Didier Saïd: Restituer l’apparence de la vie aux morts

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Didier Saïd, Thanatoplasticien réunionnais.

Didier Saïd, Thanatoplasticien réunionnais.

Une société de pompes funèbres locale est actuellement en pourparlers avec le thanatoplasticien réunionnais Didier Saïd, pour qu’il forme son personnel et fasse des allers-retours entre les îles au besoin. Portrait d’un quadra qui a fait des soins de présentation des morts sa spécialité.

N’y aurait-il qu’un pas entre la pâtisserie et la thanatoplastie, qui est l’art d’effectuer des reconstructions cranio-faciales sur des personnes mortes et défigurées lors d’accidents ou de suicides, pour leur restituer l’apparence de vie et les rendre présentables à leurs proches affectées par leur disparition ? On pourrait le penser en prenant connaissance du parcours de Didier Saïd, 45 ans.

Après ses études secondaires au collège de Montgaillard à St Denis, La Réunion, il intègre le lycée hôtelier de Plateau Caillou afin de préparer un Certificat d’Aptitudes Professionnelles (CAP) Pâtissier-Chocolatier, qu’il obtient. Il est vite embauché dans une pâtisserie. Or, c’est là qu’il se rend compte «que ce métier ne me plaisait pas», raconte-t-il par mél.

Il s’intéresse très vite à la coiffure et à l’esthétique, obtenant un CAP, un Brevet Professionnel (BP) Coiffure, un Brevet de Maîtrise III et IV, une maîtrise supérieure Coiffure/Esthétique et un Brevet de Technicien Supérieur (BTS) en coiffure. Il en va de même pour l’esthétique, spécialisation pour laquelle il est titulaire d’un CAP/BP et BTS des métiers de l’esthétique et d’une licence en cosmétologie et d’autres diplômes dans le domaine de l’entrepreneuriat

Passionné par ces domaines, il ouvre, il y a 25 ans, son institut de beauté à St Denis, qui porte le nom de La Diva coiffure esthétique. En parallèle, il enseigne la coiffure et l’esthétique pendant 15 ans. L’enseignement finit toutefois par l’avoir à l’usure, à cause des élèves qui sont de plus en plus durs. Il y met un terme, se lançant à la place dans ce qu’il appelle la socio-esthétique/coiffure. «Je me suis chargé de la coiffure et de l’esthétique pour les personnes âgées en maisons de retraite et aussi pour les personnes défavorisées.»

Jusqu’à ce qu’une maison de retraite, avec laquelle il travaille, l’appelle pour lui demander d’effectuer un maquillage sur une résidente qui vient de décéder. «J’ai refusé car dans ma tête, j’étais habitué à maquiller des personnes vivantes. Le faire sur une morte m’était à l’époque impensable», précise-t-il.

Sauf qu’il reçoit plusieurs autres demandes de ce genre des maisons de retraite où il intervient. Cela le fait réfléchir. Il accepte de faire un maquillage post-mortem et réalise alors que ce n’est pas la fin du monde et que «c’était une niche à prendre»

Avant d’entrer de plain-pied dans le domaine, il effectue un travail sur lui pour surmonter sa peur de la mort et des cadavres, lui qui a perdu son frère dans un crash d’avion. «Mon frère aurait eu besoin d’une reconstruction faciale mais personne n’a pu le faire pour lui. Je me suis alors posé de multiples questions sur la reconstruction et la restructuration cranio-faciale et je me suis rendu à l’hôpital de St Denis où je me suis renseigné sur ces disciplines pour les personnes mortes ayant subi des traumatismes faciaux lors d’accidents, de suicide par balles ou de brûlures et dont on ne peut exposer les corps en cercueil ouvert lors de veillée mortuaire.»

Didier Saïd décide alors d’aller étudier auprès de l’Institut de Formation des Métiers du Funéraire à Paris, où il obtient d’abord un diplôme d’assistant de médecin légiste pour les autopsies. C’est auprès de la faculté de médecine de l’université d’Angers qu’il étudie ensuite la thanatoplastie et l’anaplastologie, qui est l’art de reconstituer de façon réaliste une partie manquante du visage d’un mort grâce à de multiples méthodes de chirurgie reconstructive.

Pour faire plus simple, Didier Saïd explique que c’est «de la chirurgie esthétique faciale pour des personnes mortes dont le visage ou une partie du visage aurait subi des traumatismes importants à la suite d’accidents divers.» Pour ce faire, il fait appel à de nombreux instruments dont des bistouris, ponceuse, visseuse, du petit matériel de chirurgie et des résines, du latex, de la pâte à modeler, de la colle spéciale, des vis, etc

Didier Saïd regagne ensuite La Réunion. Il aurait pu travailler au sein d’un département de médecine légale. Comme c’est une discipline à part entière, les hôpitaux, les sociétés de pompes funèbres et les centres funéraires font appel à lui pour ces reconstructions cranio-faciales. 

Il ne trouve pas son métier morbide. «Il n’y a rien de plus normal que d’embellir des personnes décédées afin de leur rendre leur dignité et un dernier hommage à un défunt. C’est aussi une façon de rendre service aux familles qui sont dans la douleur et qui, sans mes services, n’auraient pu voir et toucher une dernière fois le visage d’êtres aimés et apaiser leurs souffrances face à la mort.»

S’il précise que les morts ne le hantent pas car «ce n’est pas eux qui se plaindront de la reconstruction ou du maquillage» et qu’il craint davantage les vivants que les personnes trépassées, il confie qu’effectuer des reconstructions sur les enfants est encore difficile. «Cela reste difficile pour moi lorsqu’il s’agit d’enfants mais tout dépend aussi des cas.»

Appelé à dire si les gens, par superstition, n’ont pas tendance à l’éviter socialement en raison de son côtoiement avec les morts, Didier Saïd affirme qu’au contraire, ils éprouvent de l’admiration pour son métier et le respectent«C’est ce qui me réconforte et m’incite à continuer.» 

Pour faire de la thanatoplastie, dit-il, il faut du savoir-faire, une grande humilité, de la sagesse et aussi de la discrétion. Pour évacuer son stress émotionnel, il fait du yoga, du footing et du sport.

Ses réflexes d’enseignant lui sont restés car il a mis au point trois modules de formation sur le maquillage post-mortem, la sociologie et la psychologie du deuil et les nouvelles techniques de toilette mortuaire. Il a été approché par une société mortuaire mauricienne à des fins de formation de son personnel en la matière et il n’écarte pas la possibilité d’une collaboration future avec cette compagnie. Tout comme il est ouvert à des allers-retours entre nos deux îles en cas de besoins en thanatoplastie, anaplastologie et cosmétologie

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