Farzana Maudarbaccus: «Se connaître est primordial pour savoir dans quel milieu professionnel évoluer»

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Farzana Maudarbaccus, psychologue du travail et directrice de thrive consulting.

Farzana Maudarbaccus, psychologue du travail et directrice de thrive consulting.

Un métier qui commence à trouver sa place à Maurice est psychologue du travail. À quoi sert ce professionnel ? Réponses de Farzana Maudarbaccus, qui en est une.

Quel est le rôle exact du psychologue du travail ?

 Le terrain d’action du psychologue du travail est le travail dans le sens où il vise à créer une harmonie entre les humains (employés) et leur lieu de travail, ou entre un employé et son poste et son environnement de travail, c’est-à-dire avec son poste mais aussi dans sa relation avec les autres, donc, le gestionnaire/manager et les collègues/clients. Il a donc en tête l’efficacité de l’individu et donc de l’entreprise mais a aussi à cœur le bien-être de l’individu dans son rôle. Il utilise des méthodes et moyens de la psychologie du travail pour améliorer le potentiel de l’employé en s’assurant que le lieu de travail et l’environnement de travail sont également en adéquation et que l’employé puisse s’épanouir et travailler en sécurité et être satisfait de ce qu’il fait. Les méthodes et moyens de la psychologie du travail sont des outils psychométriques, qui ont été recherchés et élaborés de manière scientifique mais aussi des entretiens structurés, des observations constructives, qui aideront à avoir une analyse approfondie d’une problématique avant de s’y attaquer. Car les méthodes de la psychologie du travail ont un fondement scientifique et ont été recherchées et testées avant d’être appliquées.

Où évolue-t-il ?

Le psychologue du travail évolue au sein des organisations – cela peut être en entreprise, dans un hôpital, dans une organisation non gouvernementale, dans une école, l’armée, une compagnie aérienne, une université pour travailler avec le personnel et la direction. Ou il peut aussi travailler sur des demandes individuelles, par exemple quelqu’un qui veut mieux se connaître et savoir comment améliorer son efficacité, comment mieux équilibrer sa vie au travail et hors travail ou aussi quelqu’un qui cherche à se réorienter en milieu de carrière.

Dans quelles circonstances a-t-on recours à ce professionnel ?

Cela peut être au niveau des individus pour le recrutement à travers l’utilisation de questionnaires élaborés de manière scientifique et d’entretiens, pour planifier la relève, c’est-à-dire la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, pour définir les besoins en formations et pour la formation des compétences par rapport au savoir être comme l’intelligence émotionnelle, la gestion des équipes, pour un coaching avant ou après une promotion. Ou il intervient également au niveau organisationnel pour, par exemple, mener une conduite du changement, accompagner lors d’une fusion, pour conseiller sur le stress au travail, pour établir ou retravailler sur la grille de compétences de tous les postes, pour comprendre pourquoi les employés sont absents trop souvent ou trop souvent malades, d’aider à la gestion des équipes intergénérationnelles car plusieurs générations se côtoient désormais sur le lieu de travail, pour le manque de motivation, la baisse de la productivité – bref, beaucoup de thèmes qui sont en lien avec l’individu, le poste et l’environnement de travail. On lui demande aussi de travailler sur des thèmes comme l’équilibre vie au travail/vie hors travail, le leadership, ou pour le développement individuel (souvent pour les managers).

«Il vise à créer une harmonie entre les humains et leur lieu de travail.»

Est-ce qu’il n’y a pas chevauchement entre son rôle et celui du directeur des ressources humaines ?

