Blanchiment d’argent: incursion dans le réseau hawala

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Ce système de transfert d’argent informel est un des maillons forts du blanchiment d’argent.

Ce système de transfert d’argent informel est un des maillons forts du blanchiment d’argent.

Le système de transfert de fonds à travers l’hawala existe depuis plusieurs siècles. Mais sa présence à Maurice a été découverte après l’arrestation du couple Bolaki et Nobeeboccus. Ce système de transfert d’argent informel est un des maillons forts du blanchiment d’argent.

Pour l’heure, aucun lien direct n’a été établi entre les suspects et les barons de la drogue. Mais l’Anti-Drug and Smuggling Unit les surveillait car le money trail des fonds des trafiquants passait par le couple. Il semblerait qu’ils opéraient un réseau d’hawala. Ally Lazer, travailleur social, confirme qu’il y a plusieurs réseaux d’hawala à Maurice. «Ce sont des cambistes qui opèrent au noir. Ce système, de par l’anonymat qui le caractérise, aide grandement à blanchir les fonds.» Selon le travailleur social, ils sont plus d’une dizaine à opérer à Maurice.

Une source policière affirme que le couple en question gérait un des plus grands réseaux de l’île : «L’organisation était comme celle d’une banque. Les billets étaient entassés en liasses, classés par devises.»

Comment fonctionne l’hawala ? C’est, avant tout, un système de transfert de fonds sans que l’argent ne bouge physiquement. Aujourd’hui, il est principalement utilisé par les travailleurs immigrés pour envoyer de l’argent dans leur pays. L’avantage est que l’envoi est simple et l’administration, lorsqu’il y en a, est minime. Les fonds sont disponibles dans n’importe quel pays du monde pratiquement instantanément, alors qu’à travers les circuits officiels, un transfert prend plusieurs jours, voire quelques semaines.

Confiance

Pour un transfert, une personne va voir un agent d’hawala (hawaladar) et lui remet l’argent qu’elle souhaite envoyer à l’étranger. Un code lui est transmis. L’envoyeur transmet alors ce mot de passe à celui qui doit recevoir l’argent. Ce dernier va voir l’hawaladar dans son pays qui est en contact avec son confrère du pays d’origine. En donnant le mot de passe, il reçoit l’argent. La marge de profit des opérateurs se fait sur les commissions qu’ils prennent – souvent inférieures à celles des circuits officiels – et les taux de change. Dans de rares cas, l’envoyeur peut même offrir des terrains ou autres titres de propriété et l’équivalent en argent est remis à qui de droit à l’autre bout de la chaîne.

Ce système est disponible dans les banques et chez les cambistes sous des versions officielles et contrôlées. Des reçus avec les noms de l’envoyeur, celui qui réceptionne, et les montants transférés sont fournis. Mais le service est aussi disponible sur le marché noir. Aucun document n’est livré, tout est fait dans l’opacité la plus totale.

En ce qui concerne les cas de drogue, l’avantage est que la personne qui va récupérer la marchandise n’est pas contrainte de voyager avec des sommes astronomiques. Tout repose sur la confiance entre les hawaladars et ceux qui doivent envoyer et recevoir l’argent. Les agents d’hawala communiquent par téléphone, SMS ou mail. Aucun document officiel n’est émis. De plus, l’argent ne quitte pas le territoire et les transactions se font en liquide, ce qui rend difficile toute traque.

Dans d’autres pays, ce système est couramment utilisé, même si les autorités essaient de plus en plus de le contrôler. À Maurice, le phénomène existe depuis au moins dix ans, mais est assez peu connu des autorités et des économistes. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux ont fait savoir qu’ils doivent l’étudier avant de se prononcer.

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