Récidive: ils racontent leur rechute

Avec le soutien de
Fanfan, 66 ans, a été incarcéré à cinq reprises. Il se reconstruit au sein de l’association Kinouété, où il a pu trouver du travail.

Fanfan, 66 ans, a été incarcéré à cinq reprises. Il se reconstruit au sein de l’association Kinouété, où il a pu trouver du travail.

En 2017, 2 933 détenus ont récidivé. Soit 20 % de plus qu’en 2016, révèle Statistics Mauritius dans son dernier rapport. Qu’est-ce qui explique cette tendance ? Fanfan et Stellio, deux anciens récidivistes, racontent.

«Si mo pa ti éna enn travay, mo ti pou rétonbé. Personn pa kontan al dan prizon. Mé enn fwa ki finn alé, sa resté», lance Fanfan, 66 ans. Les cheveux grisonnants tirés en queue-de-cheval, l’homme vient d’arriver à son travail.

Depuis deux ans, il est homme à tout faire au sein de l’association Kinouété, qui encadre les anciens détenus. Il compte cinq emprisonnements. «Mo kartié pa ti bon pou viv. Monn gagn malsans», précise-t-il. Celle-ci le traquerait depuis l’enfance, dit-il.

En effet, après le cyclone Carole, sa famille et lui doivent vivre dans les longères dans la capitale. C’est là que débute son enfer, avec notamment des lieux de débauche entre autres fléaux. Des phénomènes qui n’échappent pas à ses yeux d’enfant.

Drogue

Étudiant jusqu’à la sixième, Fanfan travaille alors dans des garages. Vers les années 1970, il est employé comme électricien à la mairie de Port-Louis. En 1978, il se marie et continue son travail pendant 16 ans. Hélas, en parallèle, il commence à se droguer : «J’avais de mauvaises fréquentations. L’opium était la drogue dure d’alors. J’en suis devenu accro.»

Graduellement, Fanfan se met à la vente d’une partie de sa dose. Quelque temps plus tard, il est arrêté pour trafic de drogue. Sanction : quatre ans de prison. «Monn bizin adapté. Monn sey fer kamarad.» Sa sentence purgée, Fanfan rentre chez lui.

Difficultés à décrocher du travail

Sa famille l’accueille. Toutefois, il peine à retrouver du travail. «Tou inn viré avek prizon. Kan inn gagn zafer avek lapolis, ou loder personn pa pou lé santi», indique-t-il. Quelques semaines plus tard, il bascule de nouveau dans la drogue.

Cette fois-ci, il consomme et revend du brown sugar. S’ensuivent de nouvelles arrestations et condamnations. «Monn rétonbé akoz mo frékantasion. Samem ti éna dan landrwa. Apré sa ladrog-la li atak ou sikolozikman. Kan bwar pli fasil kontrol ou. Mé pou mwa sé ladrog ki vinn kass mo somey. Sé prémié kitsoz ki ou fer ler ou lévé. Enn bout dipin pa kapav manzé. Bizin sa ladrog-la», soutient-il.

Ce nouvel emprisonnement dure quatre ans. Puis, en 1995, Fanfan est libéré. Mais les condamnations s’enchaînent pour possession de drogue cette fois-ci. La dernière en date remonte à 2001. Après cette sentence, il diminue sa consommation et commence un traitement à la méthadone. «Mo pa kapav arété. Ladrog samem mo plézir. Mé li plito enn tortir. Enn sans methadone-la éfikas lor mwa. Mo suiv sa dépi 5 an», ajoute-t-il. Parallèlement, Fanfan est encadré par l’association Kinouété. Les responsables lui offrent, d’ailleurs, un travail. Maintenant, Fanfan n’a qu’un seul souhait : ne plus retourner en prison.

Divorce

Cette volonté anime aussi Stellio, 41 ans. Sept ans plus tôt, la drogue a bouleversé sa vie. Marié et père de deux enfants, il a tout perdu. «Mo tinn vinn enn toxikoman. Monn koumans par momem. Lapolis inn aret mwa pou trafik. Monn fer prizon dan Beau-Bassin ek Melrose. Monn viv enn lanfer», confie-t-il.

Pendant son emprisonnement en 2005, sa femme demande le divorce. À sa sortie, il rentre et essaie de s’en sortir, en vain : «Mo pa ti éna oken soutien. Mo pa ti pé gagn travay». En 2010 survient sa deuxième condamnation. Là, il oscille entre les diverses prisons de l’île. Encore une fois, il brave cet enfer.

Encadré par les responsables de Kinouété, ce dernier a pu se frayer un chemin. Affirmant ne plus toucher à la drogue, il est maintenant chauffeur pour des enfants handicapés. «Mo kontan mo travay. Monn rétrouv enn lespwar ek mo pé ed bann zanfan-la», conclut-il.

En chiffres

Selon le dernier rapport des «Crime,Justice and Security Statistics», 2 933 prisonniers ont récidivé en 2017. Ce taux inclut des prisonniers ayant écopé d’une deuxième condamnation, voire plus. Comparativement, 2 452 avaient rechuté en 2016, ce qui démontre une hausse de 20 %. En 2015, 1 952 prisonniers étaient de nouveau écroués, symbolisant une augmentation de 26 %. Et en 2014, le nombre de récidivistes était de 1 569. Un an plus tôt, soit en 2013, 2 100 prisonniers avaient replongé. Selon Michel Vieillesse, directeur de Kinouété, jusqu’à 2012, le taux de récidive était de 90 %. De nos jours, celui-ci oscille autour de 69 %, indiquant une baisse.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires