Je rêvais de la Diagonale des Fous car lorsque j’ai préparé le Celtman – un ironman extrême dans les montagnes en Écosse –, je me suis préparée pour la partie course à pied en participant à de nombreux trails. Tout de suite, on m’a parlé des courses mythiques comme l’UTMB, la Diagonale des Fous…

Mon coeur s’est mis à battre très fort, me disant qu’il fallait que j’aille à la Réunion. Des sentiers escarpés, des montagnes à franchir, tout est fait pour nous mettre en difficulté. Il faut être solide dans sa tête pour terminer ce genre d’épreuves. J’ai passé la ligne après 60 heures d’effort. Je voulais profiter de l’esprit des montagnes, prendre du recul sur la vie, sentir l’énergie de la terre.

L’île Maurice est située juste à côté de la Réunion et c’est comme cela que j’ai découvert l’île. On m’a dit: «Là-bas, c’est merveilleux aussi. Il faudrait que tu ailles voir.» Je fonctionne beaucoup à l’instinct, et tout s’est mis en place pour que j’y fasse le saut.

Je me considère parfois comme un pèlerin de Compostelle. J’essaie de transmettre ce que je vis sur mon blog et ma page Facebook. Je trouve que l’échange est important. J’ai appris beaucoup des autres, et de certaines personnes, au moment où j’en avais besoin sûrement. Je me dis que si je peux transmettre du positif, donner envie aux autres de se mettre au trail pour se découvrir, pour être heureux, c’est l’essentiel.

«Ce n’est pas une question de distance ou de vitesse, mais c’est simplement une question de rencontre, de partage, d’amour et d’équilibre.» Cette phrase extraite de votre portrait, publié sur le blog http://triathlonforfun.com résume-t-elle votre démarche de sportive ?

Complètement. J’ai fait beaucoup de compétitions et j’adorais ça. Aujourd’hui, je vois la vie différemment. Je vois plutôt les courses comme un moment d’échange, de partage, ou simplement de quête intérieure. Quand on pratique le trail, surtout sur les efforts longue distance, on se dépouille de tout. On oublie sa position sociale, son sexe, ses tracas. On redevient une personne qui apprend à se connaître, à s’écouter, s’accepter, pour pouvoir être bien, heureux. Et le bonheur, ça se communique, c’est exponentiel.

Comment est née votre passion pour le sport ?

Je crois que c’était dans mon code génétique même si mes parents ne pratiquaient aucun sport et surtout ils n’avaient pas le temps. C’est venu à moi très tôt. Déjà à l’école, j’étais douée pour l’activité physique et j’ai très vite été repérée par mes professeurs. J’ai eu beaucoup de chance car c’était de bonnes personnes et outre le goût de l’effort, ils m’ont aussi transmis des valeurs de partage, de respect, de travail, d’équilibre. Très vite, je me suis entraînée seule. Aujourd’hui, je parlerai même d’un «style de vie». J’aime me déplacer avec mon corps, et traverser de beaux paysages à pied ou à vélo.

Quelles places ont occupé l’athlétisme et la course à pied dans votre vie ?

J’ai pratiqué l’athlétisme pendant plus de quinze ans, je me suis construite pendant mon adolescence à travers la compétition, la confrontation. J’ai appris le travail, la rigueur, j’ai peaufiné mon mental, mes ressources physiques, mes axes de motivation. C’est l’athlétisme qui m’a donné toutes les bases de ce que je suis aujourd’hui, que ce soit au niveau physique – je ne suis jamais blessée –, ou psychologique – mon mental solide est mon atout principal.

Qu’est-ce qui vous donne envie, en 2014, de vous lancer dans le triathlon ?

Après quinze ans d’athlétisme, je ne trouvais plus de sens à vouloir toujours descendre mes chronos. Je ne trouvais plus de motivation à faire une nouvelle saison. J’ai rencontré quelqu’un qui faisait des Ironman, j’ai commencé à m’intéresser au triathlon, à regarder des vidéos… Et mon coeur s’est mis à battre en me disant: «Tu dois faire ça !» Alors je me suis lancée.

