Sylvie Morgillo Gravil: «Une seule méthode pédagogique ne peut répondre aux particularités de tous les enfants

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Sylvie Morgillo Gravil, de l’Odyssée du Savoir.

Sylvie Morgillo Gravil, de l’Odyssée du Savoir.

D’un échange inspirant en pleine nature entre trois amis, est née une idée folle ! Celle de lancer une école alternative, en s’inspirant principalement du modèle américain Sudbury Valley, que le groupe juge idéal pour parer aux besoins éducatifs d’un maximum d’enfants. Après plusieurs mois de recherches et de travail, L’Odyssée du Savoir devrait ouvrir ses portes d’ici septembre, fondée sur des principes de base telles l’inclusion et la mixité. Rencontre avec Sylvie Morgillo Gravil.

Comment avez-vous décidé de vous lancer dans cette aventure baptisée L’Odyssée du Savoir ?
La réalité du terrain notée lors de nos actions au sein de diverses ONG, dont Anges du Soleil, nous a menés à chercher plus loin pour répondre aux besoins de l’évolution et du changement dans le monde. Il y avait aussi cette conversation que nous avions eue dans les gorges, avec deux amis, lors de laquelle nous évoquions la situation d’une famille qui avait déscolarisé ses deux garçons parce que les enfants n’étaient pas heureux et épanouis à l’école où ils étaient. Nous avons conclu nos doutes en disant qu’il faudrait les revoir dans 15 ans, afin de savoir si la déscolarisation pouvait être bénéfique.

Puis nous avons entendu parler d’André Sterne qui n’a jamais été scolarisé, notamment dans une vidéo de Ramïn Farhangi qui disait «Pourquoi j’ai créé une école où les enfants font ce qu’ils veulent» (TEDx SACLAY). Et c’est de là qu’est partie l’idée de la création de ce type d’école à Maurice. Le problème pour ma part était que l’idée devait pouvoir s’adapter aux enfants de milieux vulnérables, dont l’environnement n’est pas forcément riche en diversité. D’où la suite des recherches sur le sujet.

Quel manque au niveau du système éducatif classique, L’Odyssée du Savoir vise-t-elle à pallier ?
Nous pensons qu’il faut prendre en considération tous les systèmes éducatifs, nous sommes tous bien différents et une seule méthode pédagogique ne peut répondre aux particularités de tous les enfants. Nous ne souhaitons pas faire ressortir les manquements des autres systèmes, nous préférons mettre en valeur les points positifs que nous apportons.

Parmi les points positifs que vous visez, il s’agit entre autres de développer chez l’enfant, outre les connaissances scolaires, des compétences relationnelles et personnelles telles que l’empathie, la créativité, la coopération, l’entrepreneuriat, la confiance en soi et l’esprit critique… ?
Et aussi, l’autonomie, la liberté, le respect, la création de citoyens heureux, la réalisation de rêves, la possibilité d’accomplir toutes ses ambitions dans la vie, l’acquisition des fonctions exécutives, afin d’affronter tous les apprentissages nécessaires.

De manière générale, qu’est-ce qui définit le principe d’école alternative ?
Il y a plusieurs types d’écoles alternatives mettant en avant différentes méthodes pédagogiques : Montessori pour l’Italie, Summerhill pour l’Angleterre, Steiner Waldorf pour l’Allemagne, Freinet pour la France ou Sudbury Valley pour les États-Unis... L’Odyssée du Savoir est une école alternative démocratique de type Sudbury Valley» avec l’inspiration des quatre autres méthodes pédagogiques. C’est l’enfant qui décide de ses apprentissages et non l’adulte qui lui impose. L’adulte est un facilitateur pour l’enfant.

Comment cette idée de centrer l’apprentissage sur ce que souhaite et décide l’enfant, avec le concours de l’adulte en tant que facilitateur, sera-t-elle mise en place ?
Les neurosciences ont prouvé que l’enthousiasme est l’engrais du cerveau, d’où le besoin de volonté de l’enfant. Si nous lui imposons une matière ou un apprentissage, il n’aura pas le résultat attendu. L’Odyssée du Savoir mettra à disposition des enfants un environnement riche en apprentissages, en curiosité et en activités afin de stimuler l’attention des enfants et attirer leurs intérêts, par le matériel, l’environnement ou les intervenants. (Exemples : cuisinier, jardinier, musicien, scientifique, etc.) Puis lorsqu’une demande est formulée, l’adulte accompagne l’enfant dans sa démarche si besoin et s’il le souhaite. Sinon, il travaille seul son autonomie.

«L’enthousiasme est l’engrais du cerveau. Si nous lui imposons une matière ou un apprentissage, il n’aura pas le résultat attendu.»

Vous tenez aussi beaucoup à intégrer l’idée de «mixité sociale» dans cette école alternative… Qu’entendez-vous par là ?
Toutes formes de mixité permettent de sortir de sa zone de confort pour progresser, évoluer et s’adapter… La richesse des différences est un point important dans ce concept de mixité. Le mélange de ces différences apporte une mixité d’âges, une mixité linguistique, une mixité culturelle de même qu’une mixité sociale qui sera, elle, apportée par le partenariat avec l’ONG Anges du Soleil. Il y aura les enfants venus de tous horizons pris en charge par leurs familles puis les enfants pris en charge par l’ONG avec un tarif préférentiel. (Voir hors-texte).

En gros, l’on retrouvera dans un même groupe, des enfants de différents âges, issus de différents milieux culturels et linguistiques et dont les différences mises ensemble constitueront la force et la richesse de l’apprentissage reçu ?
Oui, tout à fait. En ce qui concerne la mixité d’enfants de différents âges, les petits à travers leurs questions, leurs interventions auprès des grands, font travailler le langage, la façon de s’exprimer et de reformuler pour être bien compris, réfléchir à ce qui est important à dire et comment expliquer, pour aider. Les plus grands sont quant à eux des moteurs et des exemples pour les plus jeunes.

