Dana Chengan: «Chacun essaie de tirer profit des faiblesses du système»

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Dana Chengan, président sortant du Mauritius Council of Social Services (MACOSS).

Dana Chengan, président sortant du Mauritius Council of Social Services (MACOSS).

Falsifications de formulaires, report des élections, enquête policière et de la commission électorale : la guerre est déclarée au MACOSS. Pourquoi tant de remous ? Dana Chengan, président sortant, s’explique.  

Suivant les irrégularités des élections au MACOSS, une plainte a été déposée au Central Criminal Investigation Division par les candidats en lice. Votre réaction ?  
L’autorité doit faire son travail en toute indépendance.  

Expliquez-nous la controverse autour de ces élections.  
Chaque année, le MACOSS organise son assemblée générale suivie des élections. Normalement, il y a l’élection du président et celle de six membres du comité. Il y a toute une procédure à suivre et nous confions la supervision de ces élections à la commission électorale. Nous envoyons trois formulaires estampillés du sceau du MACOSS à toutes les organisations affiliées. Il y en a 384…

Que s’est-il passé ?  
Nous expédions ces fiches dans un délai de 21 jours précédents le jour du scrutin. Ces fiches incluent un formulaire de l’élection à la présidence, un autre pour être candidat à l’élection comme membre du comité et le dernier doit contenir le nom du représentant qui est autorisé par l’ONG à participer à ce scrutin. C’est au niveau du troisième formulaire qu’il y a eu maldonne.  

On a constaté que certaines personnes dont le nom figure sur les fiches ne sont pas en réalité membres de l’ONG concerné. Donc, ce ne sont pas des représentants de l’organisation. Il y a eu des plaintes de certains candidats. On a vérifié. La commission électorale en a fait de même. Du coup, les associations ont confirmé qu’il ne s’agit pas de leurs représentants. Pour ces élections, sur 220 formulaires reçus, une trentaine présente des anomalies… 

Comment se fait-il que des formulaires aient été manipulés ? 
Ce que je crois comprendre, les organisations ont demandé à des personnes, par exemple les candidats qui sont passés, de déposer la fiche pour eux. Ces personnes-là ont fait leur démarchage. Elles connaissent ces ONG et ont profité de certaines failles. Cela peut être ces associations aussi bien que les candidats. C’est forcément parmi eux ou quelques membres d’une organisation.  

Est-ce la première fois que cela se produit ?  
Selon moi, c’était une pratique présente depuis quelques temps. Mais on est arrivé à comprendre ce problème-là.  

Pourquoi cela n’a pas été détecté plus tôt ?  
Vous avez la signature du président et du secrétaire de l’ONG apposée sur la fiche. N’allez-vous pas faire confiance ? On a travaillé dessus. 

La police et la commission électorale ont même dû intervenir. Qu’ont-elles trouvé jusqu’à présent ? 
Pour tous les formulaires où un doute subsistait, on les a exclus. On aurait pu faire les élections avec les bonnes fiches. On s’est dit que non, qu’il fallait mettre de l’ordre dans tout ça. La commission électorale ne peut pas prendre la responsabilité de superviser des élections en partie, surtout quand il y a ces maldonnes. Il fallait prendre des mesures. J’ai appelé mon comité et nous avons pris la décision, fort des irrégularités, de reporter les élections à une date ultérieure. Ceci permettra de considérer toutes les failles. Par contre, l’assemblée générale du samedi 23 juin est maintenue… 

Quelles seraient les sanctions à l’égard des «falsificateurs» ?  
S’il y a des évidences concrètes, certainement il faudra prendre des mesures disciplinaires. Il n’existe pas forcément de sanctions mais on pourrait peut-être exclure l’ONG ou la personne à l’origine de ces irrégularités car on ne peut tolérer cela. S’il y a une mauvaise pratique, on doit agir. 

À quand donc les élections ?  
On s’est donné trois mois au maximum. Ceci afin que le comité technique du MACOSS comprenne ce qui s’est passé, analyse les failles et travaille de concert avec la commission électorale pour mettre un système démocratique en place, un système prônant la transparence pour des élections «free and fair». 

Du coup, votre mandat se prolonge miraculeusement de trois mois… 

Pour moi, ce n’est pas une opportunité. S’il faudra passer la main aux autres, je le ferai. Au contraire, je voulais me retirer pour laisser la place à d’autres. C’est loin d’être une opportunité de rester en poste pour encore trois mois… 

Pourquoi ces remous actuellement ?  
C’est pour prendre le dessus sur son prochain. Puis, chacun essaie de tirer profit des faiblesses du système pour être élu à la tête du MACOSS. Au sein de notre organisation, les ONG membres sont prises par leurs activités. L’intérêt à venir participer aux rencontres comme ça n’est pas prioritaire pour eux. Dans ce cas, elles permettent à n’importe qui de les représenter. Finalement, avec les élections, ceux se trouvant dans des positions défavorables commencent à réagir, ce qui pourrait expliquer ces dérives.   