 Il peut y avoir chevauchement mais leurs champs d’action peuvent aussi bien diverger. S’il est en entreprise et qu’il soit dans le rôle de directeur des ressources humaines (DRH), alors là oui, il y a forcément chevauchement car quand on est dans les ressources humaines (RH), il y a des choses qui doivent être faites et il n’y a pas moyen de faire autrement. Les moyens disponibles et les marges de manœuvres sont aussi limités ou pas, en fonction de ce que l’entreprise met à disposition. Le DRH est, selon moi limité, car il doit s’occuper de toutes les responsabilités opérationnelles et c’est souvent difficile d’aller au-delà de ce qu’il fait, faute de moyens, faute de temps. Mais – et c’est un grand MAIS – c’est souvent les DRH qui font appel au psychologue du travail pour aller en profondeur sur une problématique. Donc, on se chevauche complètement dans notre objectif d’épanouissement positif de l’individu et de l’entreprise et d’œuvrer pour un environnement de travail motivant et sain.

Vous êtes aussi conseillère d’orientation. Ce service s’adresse à qui ?

En tant que conseillère d’orientation, je pense surtout aux adolescents qui cherchent vers quelle filière s’orienter. Ce n’est pas toujours facile de se projeter dans un rôle ou un poste futur et il est important pour un adolescent de se connaître avant de s’engager dans une filière quelconque. Il est vraiment crucial pour les jeunes de bien choisir leurs carrières car on ne sait souvent pas dans quel domaine on s’épanouira – surtout quand on est jeune. Cela dit, j’ai aussi accueilli des adultes qui souhaitent se réorienter en milieu de carrière pour une reconversion et lors de mon expérience à l’étranger, après un reclassement. C’est donc un service ouvert aux adolescents et aux adultes. La connaissance de soi est un aspect important mais le bilan d’orientation prend aussi en considération le parcours scolaire/professionnel, les activités extrascolaires aussi bien que le contexte de chaque personne (valeurs, parcours de vie, ressources, ambitions, marges de manœuvres, etc.) pour avoir une compréhension aussi précise que possible. Se connaître est primordial à mon avis pour savoir dans quel milieu professionnel on souhaite évoluer – que l’on soit en début ou en milieu de carrière – et je pense à cette citation de Confucius qui est tellement parlante pour moi et ceux que je rencontre dans ma profession : «Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie».

Pourquoi avoir choisi de vous mettre à votre compte en tant que consultante ?

Comme il n’y a pas un poste dédié au psychologue du travail dans les organisations, proposer mes compétences en tant que consultante me permet de travailler sur les problématiques que cette discipline peut éclaircir. Je compte plus d’une dizaine d’années d’expérience en Europe et à Maurice et je souhaite apporter ce que j’ai acquis et appris et surtout utiliser mes compétences en psychologie du travail. Je suis convaincue qu’il y a beaucoup à faire en termes de savoir être par exemple ou en termes de motivation car quand je rencontre des employés ou ne serait-ce qu’en tant que cliente, qui recherche/achète un service, je me rends compte combien de fois les employés ne sont pas du tout engagés ou motivés et ne sont pas connectés à leur emploi, leur poste et donc pas connectés et pas à l’écoute de leurs clients. Et c’est certain que cela impacte sur la productivité et les profits de l’entreprise. Et puis, le statut de consultant offre une distance nécessaire qui n’est pas forcément le cas quand on est employé ou quand on est responsable des RH. C’est souvent la direction d’une entreprise qui nous embauche, mais je pense que l’on est moins contraint ainsi. En tant que consultante, je peux évoluer dans plusieurs secteurs d’activités et c’est enrichissant. Cela me donne aussi la possibilité de travailler avec différents échelons d’une organisation – employés, gestionnaires ou adolescents, entrepreneurs. Être à mon compte signifie aussi pouvoir utiliser les outils et méthodes qui respectent l’éthique et la déontologie des psychologues, qui avec mon expérience peut être plus difficile quand le psychologue du travail est employé et c’est quelque chose qui me tient à cœur, même si ça veut dire perdre des clients car le respect du titre et de ma formation m’importe beaucoup. Enfin, le challenge d’entreprendre m’attire car cela m’a l’air enrichissant et passionnant sur le plan professionnel comme personnel !

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