Ritesh Gurroby: «Il faut cesser les importations de poissons»

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Ritesh Gurroby, président de l’Association of Fish Operators

  Ritesh Gurroby, président de l’Association of Fish Operators  

Vous cherchez désespérément une rencontre avec le Premier ministre. Vous êtes toujours sur le banc de touche?

Les choses avancent lentement. Nous avons sollicité les autorités à maintes reprises, en vain. Nous avons donc décidé d’aller voir le ministre de la Pêche et le Premier ministre directement. Nous avons écrit une lettre, datée du 29 juin, à Pravind Jugnauth. La démarche demeure sans réponse pour l’instant, nous espérons qu’il nous écoutera.

À travers cette lettre, nous voulons dénoncer la mesure budgétaire qui étend la pêche sur les bancs aux opérateurs étrangers, ce qui signe notre arrêt de mort. Néanmoins, le ministre de la Pêche a, lui, accepté de nous recevoir le 11 juillet. On dirait bien qu’il est disposé à entamer le dialogue…

Et si les autorités font la sourde oreille…

Nous prendrons des actions. S’il faut manifester, nous le ferons. C’est notre droit.

«L’importation nous achève déjà. Prenons le cas de la puissance asiatique. Elle possède la main-d’œuvre, l’argent, le statut économique.»

En quoi la mesure budgétaire d’ouvrir les bancs de pêche aux compagnies étrangères vous est-elle nuisible?

Cette décision est bénéfique uniquement aux gens n’ayant jamais investi dans ce domaine. Ils ne font que du commerce. Et cela tue toute l’industrie locale, ce qui aura un impact sur le Produit intérieur brut aussi. La mesure budgétaire menace non seulement la production locale mais aussi les emplois.

L’importation nous achève déjà. Prenons le cas de la puissance asiatique. Elle possède la main-d’œuvre, l’argent, le statut économique. En pêchant dans nos eaux, elle fournira le marché au détriment des prestataires et banians locaux. Tous nos poissons seront pillés et les étrangers s’en iront plein les poches.

Qu’arrivera-til au peuple mauricien ? Il en sera privé. D’autant que l’État n’y gagnera rien que les étrangers partiront avec leurs revenus.

Quel est l’état actuel de la pêche à Maurice?

Déjà, les chiffres officiels sont erronés. Le ministère prétend que les opérateurs semi-industriels (avec des bateaux faisant moins de 24 mètres) rapportent 300 tonnes de poissons par an. Or, ces données sont en deçà de la réalité. En moyenne, quatre bateaux ramènent entre 150 et 180 tonnes de poissons par an. Et il y a environ 35 bateaux.

Un bateau professionnel, qui fait 50 mètres de long peut pêcher 400 tonnes de poissons annuellement. Cinq sont en opération actuellement. Faites le calcul. Nous ne comprenons pas. Est-ce une manœuvre délibérée pour amener les étrangers dans cette industrie locale ?

Pourtant, si la stratégie gouvernementale marche, ce serait fournir plus de poissons à meilleur prix. Le consommateur n’en bénéficierait-il pas?

Le meilleur prix c’est quoi et au détriment de qui ? Et pendant combien de temps cette ouverture étrangère sera-t-elle pratiquée ? C’est ce que nous demandons aux autorités. Nous ne pillons pas les ressources océaniques. Nous pratiquons la pêche soutenue, ce qui permet le renouvellement de poisson sur les bancs.

Mais cela ne traduit-il pas un manque de capacité des opérateurs locaux?

Si nous avions un manque de capacité, nous n’aurions pas toutes ces tonnes de poisson en attente. D’ailleurs, si les autorités estiment qu’il y a une défaillance quelque part, il suffit de nous en parler.

Quelles sont les difficultés pour écouler le poisson sur le marché local?

Principalement, c’est l’importation. Le ministère a octroyé trop de permis aux étrangers. Leur poisson inonde le marché local. Malgré le poisson frais que nous proposons, le consommateur en préfère un déjà traité et surgelé en supermarché. Nous perdons des clients. Pourtant, les opérateurs mauriciens ont investi des centaines de millions de roupies dans l’industrie.

À l’inverse, les importateurs viennent de gauche à droite, ils n’ont rien fait pour Maurice. Quel est l’intérêt d’en faire venir plus ? Puis, on se questionne sur la fiabilité de leurs produits. Des tests sont effectués. Mais la qualité demeure très mauvaise.

Une autre difficulté est le manque d’espace de stockage pour nos prises. Pour l’heure, chaque bateau doit débarquer sa cargaison au port, un lieu déjà surpeuplé d’embarcations. Puis, nous sommes contraints de vendre les poissons aux banians sur place. Le réseau est complètement fermé. Seuls ces maraîchers y ont accès.

Ce n’est pas de notre volonté. Nous voudrions que le public y accède. D’ailleurs, nous avons demandé au ministère de créer un marché direct pour les Mauriciens, avec un prix nettement meilleur. Par exemple, notre prix pour le poisson frais, comme le Capitaine, se situe entre Rs 140 et Rs 180 le kilo. Et il faut tout écouler en deux jours. Quant au poisson pêché industriellement, il est congelé à -30 degrés en chambre froide sur ces bateaux. Actuellement, il y a 350 tonnes invendues en raison du surplus importé.

Maurice est entouré d’eau. On doit pouvoir consommer notre propre poisson. Demain, je veux que mon enfant dessine vrai un poisson, pas une vulgaire version panée.

«Le ministère a octroyé trop de permis aux étrangers. Leur poisson inonde le marché local. Malgré le poisson frais que nous proposons, le consommateur en préfère un déjà traité et surgelé en supermarché.»

Comment gérez-vous la compétition du Vietnam, de la Chine, de l’Indonésie et de l’Inde?

Hélas, le prix dicte le marché à Maurice. Ces pays sont si compétitifs et leurs coûts si bas que nous ne pouvons y faire face. Nous devons baisser les prix parfois. La solution est simple : il faudrait cesser les importations. Tout le monde doit travailler.

On ne dit pas de tout arrêter. D’abord, analysons le stock des opérateurs mauriciens. S’il en manque, permettons-leur d’en faire provision. Nous prendrons alors la garantie d’amener ces poissons répondant aux normes de qualité. On ne peut faire de l’importation au petit bonheur.

Vous martelez diverses critiques à l’égard des importateurs. Pourquoi tant d’acharnement contre les étrangers?

Déjà, des importations de poissons bas de gamme inondent et noient le marché. Et là, out of the blue, des étrangers vont arriver, pêcher dans nos lagons et vendre leurs prises à Maurice. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. D’autant que la prise a nettement diminué.

Vers 2015, par exemple, un bateau professionnel revenait avec 140 tonnes. Aujourd’hui, ce taux est de 110. Avec ces opérateurs étrangers, on devra fermer boutique. De plus, nous pêchons à la ligne, donc à la méthode traditionnelle. Les étrangers jetteront leur filet et emporteront tout sur leur passage.

Donc, votre braquage contre les importateurs vous paraît justifié?

Ces pays qui viennent n’ont aucun attachement à notre mer. D’ailleurs, quand nous avons des pêcheurs étrangers au sein de l’équipage, dès que notre poisson arrive à Maurice, il faut payer une taxe de 7 %. Ceci équivaut à plus de Rs 25 millions pour un de nos opérateurs industriels qui emploie ces travailleurs. Nous, on a investi gros…

Ne pensez-vous pas que ce sont vos stratégies locales qui sont mal orientées?

Posez la question aux autorités. En tant qu’entreprise locale, nous avons tout mis en œuvre. Même pour avoir un permis, il faut compter un mois. Entre-temps, que se passe-t-il ? Le secteur ne tourne pas ? En termes de production, si j’avais une mauvaise stratégie, on ne rapporterait rien.

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