Par rapport au mélange de différents milieux culturels, cela part du principe que chacun a à apprendre de l’autre et doit travailler sur luimême pour respecter les idées qui ne sont pas les siennes. On prône aussi la mixité linguistique dans le sens où cela met de l’avant le besoin de faire des efforts pour se comprendre et communiquer. D’où, l’air de rien, du travail sans s’en rendre compte dans le quotidien, juste par la diversité des participants.

Et après le passage à L’Odyssée du Savoir, quelles seront les prochaines étapes du parcours de vie des enfants suivis ? En d’autres mots, à quoi ce passage les mènera-t-il dans leur parcours éducatif ?
Chaque cas sera différent selon ses envies, sa personnalité et son parcours, chacun pourra faire le choix de continuer un cursus traditionnel à travers de hautes études en passant leurs diplômes en candidats libres. D’autres souhaiteront suivre un parcours plus technique, ou plus artistique ou autres, tout sera possible selon l’envie du jeune. Notre rôle sera d’aider individuellement les jeunes dans leurs démarches personnelles sans les influencer. Dans tous les cas, ils seront armés pour savoir trouver leur place dans tous les milieux et dans la société en général.

À quels obstacles vous attendezvous une fois l’Odyssée du Savoir mise sur pied ?
À ce jour pas de problèmes spécifiques en vue, néanmoins ils seront accueillis et traités avec sagesse et efficacité. Nous étudierons chaque situation et utiliserons les compétences et les réseaux des quinze membres fondateurs, comme nous l’avons déjà fait jusque-là, pour réussir la création de cette école.

Quelles sont les infos pratiques et techniques à noter au sujet de L’Odyssée du Savoir ?
Officiellement, il est prévu que les cours débutent en septembre. L’Odyssée du Savoir sera basée à Pierrefonds dans le Médine Education Village. Nous avons la chance d’être situés dans une grande maison entourée de nature, dans un parc formidable !

Au niveau du cursus, il s’agira du socle commun français qui est très souple et modulable, plein de bon sens et facile à mettre en pratique avec différentes méthodes. Toutes les précisions sont données à travers notre page Facebook !

Partenariat avec l’ONG Anges du Soleil

Anges du Soleil travaille sur la lutte contre la pauvreté à travers l’éducation.

Dans le but de rendre accessibles aux familles mauriciennes les pédagogies alternatives de type Sudbury Valley, L’Odyssée du Savoir accueillera en septembre, pour sa rentrée, aux côtés d’autres enfants, des enfants suivis par l’ONG Anges du Soleil, avec qui elle est d’ailleurs en partenariat. Anges du Soleil existe depuis 2014 et travaille auprès des enfants de Tamarin et Rivière-Noire, dont les familles vivent en dessous du seuil de pauvreté. L’ONG les aide à sortir du schéma de pauvreté générationnelle en centrant ses efforts sur la lutte contre la discrimination et l’éducation.

Contact : 483 1929

Les activités proposées à L’Odyssée du Savoir

L’épanouissement de l’enfant dans la pleine utilisation de ses capacités fait partie de l’axe de travail qu’adoptera L’Odyssée du Savoir.

À ce jour, L’Odyssée du Savoir compte les activités suivantes : théâtre ; poterie ; modélisme ; musique ; dessin ; peinture ; yoga ; méditation ; natation ; sciences ; lecture
; philosophie ; sorties en plein air ; une classe Montessori ; un conseil d’école ; un conseil de justice.

Sont aussi envisagées à l’avenir : chant ; sorties en mer ; équitation ; informatique ; cuisine ; bricolage ; jardinage ; agriculture ; aquaponie ; apiculture, entre autres…

Qui a eu cette «idée folle»…

Projection du film «Une idée folle» au cinéma.

Les écoles alternatives composent avec différents modèles exploités dans le monde : notamment ceux de type Sudbury, Summerhil, Montessori ou Freinet. L’idée étant de proposer à l’enfant un cadre qui s’adapte à lui et ses potentiels plutôt que l’inverse, où lui s’adapterait à un cadre pédagogique imposé. En somme, ces autres méthodes permettent de voir l’éducation sous un autre angle et les possibilités d’une approche différente, complémentaire ou non, à celle que l’on connaît.

Pour aider à partager un peu plus ces autres méthodes parmi le public mauricien, le documentaire français «Une idée folle» de la réalisatrice française Judith Grumbach, était projeté en mars à Maurice à l’initiative de L’Odyssée du Savoir. Le film montre neuf écoles, publiques et privées aux pédagogies variées, et en parallèle à sa diffusion, la réalisatrice a animé à Maurice des débats dans différents établissements scolaires afin de pousser la réflexion générale sur l’école.

Le documentaire fait ressortir les idées prônées par les différents établissements mis en avant : il s’agit pour l’enfant, dans ces méthodes alternatives d’apprentissage, d’être apte à incarner des valeurs, de devenir ce qu’ils doivent devenir tout en développant son rapport à l’autre et sa capacité à être bienveillant, de travailler sur l’essentiel de soi, développer son esprit critique, sa curiosité, sa créativité, son imaginaire et son savoir-être !

Les méthodes pédagogiques utilisées dans ces établissements misent sur le développement personnel de l’enfant ou du jeune, à travers un gros travail sur la confiance en soi. Elles permettent de s’éloigner d’un système compétitif en autorisant l’enfant à être pleinement conscient de son potentiel et lui donner envie de se l’approprier.

Caroline Assy-Sohun,
Coordinatrice ACTogether

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