L’Ironman de Nice (3,8 km de nage, 180 km de vélo, 42 km de course à pied) représentait-il un défi pour vous malgré votre passé de sportive ?

C’était un grand défi car je n’avais jamais couru plus de 10 km. Il a donc fallu apprendre le cyclisme – je n’avais pas de vélo et je n’avais jamais fait de vélo de route –, et surtout la natation – je ne savais pas nager le crawl. Je crois que j’aime les défis et plus ils ont l’air a priori irréalisables, plus ça me donne envie d’essayer ! Après, je dois avouer que d’avoir fait de l’athlétisme jeune et de manière régulière m’a permis de poser des bases physiques solides pour ma vie d’athlète.

Les 13h40 dont vous êtes créditée à l’arrivée vous encouragent- elles alors à faire le saut naturellement, si on peut dire, dans les sports extrêmes ?

Je crois qu’après cette épreuve sportive, j’étais tentée de retomber dans mes travers de compétitrice, attachée à la performance et au chrono final. Mais j’ai fait la rencontre de Fabrice qui m’a fait comprendre que si j’allais plus vite, je ne verrais peut-être pas certaines choses. Lorsqu’on focalise son attention sur la performance, on n’est pas concentré sur soi et sur l’environnement qui nous entoure. On ne peut pas «voir». Alors j’ai commencé à allonger les distances, parce que je me sentais mieux dans ces efforts. Moins intenses en termes d’allure, plus intenses en termes d’émotions. La fatigue décuple les sentiments, on ressent vraiment le «lâcher prise». C’est une expérience fascinante.

Racontez-nous ce Paris-Brest réalisé en 2015, soit1 232 km et 10 000 m de dénivelé en 88h30…

Je crois que ça a été l’épreuve la plus difficile que j’aie jamais faite. C’est surtout l’épreuve en elle-même qui est hors-normes. C’est une randonnée, ce qui veut dire que ce n’est pas une compétition. Déjà, le principe me plaisait. Malgré tout, le fait de participer à une course, c’est aussi participer à une réunion collective de milliers de passionnés qui vont prendre le départ en même temps, fouler le même sol et ressentir les mêmes émotions, la même fatigue.

C’est inimaginable lorsque l’on prend le départ d’une telle course de se dire: «Je vais rouler 1 232 km ou 88 heures.» Pourtant, au fil des heures, les kilomètres défilent. On se sent changer, grandir. On échange avec les gens: il n’y a plus de question d’âge, de sexe, de position sociale. Nous sommes juste des êtres humains, on s’encourage, on s’entraide. C’est ce qui m’a plu dans cette course, ça et l’enthousiasme des villages traversés.

En 2016, vous avez enchaîné les défis : Paris Roubaix Challenge – 172 km dans les pavés du Nord –, puis le Celtman – Extrême Scottish Triathlon, un Ironman de l’extrême composé de 3,4 km de nage dans une eau à 10 degrés avec les méduses, 202 km de vélo dans l’Écosse pluvieuse et vallonnée et 42 km dans les montagnes ! Tout cela en 17h27. C’était l’objectif à atteindre ?

Je sais toujours que je mets tous mes moyens à disposition pour pouvoir terminer la course. Ensuite, je sais que je ne peux pas maîtriser le jour J. C’est-à-dire que je peux avoir un problème physique, mécanique ou autre. Je pars du principe que j’ai fait de mon mieux, que j’ai tout donné en préparation et que si je suis physiquement en bonne santé, je donnerai tout le jour de la course. Chaque fois que je prends le départ d’une course difficile, j’ai l’impression que tout le chemin que j’ai fait jusque-là est déjà ma récompense. Être finisher, pouvoir passer la ligne d’arrivée sur des courses hors-normes, c’est toujours la cerise sur le gâteau pour moi.

Au Celtman, j’ai rencontré Valentin et Jérôme, ce sont désormais des amis pour la vie. On partage notre goût pour les aventures solidaires, et nous avons organisé, participé à ce double Ironman pour vaincre la mucoviscidose ensemble. Le Celtman m’a offert tant de cadeaux.

