Grossesses précoces: ados, sexe et contraception

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117 cas de grossesses précoces ont été recensés de janvier à juin de cette année.

117 cas de grossesses précoces ont été recensés de janvier à juin de cette année.

Les chiffres sont en baisse. N’empêche que le problème reste bien réel. Selon la Mauritius Family Planning & Welfare Association (MFPWA), 147 cas de grossesse chez des mineures de moins de 16 ans ont été recensés en 2013, contre 208 en 2015. Ce nombre est passé à 217 en 2016, 207 en 2017 et 117 de janvier à juin de cette année. 

Du côté du Mouvement pour l’aide à la maternité (MAM), qui a compilé les chiffres concernant les accouchements des jeunes de 10 à 19 ans dans les hôpitaux, la même tendance baissière est notée. De 2013 à 2015, le nombre est passé de 1 207 à 1 037. En 2016, le chiffre s’élève à 1 036. Mais c’est toujours trop, disent les experts. 

«Nou pé viv dan enn sosiété kot bann zom matir ankor krwar ki bann fam, mem zanfan, zot propriété.»

Selon Lindsay Collen, de Muvman Liberasyon Fam, en ce qui concerne la situation des mineurs de moins de 16 ans, l’explication est simple. «Apel sa viol é li touzour la akoz nou pé viv dan enn sosiété kot bann zom matir ankor krwar ki bann fam, mem zanfan, zot propriété», fustige-t-elle. 

Plusieurs facteurs font que les hommes agissent de la sorte et l’un d’eux est l’instabilité. Lindsay Collen explique qu’à Maurice, 50 % des hommes n’ont pas un emploi fixe. De ce fait, s’imposer face à des filles est l’un des moyens de s’affirmer. 

Il n’y a pas que cela. D’autres décisions politiques peuvent expliquer pourquoi nous n’arrivons pas à venir à bout de ce fléau. L’exemple qu’elle cite est l’interdiction de la boisson sur la voie publique. Avant, les hommes se retrouvaient dans un endroit – «anba laboutik» comme le voulait la tradition – pour les parties de beuverie. Depuis cette loi, ils sont obligés d’être dans un lieu privé et l’état d’ébriété peut conduire à des attouchements et agressions. 

«Les filles qui sont moins encadrées durant les dix premières années de leur vie sont souvent plus fragiles. Elles souffrent d’un manque d’affection et s’offrent plus facilement au premier venu.»

De son côté, Monique Dinan, de MAM, affirme que le problème réside dans l’éducation. «Il faut expliquer aux jeunes qu’il est normal d’avoir des pulsions et apprendre à se contrôler. Il faut qu’ils apprennent qu’ils ont un corps et un cœur, le pouvoir de dire oui ou non.» Les garçons, doivent comprendre que la sexualité ne peut être complète sans un «sens» de responsabilité. 

L’éducation sexuelle, selon Monique Dinan, est primordiale, et c’est à la maison que ça commence. «Les filles qui sont moins encadrées durant les dix premières années de leur vie sont souvent plus fragiles. Elles souffrent d’un manque d’affection et s’offrent plus facilement au premier venu. Qui plus est, elles n’ont pas accès aux informations requises et tombent enceinte plus facilement.» 

«C’est cela qu’il faut enseigner dans les écoles. L’éducation sexuelle, ce n’est pas comment on fait l’amour. C’est aussi les lois concernant les rapports sexuels.»

L’éducation sexuelle va-t-elle tout résoudre ? Pas forcément. C’est le manque de maturité qui mène à la grossesse précoce, selon les principaux concernés, soit les ados eux-mêmes. «Lorsqu’on a 17 ou 18 ans, on sait comment les gens font des bébés et les précautions à prendre, même si on ne l’a pas appris à l’école. Mais le manque de maturité fait que certains préfèrent les rapports non protégés», avance un collégien. 

Qu’en est-il des mineurs de moins de 16 ans ? C’est la faute des hommes. Selon cet ado, il faut qu’on  leur inculque la notion de consentement. «C’est cela qu’il faut enseigner dans les écoles. L’éducation sexuelle, ce n’est pas comment on fait l’amour. C’est aussi les lois concernant les rapports sexuels.» 

Quid de l’accessibilité aux méthodes de contraception ? «Mem bann adilt gagn onté pou asté kapot. Aster-la pansé si mwa mo al asté», souligne ce collégien. Qui affirme d’ailleurs qu’une fois, un pharmacien a refusé de lui vendre des préservatifs car il n’avait pas sa carte d’identité. «Selman pou labier zamé kikenn inn démandé!» ironise-t-il en riant. 

Nos intervenants ignorent le fait que des ONG mettent des préservatifs à la disposition du public gratuitement. Et puis, même ça, ça pose problème. C’est très loin de chez eux. «Bé kifer pa met dan bann baz loué lasam-la direk? Ou bien dan bann distribiter, dan bann plas piblik? Bann landrwa kot bann zenn al tchaké…» 

Malgré les cas de grossesses précoces, des filles, elles, soutiennent qu’elles font plus attention. À 14 ans, Vanessa avoue qu’elle a commencé à avoir des relations sexuelles à 13 ans. Au début, les choses se sont faites sans protection. Le sujet n’a même pas été abordé. «Mais l’année dernière, une fille de ma classe est tombée enceinte et depuis, avec mon nouveau copain, nous faisons bien plus attention. Nous ne sommes pas prêts à devenir parents.» 

Sait-elle seulement que son copain, plus âgé, risque la prison ? «Même si je suis d’accord ?» demande la jeune fille, innocemment.

Vidhya Charan, directrice de la MFPWA, ne pense pas que l’accent doit être mis sur les méthodes de contraception à cet âge. Pour elle, c’est l’éducation sexuelle qui aidera à éradiquer le problème. «Mais dans les cas extrêmes, où la personne, peu importe son âge, a toutes les informations nécessaires mais continue quand même à avoir des rapports, oui. Il n’y a pas le choix que d’avoir recours à la contraception.» Tout en réitérant qu’il ne faut pas généraliser l’utilisation de contraceptif à un âge où l’on est encore «enfant». 

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