Pays à revenu élevé: l’objectif de 2023 est-il réalisable?

Avec le soutien de
L’une des clés pour que la croissance dépasse la barre de 4 % serait de stabiliser la roupie.

  L’une des clés pour que la croissance dépasse la barre de 4 % serait de stabiliser la roupie.  

Dans son dernier Budget, le Premier ministre et ministre des Finances confirme les ambitions de Maurice d’intégrer la ligue des pays à revenu élevé en 2023. Quatre-vingts pourcent de l’objectif est déjà atteint. Mais devenir un high income country dans à peine cinq ans, est-ce vraiment à notre portée ? Pas si sûr, à en croire des acteurs du secteur…

Le plan stratégique 2018-2021 établit les progrès réalisés par rapport au document Vision 2030. Il y a 50 ans, Maurice avait un revenu par habitant de US$ 200 (Rs 7 000 environ), étant ainsi considéré comme un «low income country». Mais les politiques industrielles ayant été efficaces, le pays a pu gravir l’échelle des revenus au fil des ans.

En 1987, la Banque mondiale publie pour la première fois un classement analytique des économies mondiales, basées sur le Gross National Income (GNI) per capita. Ce classement catégorisait les pays comme low income, lower middle income, upper middle income et high income. Ainsi, depuis le 1er juillet 2016, les pays à revenu élevé sont ceux dont le GNI par habitant est supérieur à US$ 12 476 (Rs 439 000).

«Depuis 4-5 ans, nous stagnons autour de US$ 9 000. Ce n’est pas bon signe. À ce rythme, on n’arrivera pas à l’objectif de 2023.»

Toutefois, en 2016, Maurice avait un GNI par habitant de US$ 9 770 (Rs 430 300), ce qui équivaut à 80 % de l’objectif à atteindre pour devenir un pays à revenu élevé, comparé à 27 % en 1987. Le projet Vision 2030 est de maintenir les efforts et le rythme de progression du pays afin que Maurice puisse rejoindre la ligue des pays à revenu élevé d’ici à 2023, avec un GNI par habitant de US$ 13 550 (Rs 467 400). Les ambitions ne s’arrêtent pas là, puisque le revenu par habitant devrait grimper encore à US$ 19 000 d’ici 2030.

Toutefois, de l’avis de certains observateurs, cet objectif de 2023 est difficilement réalisable dans les conditions actuelles. «Depuis 4-5 ans, nous stagnons autour de US$ 9 000. Ce n’est pas bon signe. À ce rythme, on n’arrivera pas à l’objectif de 2023», soutient l’économiste Eric Ng. Surtout avec une croissance qui peine à passer la barre de 4 %, ajoute-t-il. La clé réside aussi, selon lui, dans une roupie stable.

Interrogé sur l’objectif de 4,1 % annoncé par le Premier ministre pour l’exercice fiscal 2018-19, Eric Ng estime qu’avec des exportations et des investissements en baisse, cette performance est loin d’être acquise. «Certes, la construction va connaître une forte croissance, mais on ne peut miser uniquement sur un secteur pour atteindre un taux de 4,1 %. Il faudrait aussi que la manufacture, l’industrie touristique et les services financiers réalisent une bonne progression.» Quoi qu’il en soit, il faut impérativement une croissance de 5 % ou plus, chaque année – et ce, jusqu’en 2023 – pour atteindre l’objectif en 2023, argue Eric Ng.

«Nous avons besoin d’un ‘complete paradigm shift’ au niveau de l’éducation et des compétences de notre main-d’œuvre. Elle n’est pas adéquatement qualifiée pour révolutionner le pays...»

C’est aussi le postulat du cabinet comptable KPMG, qui va plus loin dans son analyse. Il maintient que si le pays veut atteindre l’objectif de 2023, avec un revenu par habitant de US$ 13 550, il devra réaliser une croissance moyenne de non pas 5 %, mais 6 % chaque année. Et avec le chiffre de 4,1 % avancé par Pravind Jugnauth, nous sommes définitivement loin du compte…

Et KPMG insiste : «Given the forecast growth of 4.1% for next fiscal year, there will have to be new avenues of incremental economic growth to help achieve this vision in the longer term. In such a future state of affairs, one would eventually question if the pursuit of a prudent transformation will be enough? Or should we, as a country, be bolder with less reliance on government?»

De son côté, l’économiste Swadicq Nuthay prévient que l’on aurait tort de focaliser sur le seuil de US$ 12 476 annoncé par la Banque mondiale, car il pourrait se révéler «a moving target». Qu’en est-il des mesures budgétaires ? Vont-elles aider le pays à atteindre le «high income status» dans les cinq prochaines années ?

Le problème des initiatives annoncées dans le Budget, c’est leur mise en application, fait comprendre Swadicq Nuthay. Par ailleurs, il plaide pour le développement du capital humain et pas seulement des infrastructures. «Nous avons besoin d’un ‘complete paradigm shift’ au niveau de l’éducation et des compétences de notre main-d’œuvre.

Elle n’est pas adéquatement qualifiée pour révolutionner le pays et apporter les changements nécessaires au niveau des nouveaux secteurs comme la Fintech, la blockchain et l’intelligence artificielle.» D’où la nécessité d’investir massivement dans l’éducation et la formation, et d’attirer les compétences étrangères.

Qu’en est-il alors de l’octroi du passeport et de la nationalité contre paiement ? Swadicq Nuthay prévient que cette mesure va sans doute apporter des investissements, mais pas nécessairement des compétences. «La question est de voir par rapport aux concurrents ce que Maurice peut offrir de plus que Singapour, par exemple, pour attirer des professionnels étrangers. Et pas seulement en termes pécuniaire mais aussi concernant les facilités et la qualité de vie.»

L’économiste pousse le bouchon plus loin : comment devenir un pays à revenu élevé alors que nous n’investissons pas suffisamment dans la recherche et le développement ? Pour lui, l’objectif de 2023 est donc clairement trop optimiste.

Par ailleurs, en termes de croissance économique, Swadicq Nuthay estime que ce n’est pas le taux de croissance qui doit primer mais plutôt la qualité de la croissance. Si notre croissance reste dopée par la construction et l’immobilier, ce n’est pas forcément bon signe, dit-il. La croissance du pays doit être dynamisée par des secteurs économiques à forte valeur ajoutée, qui auront des effets multiplicateurs dans le futur, l’objectif ultime étant de faire l’économie prospérer sur des bases solides.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires