Manque de lieux de spectacle: «Les artistes ont-ils le droit d’exister ?», se demande Bruno Raya

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Le festival Seggae Zwe a dérangé plusieurs habitants de Terre-Rouge, samedi soir.

Le festival Seggae Zwe a dérangé plusieurs habitants de Terre-Rouge, samedi soir.

Comment faire pour des spectacles avec des foules dépassant les 4 000 personnes ? La question prend tout son sens après la plainte des habitants de Terre-Rouge après un «all nite concert». Ces derniers affirment avoir été incommodés par le tapage. Bruno Raya, organisateur du festival, évoque le projet de «stade musical» «mais les décideurs n’en voient pas vraiment l’importance».

«Excusez-moi Si je vous ai dérangés en organisant un concert devant chez vous, mais je n’ai pas d’autres endroits où aller.» Laconique, Bruno Raya, organisateur du festival Seggae Zwe, commente la réaction de certains habitants de Terre-Rouge, après le all nite concert qui a eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche. Ces derniers affirment avoir été incommodés par le bruit, qui a perturbé le sommeil des enfants et des personnes âgées. Dépité, le chanteur demande aux autorités : «Dans ces conditions, est-ce que les artistes ont-ils le droit d’exister ?»

Cette situation remet sur le tapis la question de disponibilité de lieux de spectacle, pour des foules dépassant les 4 000 personnes. C’est-à-dire au-dessus de la capacité de la plus grande salle actuellement : le Centre de conférences Swami Vivekananda. L’idée de construire un «stade musical» a été évoquée de nombreuses fois par les artistes. Et reprise par plusieurs ministres des Arts et de la culture. «On en parle depuis l’Indépendance, mais les décideurs n’en voient pas vraiment l’importance», constate Bruno Raya.

Il ne manque pas de rappeler que l’interdiction d’utiliser les stades pour des concerts – ce qui était le cas jusqu’à 2009 – est «sélective ». «Quand c’est pour faire de la politique ou que l’État accueille des artistes venus de l’étranger, là, on leur ouvre les portes des stades. Quand on a fait les 45 ans de l’Indépendance au stade Anjalay, là on n’avait pas peur d’abîmer la piste synthétique.»

Raison d’être de l’all nite concert

Bruno Raya rappelle qu’en 2005, il avait organisé le concert d’Alpha Blondy au stade Anjalay. Il a aussi eu l’occasion de tourner entre le stade de Rose-Hill et le stade Maryse Justin, à Réduit, pour diverses éditions du festival Reggae Donn Sa. L’organisateur précise que pour ce qui est du niveau de décibel, «il y a des standards internationaux qui sont suivis ici». Ironique, Bruno Raya lance : «J’aimerais bien savoir combien de décibels il y a à un meeting du 1er-Mai. À ce moment-là, je vais m’aligner dessus.»

Pour sa part, le producteur et organisateur de spectacles Percy Yip Tong regrette énormément La Citadelle, «l’un des plus beaux sites pour les concerts en plein air à Maurice». Il souligne néanmoins que «ce type de manifestations a toujours été problématique à Maurice». Il plaide vivement en faveur de la réouverture de la forteresse aux manifestations culturelles, «en posant des paramètres, par exemple, que tout soit terminé à 23 heures».

Dans la foulée, il s’interroge sur la pertinence de continuer à organiser des all nite concerts. «Au départ, cela avait été fait à cause des problèmes de transport. On occupait les gens jusqu’à 5 heures du matin et après, ils prenaient le premier bus pour rentrer.» Aujourd’hui que la situation a évolué, «est-ce que l’all nite concert a toujours sa raison d’être ?»

Pour Percy Yip Tong, la considération due au voisinage relève surtout des autorités qui accordent l’autorisation d’organiser un concert sur le terrain de foot, qui se trouve près des habitations. Il cite l’exemple des soirées de deejaying qui se tiennent souvent dans des chasses et domaines, loin des agglomérations.

«Mais là-bas, le billet est à Rs 1 500. Pour Seggae Zwe, le billet était à Rs 150 pour attirer le plus grand nombre. Il faut pour cela que le concert soit accessible. Si c’est pour avoir des difficultés financières, ce n’est pas la peine de se mettre à dos les gens.»


Les adresses qui «dérangent»

J&J Auditorium

Les promoteurs de la salle sont engagés dans un bras de fer avec la mairie de Vacoas-Phoenix. Depuis janvier 2018, celle-ci n’accorde plus d’autorisation pour la tenue des manifestations à cause des embouteillages les soirs d’affluence. Le paradoxe : pas de permis pour les spectacles payants ; mais quand un ministère tient une manifestation, la mairie donne bien son accord.

La Citadelle

Alors que La Citadelle a accueilli tant de rendez-vous culturels, des habitants de Vallée-Pitot ont protesté contre le tapage nocturne. Dans un premier temps, les autorités ont imposé aux organisateurs de spectacle de mettre fin aux concerts et spectacles à 22 heures tapantes. Jusqu’à ce que le lieu tombe dans le silence.

Domaine Les Pailles

À la suite d’une édition de l’all nite concert du Festival internasional kreol, des habitants de la localité avaient exprimé leur colère, le «tapage nocturne» les ayant empêchés de dormir. Face à ces protestations, l’organisateur, c’est-à-dire le ministère du Tourisme, avait préféré déménager vers un terrain aux Salines. L’année dernière, la formule de concerts du Festival internasional kreol a été régionalisée.

Couvrir le stade Anjalay

Durant le mandat de Mookhesswur Choonee, au ministère des Arts et de la culture, il avait été question d’acheter un équipement pour couvrir le stade Anjalay. Le projet, qui datait de 2012, consistait à trouver un équipement permettant de couvrir la piste synthétique et la pelouse, le temps des concerts. Une dotation budgétaire de Rs 40 millions avait été prévue pour cela. Mais l’appel d’offres avait été annulé, pour des questions de spécifications techniques inappropriées.

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