Chez Pat et Rosy: un rêve devenu réalité grâce au… manioc

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Patrick et Rosylette Latulipe devant leur emplacement au Caudan Waterfront.

Patrick et Rosylette Latulipe devant leur emplacement au Caudan Waterfront.

Patrick et Rosylette Latulipe sont des noms qui ne vous disent sans doute rien. Mais si on vous dit, «Chez Pat et Rosy», vous pensez immédiatement à l’inséparable couple installé au Caudan Waterfront et qui prépare de délicieuses galettes de manioc et d’autres produits dérivés de ce tubercule comestible. Leur histoire est celle de la matérialisation d’un rêve.

 
 

Si les produits que Patrick et Rosylette Latulipe préparent à partir des tubercules de manioc qu’ils achètent vous sont encore inconnus, il est temps que ça change. Faites une halte à côté du chariot qu’ils louent au Caudan Waterfront et qui a été réaménagé par leurs soins à côté du casino. Vous pourrez y déguster des galettes de manioc à la crème de coco-vanille, au caramel, à la fraise ou au chocolat, ou salées avec du beurre salé et du fromage, mais aussi des faratas au manioc, des coups de poing doux au manioc, du pudding de manioc, du cake au manioc. 

«Lorsque j’ai dit autour de moi que je quittais la police pour faire des galettes de manioc, on m’a pris pour un fou. Aujourd’hui, ces personnes réalisent qu’elles ont eu tort. J’avais la vision qu’il fallait.»

Et depuis un mois maintenant, du dholl manioc, soit l’équivalent du dholl puri mais fait en grande partie avec du manioc. Pour ce dernier-né et le farata, Patrick et Rosylette doivent y insérer 25 % de farine pour que les galettes prennent forme. Tous leurs produits sont bien digérés par les intolérants au gluten et seront bientôt rejoints par des nouveautés au manioc, dont le fameux kat-kat. 

L’enseigne «Chez Pat et Rosy» est l’aboutissement d’un rêve qui a émergé de la vision de Patrick, originaire de Plaine-Magnien. Rosylette vient aussi de ce village. «Nous habitons la même cité à Plaine-Magnien», racontent-ils. Mais bien que la sœur de Patrick soit mariée au frère de Rosylette, ils ne s’étaient pas remarqués avant une rencontre fortuite voilà 36 ans. 

«Nou antann nou tré bien mé parfwa éna bann ti l’étinsel. Nou konpar nou a enn bwat zalimet ek enn baton zalimet. Patrick sé bwat-la ek mwa mo zalimet-la.»

Lorsque Rosylette, qui a à l’époque 17 ans, débarque chez son frère pour donner un coup de main à sa belle-sœur, Patrick, de quatre ans son aîné, qui répare une cage pour les poulets, la remarque. Rosylette, qui a dû abandonner l’école deux ans plus tôt, travaille déjà pour aider sa famille. Elle est machiniste à l’usine Floréal Knitwear. Patrick, lui, fait de la menuiserie décorative, mais son père veut qu’il intègre la police. 

Ce n’est pas le souhait du jeune homme. Lorsqu’il se projette dans l’avenir, il se voit «dan enn l’anplasman ek mo pé kwi ek donn manzé dimounn». Ne voulant pas aller à l’encontre de la volonté de son père, il postule pour entrer dans la force policière et est recruté.. Il passe cinq ans à la Special Mobile Force avant d’être envoyé au Police Carpenter’s Workshop. Il sera, par la suite, affecté à plusieurs postes. 

Entre-temps, le sentiment amoureux a grandi entre lui et Rosylette et ils décident de se marier. Quand ils passent ce cap, Rosylette a 23 ans et Patrick 27 ans. Un an plus tard naît leur première fille Sandra, aujourd’hui âgée de 28 ans, qui exerce le métier d’enseignante à Rodrigues. Patrick reste dans la police jusqu’à la mort de son père, en 1992. 

«Nous sommes très reconnaissants envers la direction du Caudan qui nous a offert cette opportunité de redonner sa valeur d’antan au manioc et de faire connaître nos produits.»

Comme il apprécie les galettes de manioc vendues par un certain Monsieur Babet, qui vient de Vieux-Grand-Port et qui sillonne les rues du village pour les vendre, Patrick achète quelques tubercules de cette plante et fait des essais. Il développe aussi la menuiserie décorative. 

Rosylette est de toutes les aventures. Elle l’aide en cuisine mais rabote aussi le bois, fait du vernissage et ne craint pas de mettre la main à la pâte. Ils sont extrêmement complémentaires. «Nou antann nou tré bien mé parfwa éna bann ti l’étinsel. Nou konpar nou a enn bwat zalimet ek enn baton zalimet. Patrick sé bwat-la ek mwa mo zalimet-la. Patrik li pli kool. Mwa mo inpilsiv, apré ki mo réflési», raconte Rosylette en riant. 

