Rapport Lam Shang Leen: pour une brigade anti-drogue mieux formée et pluridisciplinaire

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 Quelque 157 kilos d’héroïne ont été saisis au port, en mars 2017. D’abord 135 kg, puis 20 kg et enfin 2 kg.

Quelque 157 kilos d’héroïne ont été saisis au port, en mars 2017. D’abord 135 kg, puis 20 kg et enfin 2 kg.

Aux Casernes centrales, une ambiance particulière anime les locaux de la brigade antidrogue. Lundi 9 juillet, au quartier général (QG) de la police, des enquêteurs d’autres unités s’étaient donné rendez-vous. Il y avait des officiers de la Financial Intelligence Unit (FIU), de l’Independent Commission against Corruption (ICAC) et de la Mauritius Revenue Authority (MRA), entre autres.

Depuis le début des travaux de la commission Lam Shang Leen, un rapprochement de ces différentes unités s’est opéré. D’ailleurs, c’est un travail d’équipe entre la police et la douane qui a permis de procéder à la saisie record de 135 kilos d’héroïne (poids qui aurait été remis en question après l’analyse du FSL) et de l’arrestation de Navind Kistnah en cavale au Mozambique.

Un détail qui étonne : pourquoi Navind Kistnah est toujours détenu au QG de l’Anti-Drug & Smuggling Unit (ADSU) plus de 14 mois après son arrestation ? Si, pour des raisons de sécurité, on peut le comprendre, en revanche, la proximité du trafiquant avec des policiers peut aussi être problématique. On se souvient de l’ancien star witness Ashish Dayal, qui aurait été de mèche avec des policiers lors de l’escapade de Kusraj Lutchigadoo.

Proximité trafiquants et policiers

Selon nos sources, c’est précisément pour des raisons de proximité flagrante entre trafiquants et policiers que le rapport Lam Shang Leen compte réclamer une refonte de l’ADSU – afin de créer une unité mieux formée, pluridisciplinaire et regroupant des officiers de la MRA, de la FIU et de l’ICAC. «Actuellement, l’ADSU dispose de seulement 400 membres, alors que la police a une force de quelque 12 000 policiers. Une meilleure utilisation des ressources, sous le leadership d’un drug tsar, sera plus efficace contre les trafiquants», explique une source aux Casernes centrales. Selon nos informations, la Drug Enforcement Agency (DEA) des État-Unis (voir hors-texte) sera le modèle qui pourrait être proposé au gouvernement.

Parmi les autres recommandations, il est fort probable que la commission Lam Shang Leen souligne l’importance pour les officiers antidrogue de déclarer leurs avoirs avant de se joindre au service – tel n’étant pas le cas actuellement. Il sera aussi question de trouver une formule alternative pour sécuriser les saisies de drogue. «Actuellement, tous les exhibits sont conservés dans un coffre au QG de l’ADSU, avec les risques de disparition de quelques kilos qu’on met sur le compte du wrapping ou des fois du climat», ironise un ancien haut cadre de l’ADSU.

Autre point : les «rewards» qui sont décernées aux informateurs et aux policiers. Le rapport Lam Shang Leen réclame un système plus transparent et moins apte à favoriser les complicités entre policiers et suspects, comme dans le cas Lutchigadoo, dans lequel deux hauts gradés seraient trempés jusqu’au cou...

Enfin, quel sera le sort des policiers qui avaient eu si peur devant Lam Shang Leen ? Pourront-ils continuer à servir (ou sévir) au sein de l’ADSU ? Pour toutes raisons, la tremblote semble avoir gagné l’ADSU ces jours-ci…

Les divers programmes de la DEA

La DEA est le principal organisme en charge de la prévention de la distribution illégale de stupéfiants aux États-Unis. Elle fait partie des agences fédérales opérant sous la supervision du Département de la justice. Elle exécute plusieurs tâches à travers ses divers programmes. Notamment le programme «Intelligence», qui initie des enquêtes et acquiert des informations qui aboutissent à des saisies et des arrestations. Il y a aussi le «Cannabis Eradication», le seul programme national ciblant la culture illégale de marijuana. On retrouve également le «Demand Reduction», un programme de prévention qui sensibilise le public sur les dangers de la drogue. Ou encore le «Foreign Cooperative Investigations», responsable de la coopération avec les organismes étrangers pour tenter d’arrêter les trafiquants de drogue internationaux.

Musée de la Dea Ou «Éduquer les populations» au problème des stupéfiants

C’est tout près de Washington, à Arlington (Virginie), que se trouve le musée de la DEA. Il raconte l’histoire de la drogue aux États-Unis, la controverse sur certaines substances utilisées à des fins médicinales, les origines de l’institution, entre autres. Il propose aussi des ateliers interactifs pour que les enfants s’immergent dans le métier d’agent fédéral plutôt que celui de dealer. Son but est avant tout d’«éduquer les populations» au problème des stupéfiants.

Ce qu’a révélé la commission

(attention les points ci-dessous sont peut-être déjà dans l’inforaphie, sinon il faut les ajouter en dessous)

A. Les gardiens de prison sont les véritables maillons faibles du milieu carcéral. Selon la commission, c’est de par leur complicité avec les détenus/trafiquants que la drogue arrive souvent à entrer dans les prisons. Les trafiquants jouent sur leur faiblesse financière pour les convaincre et les utilisent comme des pions. La commission détient des preuves contre au moins 18 gardiens de prison.

B. Le trafiquant de drogue opère de la prison. Il a, en sa possession, des portables et des cartes SIM remis par des gardiens de prison ou d’autres détenus qui sont parvenus à tromper la vigilance des officiers. Les noms de Peroomal Veeren et de Siddick Islam figurent parmi ceux qui effectuent le plus grand nombre d’appels du pénitencier.

C. Selon la commission, de nombreux avocats ont touché des honoraires provenant de sources illicites. Quand les membres du barreau ont été interrogés sur la provenance des sommes conséquentes reçues des clients condamnés en prison, ils ont été nombreux à avancer que ce sont les proches qui leur remettent de l’argent. Toutefois, Paul Lam Shang Leen n’a jamais été convaincu par ces explications.

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