Une réaction qui serait dirigée contre vous ? 
Je ne me sens pas visé. Je ne suis pas candidat à la présidence. Mais je me sens concerné en tant que président du MACOSS. Peut-être que j’aurai dû comprendre que de tels problèmes auraient pu arriver au MACOSS. Si j’avais réalisé cela, j’aurai pu prendre les mesures correctives nécessaires avant que cela n’arrive.  

En tant que président du MACOSS, je n’aime pas ça, que cela arrive durant mon mandat, presqu’à la fin d’une carrière sociale. J’ai envie de bien terminer mes réalisations. Je suis content de nos accomplissements, notamment de notre centre d’apprentissage à Ébène. On ne peut rien me reprocher. 

Justement, après vos trois mandats, en sortez-vous amer avec cette anomalie?  
Non, je me sens plutôt grandi. Heureusement que c’est arrivé avec moi. Je peux profiter de cette opportunité pour mettre de l’ordre dans le système. Pour moi, surtout comme nous sommes des volontaires qui œuvrons pour les gens dans le besoin, on n’a pas le droit à des erreurs comme ça, et précisément des maldonnes…

N'est-ce pas un problème de gestion ? 
Je le redis : il y a eu des failles dans le système. Par exemple, on aurait pu mettre des paramètres de contrôle pour empêcher ces dérives. Imaginez : il y a quelqu’un qui vient voter, il doit présenter sa carte d’identité… 

Et cela n’était pas pratiqué avant ?  
Cela n’était pas effectif. C’est nécessaire pour une meilleure identification. Puis, si on envoie un représentant, il faut que cela soit bien certifié, de par son identification et par l’organisation à laquelle il appartient. C’est ce que nous voulons faire pour les prochaines élections. En tout cas, ce sera parmi mes recommandations. 

Vous ne vous représentez pas à la présidence. Pourquoi ?  
Je vous le dis franchement. J’ai fait des sacrifices, je me suis consacré pleinement à mon poste pour cette année-ci. J’avais des objectifs très concrets. Mais je suis aussi engagé professionnellement et vis-à-vis de ma famille, avec les études des enfants. Puis, il y a le social. Reprendre la présidence, c’était pour terminer les travaux en chantier, comme notre centre de formation, entre autres. Je suis satisfait de cela. Il est temps pour moi, au vu de l’âge aussi, de prendre une retraite sociale… 

Mais soutenez-vous parallèlement un candidat ?  
Il y a quatre candidats en lice pour la présidence et 29 pour être membre du comité. Je suis candidat pour le board car je ne peux pas laisser l’organisation comme ça. Il faut permettre la continuité et soutenir celui qui sera élu comme président. Je ne suis pas pour qui que ce soit. Je suis en très bons termes avec les quatre aspirants.  

De tout temps, on critique le manque de transparence des ONG, notamment avec des abus de la Corporate Social Responsibilty entre autres. Pourquoi ?
En effet, le problème des ONG ne date pas d’aujourd’hui. Dans le passé, il y avait des Family-oriented business et des Business-oriented organisations. À cette époque-là, il y avait pas mal de prétextes pour passer par les associations caritatives pour atteindre des ambitions personnelles. Bien souvent, on se sert des organisations pour être sous les feux des projecteurs, pour faire autre choses, à des fins individuelles.

À un moment donné, c’était même pour des voyages. On pouvait recevoir du financement des bailleurs de fonds pour aller assister à des conférences. Moi, je croyais que cette mentalité allait changer, surtout aujourd’hui, avec plus de transparence. Et même pour le financement, il faut désormais présenter un projet viable. Et ce n’est qu’après approbation qu’il sera financé.  

Donc, je dois vous dire que je croyais qu’utiliser les ONG comme tremplin, c’était bien chose du passé. Malheureusement, ce n’est pas fini. L’aspiration personnelle n’a pas de limite. Au sein de l’organisation, on se sert du prétexte de faire du travail communautaire. Mais je demeure confiant. Il n’y a heureusement que quelques personnes qui œuvrent pour des ambitions mercantiles. Il ne faut pas que cela affecte ce secteur.  

Je sais qu’il y a des organisations qui travaillent et résolvent pas mal de problèmes. Je ne peux imaginer où on serait sans leurs actions. Pour moi, les ONG aident beaucoup dans le développement, à Maurice. Mais il faudra éliminer ces personnes qui œuvrent pour des intérêts personnels.  

Bio express 

Originaire du Sud, Dana Chengan possède un Master in Business Administration de l’université de Surrey. Il compte 44 ans d’expérience dans le domaine agricole. Actuellement, il est responsable du département élevage, à Savannah. Son œuvre dans le social date de plus d’une quarantaine d’années également. Il avait débuté en dispensant des leçons aux enfants nécessiteux, gratuitement, après le secondaire. Parallèlement, Dana Chengan faisait du social au sein des clubs sportifs et littéraires ainsi qu’à la Jeune chambre économique. Il a été président du MACOSS de 2006 à 2008. Il a ensuite été réélu à ce poste en 2017 et en est le président sortant. Il est aussi Deputy Chairperson de l’EDYCS, l’Epilepsy Group.  

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