Alors que votre organisme est poussé dans ses derniers retranchements, vous qualifiez cette expérience de l’extrême de «vraie quête spirituelle pour moi». Vous éveillez-vous à vous-même dans l’effort et la souffrance qui parfois l’accompagne ?

Je m’éveille complètement pendant ces efforts. Sur le moment, je ne réalise pas forcément ce qui se passe en moi. Parce que, comme dans la vie, on passe par des hauts et des bas. Ils sont d’ailleurs souvent conditionnés par la fatigue physique, le manque d’alimentation, comme dans la vie, ou les pensées négatives qui nous envahissent. Dès lors que ces indicateurs sont maîtrisés, et si on a bien travaillé le «pourquoi je veux faire cette course, pourquoi je suis là», alors les pensées négatives s’en vont d’elles-mêmes.

Tout a du sens. Faire la Diagonale des Fous, gravir le Maïdo avaient du sens. À l’arrivée, j’ai toujours ce sentiment étrange qu’il s’est passé quelque chose en moi, peut-être aussi parce que, quand je prends le départ d’une course, je décide d’ouvrir mon coeur complètement. Je l’ouvre et j’accepte tout ce qui va se présenter à moi. Les bonnes comme les mauvaises choses. Nous avons tous des histoires particulières, nous avons tous vécu des choses difficiles. Les affronter semble compliqué dans un premier temps, pourtant on se sent si soulagé une fois qu’on a accepté ses propres douleurs. C’est ce que je fais quand je fais une épreuve extrême, j’accepte la douleur, j’accepte les informations qui viennent à moi, car je m’accepte comme je suis, avec mes forces et mes faiblesses.

Quand je suis fatiguée, que j’en ai marre, je me pose toujours cette question: «Marion, est-ce que tu souffres vraiment ? Est-ce que tu es blessée ?» Souvent, la réponse est non. Et souvent, je continue d’avancer… Alors le sport, c’est comme la vie, parfois c’est difficile mais avec quelques gouttes de courage et de sueur, on gravit des montagnes et on se sent tellement plus fort ensuite. On se sent tellement plus heureux, tellement plus en paix avec soi.

C’est au nom de cet éveil à soi que vous êtes une sportive engagée, notamment dans le combat contre la mucoviscidose?

Les rencontres ne sont jamais des hasards. Je m’inscris au Celtman et je rencontre Jérôme, qui oeuvre pour Vaincre la Muco. Je rencontre un petit garçon de 6 ans qui me touche énormément, et grâce à lui – je vous passe les détails de mon introspection –, je découvre que je me suis trompée de voie. En fait, le métier que j’ai toujours voulu faire, c’est professeur d’activité physique adaptée, pour des enfants comme lui, ou atteints de handicaps autres. Je suis reconnaissante de cette rencontre, alors j’ai envie de donner de mon temps pour cette association.

Comment participez-vous justement à ce combat ?

J’organise avec Jérôme une compétition extrême annuelle justement et tous les fonds récoltés vont directement à Vaincre la Muco. L’an passé, avec mon amie Stéphanie, nous avons organisé un périple à vélo de 447 km pour faire parler de l’association et récolter à nouveau des fonds. Au total, ce sont plus de 5 500 euros qui ont été reversés cette année (NdlR: en 2017). Nous continuons bien sûr l’année prochaine. J’essaie d’allier ce que je sais faire de mieux : ma pratique sportive, mon sens de l’amitié et de la rencontre, et la solidarité.

Vous êtes également ambassadrice de la marqe de textile vélo ASSOS, contributrice pour le magasine ellesfontduvelo. com, ambassadrice de la marque running tendance BOA création et athlète soutien pour Vaincre la Muco. Comment menez- vous de front toutes ces activités, en sus de vos entraînements et des compétitions auxquelles vous participez ?

Parfois, je me demande si je n’ai pas plusieurs vies. J’aimerais avoir plus de temps. La question de la femme m’importe énormément, c’est pour cette raison que j’aime écrire pour Elles font du Vélo. C’est un webzine qui met en avant les femmes, même si beaucoup d’hommes lisent nos articles. Je suis une passionnée. Je suis mon instinct. Je crois que l’on trouve toujours du temps pour faire les choses que l’on aime. Chez moi, je n’ai pas de télévision… Cela me fait gagner quelques heures de disponibilité!

