Plus de Rs 50 M saisies: l’hawala ou comment blanchir l’argent sale…

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Aniisah Bolaki et Sameer Nobeeboccus lors de leur arrestation lundi, après la saisie de plus de Rs 58 millions. [© Rishi Etwaroo]

Aniisah Bolaki et Sameer Nobeeboccus lors de leur arrestation lundi, après la saisie de plus de Rs 58 millions. [© Rishi Etwaroo]

Avec la double arrestation d’Aniisah Bolaki et de Sameer Nobeeboccus par l’assistant surintendant de police (ASP) Hector Tuyau et ses hommes, dimanche à l’aéroport, les autorités sont en présence d’un phénomène, peut-être relativement nouveau chez nous, mais bien répandu dans les cercles criminels internationaux : l’hawala. Celui-ci désigne un système de transfert de fonds que l’on définit parfois comme un système bancaire parallèle voire souterrain, qui n’est pas réglementé.

Dans le cas de la saisie de Rs 58 millions, les enquêteurs ont été surpris par le calme des deux personnes arrêtées. «Manifestement, ils sont à la tête d’une organisation financière, mais l’argent saisi n’est pas le leur, cela se voyait sur leur visage», fait ressortir une source proche de l’enquête en cours.

Business florissant

Selon nos renseignements, l’argent saisi à Plaine-Verte ferait partie d’un vaste réseau de blanchiment. Le business des passeurs est florissant en raison de leur organisation financière ingénieuse.

Ce modus operandi permet aux passeurs de ne pas prendre de risque côté argent. C’est le système idéal pour ces réseaux criminels qui assurent la sécurité financière des trafiquants sous le couvert du business de «churidars».

Au niveau local, l’Independent Commission against Corruption (ICAC) et la Financial Intelligence Unit (FIU) se pencheront sur le modèle opéré à Plaine-Verte. C’est ce qui explique la proximité de certains noms liés au trafic de drogue avec les Bolaki – qui avaient d’ailleurs été interrogés par la commission Lam Shang Leen l’an dernier. En revanche, jusqu’ici aucune connexion n’a encore été établie avec le réseau de Siddick Islam ou tout autre gros trafiquant.

Du côté des Casernes centrales, on suit de près le déroulement de l’enquête. Certains espèrent que l’ASP Tuyau ne sera pas destitué car les agissements du couple Nobeeboccus et Bolaki sont connus depuis longtemps. Et la question demeure : pourquoi n’a-t-on rien fait jusqu’ici ? Comment se fait-il que d’autres hawalas soient tolérés au nez et à la barbe des autorités.


Sameer Nobeeboccus: «J’ai réussi grâce à mon business»

Il ne cesse de clamer son innocence. Arrêté alors qu’il s’apprêtait à quitter le pays pour Shanghai en compagnie de son épouse dimanche soir, Sameer Nobeeboccus, 35 ans, a été questionné, hier, par l’équipe de l’assistant surintendant de police Hector Tuyau sur la provenance de l’importante somme d’argent retrouvée sur lui. «J’ai réussi grâce à mon business. Tout est en règle», a-t-il répondu aux enquêteurs. Le suspect a soutenu que l’argent lui avait été remis par sa belle-mère pour acheter des articles à Shanghai. Il a retenu les services de Me Shakeel Mohamed, «Leading Counsel», et Mes Hisham Oozeer et Nadeem Hyderkhan.


Proches et amis du couple : «Sa bann-la pa dan ladrog»

«Kapav larzan pa’nn déklaré mé sirtou pa ladrog.» Proches et amis du couple Bolaki-Nobeeboccus refusent de croire qu’ils seraient trempés dans un trafic de drogue. «Sa bann-la pa dan ladrog sa.»

Ils sont des gens respectables, sont-ils nombreux à dire. «Dimounn pou dir kitsoz par zalouzi, mé mwa mo’nn trouvé kouma zot tret zot anployé, avek respé. Sé bann extra bon dimounn», martèle un habitant de Plaine-Verte.

Sameerah Bolaki ne cache pas sa colère. Nous l’avons rencontrée à son magasin, à la rue La Corderie. «Komié banané mo fami inn fer sa travay-la. Zot pé dir larzan ilégal, mo avoka pou prouvé ki sé nou la swer. Nou finn transpiré pou ariv-la», clame-t-elle.

Et puis, précise Sameerah Bolaki, «c’est complètement faux de nous associer à Siddick Islam. Nous n’avons pas de lien de parenté». Récusant ainsi les affirmations de l’équipe de l’assistant surintendant de police Hector Tuyau.

Même son de cloche du côté de Naserah Vavra, l’épouse de Sidick Islam. «Mon époux et moi ne connaissons pas ces personnes. Mon nom est cité à la radio, il est temps d’arrêter avec ces amalgames», lâche-t-elle.

Chez les Nobeeboccus, à Plaine-Verte, la mère de Mohammad Sameer refuse, elle aussi, de concevoir que son fils soit impliqué. Elle explique que son épouse et lui devaient prendre l’avion pour Shanghai aux alentours de 21 heures, dimanche. «Ils ont l’habitude de voyager pour acheter des marchandises.»

C’est aux alentours de 5 heures, lundi, qu’elle devait constater la présence de policiers devant sa porte. Ils entouraient son fils. «Les policiers m’ont informée qu’ils ont saisi une grosse somme d’argent sur mon fils et ma belle-fille à l’aéroport et qu’ils ont été arrêtés.»

Pour la mère de Mohammad Sameer Nobeeboccus, c’est impossible que son fils soit coupable de ce dont on l’accuse. En dix ans de mariage, fait-elle ressortir, le jeune homme a toujours habité sa modeste demeure. «S’il était vraiment mêlé à un trafic de drogue, il m’aurait délaissée pour aller vivre ailleurs.»

Sameer Nobeeboccus était auparavant employé comme messenger pour une compagnie de presse. Peu après son mariage, il a démissionné et rejoint le commerce de ses beaux-parents. Ces derniers sont dans le métier depuis les années 70. Ils sont dans la vente de draps, rideaux, vêtements et sous-vêtements. Ils ont plusieurs magasins à Port-Louis et deux bâtiments, ainsi qu’un autre actuellement en construction à Plaine-Verte.


Une banque «idéale»

Nous pouvons rêver d’une banque idéale, une banque où les dépôts sont toujours disponibles, où les commissions sont très faibles, où l’argent est sécurisé, où les transactions locales, nationales et mondiales sont rapides, où les formalités sont simplifiées. Cette banque idéale existe depuis des siècles, c’est l’hawala.

Elle est essentiellement fondée sur la confiance et elle sert, depuis des siècles, aux transactions commerciales de certaines régions du monde. Mais sa souplesse et sa discrétion en font un instrument redoutable et redouté.

Certaines institutions ont constaté, depuis quelques années, qu’elle était trop efficace, trop discrète et constituait donc une coquille idéale pour le blanchiment d’argent consacré à des activités criminelles. Les autorités de nombreux pays ont essayé de lutter contre ce système, souvent avec beaucoup de discernement, car l’hawala sert en Afrique et en Asie à faire subsister des familles sans ressource aussi bien qu’à faire prospérer les malfaiteurs qui éprouvent le besoin criminel de blanchir de l’argent.

Source : Institut de recherche en gestion des organisations, université de Bordeaux.

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