Aapravasi Ghat et Le Morne: «l’histoire partagée, le patrimoine partagé»

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L’Aapravasi Ghat, lors des célébrations des dix ans d’inscription à la liste du patrimoine mondial. Il pourrait en être enlevé si sa zone tampon ne respecte pas certaines règles.

L’Aapravasi Ghat, lors des célébrations des dix ans d’inscription à la liste du patrimoine mondial. Il pourrait en être enlevé si sa zone tampon ne respecte pas certaines règles.

L’Aapravasi Ghat, lieu de débarquement des travailleurs engagés, a fêté les 12 ans de son inscription sur la liste du patrimoine mondial, dimanche. Mais les prochaines étapes ne s’annoncent pas aisées.

Vue d’ensemble : ces autres sites liés à l’engagisme

S’intéresser à l’Aapravasi Ghat, c’est aussi se pencher sur tous les autres sites liés à l’engagisme à Maurice. Selon Satyendra Peerthum, historien à l’Aapravasi Ghat Trust Fund (AGTF), il faudrait un plan national établi de concert avec les autorités et les établissements sucriers. L’objectif : créer une route de l’engagisme locale. «Quand des touristes visitent l’Aaprava- si Ghat, ils demandent souvent, ‘quoi d’autre ?’ Ce n’est pas la fin du parcours. On pourrait proposer une visite d’une journée entière, sur les traces de l’engagisme», suggère l’historien. Avec des arrêts au Vagrant Depot – l’ancienne prison pour vagabonds – à Grande-Rivière-Nord-Ouest, les barracks à Trianon, qui ont été restaurées. Mais aussi le Moulin à Poudre à Pamplemousses ou encore ce qui reste des prisons à Belle-Mare, Union Vale, la station de quarantaine à l’île Plate.

Des ponts avec l’esclavage

L’historien Satyendra Peerthum insiste sur «l’histoire partagée, le patrimoine partagé». Pour contribuer au «nation building», après 50 ans d’Indépendance, les 12 ans d’inscription de l’Aapravasi Ghat et les dix ans d’inscription du Morne au patrimoine mondial, il s’agit d’adopter une approche holistique, une «histoire totale». Pour que tous se sentent non seulement concernés mais surtout impliqués. «Les descendants d’engagés, les gens de couleur, les descendants d’esclaves qui ont eux aussi vécu sur les établissements sucriers et les descendants des propriétaires.» Satyendra Peerthum cite trois études réalisées pour le compte de l’AGTF à Antoinette, Château Bénarès et Forbach, qui fête cette année ses 200 ans. «Forbach est l’ancien camp sucrier le mieux préservé de l’île», indique l’historien. La prochaine étape pour l’AGTF est de «montrer que tous ont une contribution à l’histoire et au développement du pays».

Seconde phase du bric en suspens

Depuis l’ouverture, en novembre 2014, du Beekrumsing Ramlallah Interpretation Centre (Bric), qui raconte l’histoire de l’engagisme, «il a reçu environ 230 000 visiteurs». Satyendra Peerthum indique qu’il s’agit «aux trois quarts de Mauriciens». Il existe un plan pour aménager une seconde partie du Bric dans l’entrepôt d’à côté. «Il appartient à Cerne Docks. Il a été recommandé d’acheter ce bâtiment, pour y aménager les locaux de l’AGTF qui se trouvent à l’hôpital militaire». La seconde partie du Bric doit se concentrer sur l’engagisme dans le monde.

Au cœur du développement portlouisien

Des voix – notamment de commerçants portlouisiens – se sont élevées contre l’Aapravasi Ghat. En affirmant que ce patrimoine bloquerait le développement. «Ces personnes n’ont pas lu le Planning Policy Guidance», affirme Satyendra Peerthum. «Elles ne participent pas aux réunions d’explication et de consultation que nous organisons régulièrement.»

Fin mai, les experts de l’Unesco, George Abungu et Nicholas Clark avaient conseillé les autorités concernant l’Aapravasi Ghat et le Metro Express. «Certains commerçants font comme s’ils ne comprennent pas, alors que nous essayons de trouver l’équilibre entre le patrimoine et le développement. Il faut un changement de mentalité», soutient-il.

L’Aapravasi Ghat est situé au cœur d’une zone en effervescence de la capitale. Le Metro Express devrait bientôt y arriver. L’Urban Terminal et ses marchands ambulants aussi. À côté de cela, la zone tampon de l’Aapravasi Ghat impose des règles à respecter sous peine d’être à terme enlevé de la liste du patrimoine mondial.

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