Il se chuchote que vous lancez bientôt votre premier livre. Pourriez-vous nous le présenter dans les grandes lignes ?

C’est un livre qui retrace mes choix de vie, mes difficultés aussi, et surtout ce qui m’a aidé à voir clair dans ma vie. Le sport bien sûr, les sports extrêmes surtout, m’ont permis de reprendre confiance en moi, de me trouver, de suivre ma propre voie. C’est un livre intimiste qui parlera de mes expériences, et qui, j’espère, donnera envie à chacun de se trouver, de s’épanouir, d’être heureux (NdlR : sortie prévue en octobre). L’écriture, c’est le repos du corps qui passe le relais à l’effort intérieur.

Portrait

Rencontre, partage, amour et équilibre

La Française Marion Delas, 28 ans, vit à Niort. Ancienne commerciale internationale, la pratique des sports extrêmes lui a donné l’immense chance de partir à la rencontre de son être intérieur. En 2017, elle a tout quitté pour reprendre ses études afin de devenir professeur d’activités physiques adaptées (NdlR: pour des enfants atteints de handicaps ou de maladie, pour des personnes âgées, etc…). Elle étudie en ce moment à l’université de Poitiers pour l’obtention de son Master dans deux ans.

Passionnée par les sports extrêmes, Marion Delas réalise que «le corps peut faire tellement de choses, dès lors que la tête suit». Elle vit «une véritable quête spirituelle, un voyage intérieur, souvent dans des régions chargées d’histoire ou bien dans des lieux où la nature est puissante». Elle a obtenu quelques médailles en athlétisme aux championnats de France, quelques records départementaux sur 3000m steeple mais l’essentiel de son palmarès se compose de nombreuses courses extrêmes : l’Ironman de Nice (triathlon de 3,8 km de nage, 180 km à vélo, 42 km de course à pied), le Paris-Brest-Paris (1232 km à vélo en 88 heures), le Celtman (Ironman extrême en Écosse), le Double Ironman de Marans en 37 heures (7,6 km de nage, 360 km à vélo, 84 km de course à pied) et la Diagonale des Fous récemment.

Cela fait bien plus de 13 ans que cette Niortaise pratique l’athlétisme, puis la course à pied (800m-1500m-3000m steeple). Elle a été finisher de quelques grandes courses : Ironman de Nice, Paris-Brest-Paris (1232 km à vélo), Celtman Extreme Scottish Triathlon, Paris-Roubaix à vélo, Défi Montauban-Biarritz à vélo en autonomie, Eco-Trail de Paris 80 km, Festi Trail 80 km, l’Ironman «Frenchman», le double Ironman de Marans, «le défi marandais».

En 2014, après une rencontre décisive, elle se lance ce défi un peu fou : sa première année de triathlon durant laquelle elle vient à bout d’un Ironman, l’Ironman de Nice (3,8 km de nage, 180 km à vélo, 42 km de course à pied). Une première et belle aventure, conclue en 13h40 qui en appellera d’autres. En 2015, elle parcourt 1 232 km et 10 000 m de dénivelés lors du Paris-Brest-Paris. 88h30 d’effort… intense. En 2016, elle enchaîne avec le Paris- Roubaix Challenge (172 km dans les pavés du Nord) et le Celtman – Extreme Scottish Triathlon, un Ironman de l’extrême composé de 3,4 km de nage dans une eau à 10 degrés avec les méduses, 202 km à vélo dans l’Écosse pluvieuse et vallonnée, et 42 km dans les montagnes ! 17h27 d’effort et de vraie quête spirituelle.

Sur son blog, Marion Delas affirme qu’on doit suivre son propre chemin, écouter sa petite voix intérieure. «Ce n’est pas une question de distance ou de vitesse, mais c’est simplement une question de rencontre, de partage, d’amour et d’équilibre.»

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