La première fois que Patrick est satisfait de la qualité de ses galettes de manioc fourrées au coco et au sucre, il va en vendre une vingtaine à Curepipe. Il en écoule dix et lorsqu’il regarde dans son panier, ce qu’il lui reste «inn fini gréné kouma biskwi». Il remet 100 fois le métier sur l’ouvrage et au bout de six mois, lui et Rosylette sont totalement satisfaits de la qualité de leurs galettes de manioc. 

Pour les faire, lui et Rosylette doivent se lever à deux heures du matin afin qu’ils puissent râper manuellement le manioc et qu’à partir de la poudre obtenue, ils puissent cuisiner les galettes. Et qu’à 10 heures, Patrick puisse enfourcher le vélo de son père sa malle à galettes qu’il va vendre à la criée à Mahébourg, posée dessus. En 1994, c’est trois galettes pour Rs 10. 

Comme râper le manioc à la main est fatiguant, le bricoleur qu’est Patrick conçoit un appareil pour accélérer la cadence. Leur production est d’environ 150 galettes par jour. Deux fois la semaine, Patrick vend ses galettes à la foire de Mahébourg et le reste du temps, c’est dans le village qu’il l’écoule. 

Leur petite entreprise va prendre un virage en accéléré au milieu de l’an 2000 lorsque des employées de Winners de Plaine-Magnien découvrent les galettes de Patrick et de Rosylette et demandent qu’ils viennent les déposer au supermarché. Le manager de l’établissement découvre leur produit et est tellement emballé qu’il les encourage à aller les présenter au quartier général à Port-Louis. À partir de là, Patrick et Rosylette sont invités à livrer leurs galettes à huit supermarchés Winners. Ensuite, ce nombre passe à 13. 

Pour pouvoir fournir une quarantaine de galettes à chaque branche, les Latulipe doivent éplucher, râper et traiter 600 livres de manioc par semaine. Des agriculteurs qui ne plantaient plus le manioc se mettent à le faire pour les approvisionner. Patrick et Rosylette doivent aussi employer des bras supplémentaires. Et doivent dire adieu à la menuiserie décorative pour pouvoir se concentrer sur la fabrication de la poudre de manioc et des galettes. 

Dès lors, ils ont une vie un peu plus aisée et arrivent à payer les études de leurs filles – Steffy est venue rejoindre Sandra sept ans après. Lorsqu’au bout de cinq ans, Winners veut faire ses propres galettes, Patrick et Rosylette leur cèdent des appareils et leur livrent le manioc en poudre. 

C’est en participant à un événement au Caudan Waterfront qu’ils rencontrent Philippe d’Arifat, le manager du centre commercial, et qu’ils demandent s’il y a moyen pour eux d’obtenir un emplacement dans un endroit aussi fréquenté. On est alors en 2014. La réponse est positive. «Nous sommes très reconnaissants envers la direction du Caudan qui nous a offert cette opportunité de redonner sa valeur d’antan au manioc et de faire connaître nos produits.» 

Si le Caudan Waterfront leur prête la charrette, Patrick a fabriqué un petit meuble en bois brun assorti et à double parois pour abriter les fours, de même que la toiture de la charrette pour les abriter de la pluie lorsqu’ils cuisinent leurs galettes et autres produits dérivés. Tous les jours, ils font la route de Plaine-Magnien à Port-Louis et vice-versa. Mais ils ne ressentent pas la fatigue. «C’est ici que nous nous relaxons», dit Patrick, qui est pourtant au four et au moulin. Et c’est pareil pour Rosylette. 

Le business marche bien – ils prennent 300 livres de manioc par semaine – de sorte qu’ils n’ont plus à se réveiller à 2 heures du matin pour préparer la poudre de manioc. Leur cadette, qui a commencé à éplucher le manioc à l’âge de trois ans, vient leur prêter de temps à autre main-forte. Patrick est confiant qu’elle va reprendre leur business car elle s’y intéresse. «Mais nous ne sommes pas pressés de nous arrêter», précise Patrick qui n’en revient pas d’avoir réussi à faire se matérialiser son rêve. 

«Lorsque j’ai dit autour de moi que je quittais la police pour faire des galettes de manioc, on m’a pris pour un fou. Aujourd’hui, ces personnes réalisent qu’elles ont eu tort. J’avais la vision qu’il fallait.» Par contre, Rosylette n’a pas encore réalisé le sien. «Mon rêve est de participer à un festival culinaire important ou à une grande compétition culinaire.»

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