Trafic de serins: du Big business

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Les différentes saisies à l'aéroport de Gillot et celui de Plaisance depuis 2016, montrent l'ampleur du marché noir des serins de Maurice et du Mozambique. Notre enquête nous a menée jusqu'à un importateur clandestin.

La voie aérienne n’est pas le seul moyen par lequel les oiseaux s’envolent pour La Réunion… Ils transitent également par la mer. Même s’il est lucratif et en plein essor, le business est risqué. Les importateurs y laissent parfois des plumes, quand les animaux ne survivent pas au voyage.

Les saisies se succèdent mais le trafic lucratif des serins «souflé» ou «filao», n’est pas près de prendre fin.

D’une part, parce que la demande pour ces volatiles sur le marché réunionnais est bel et bien une réalité. La preuve : il suffit simplement de taper «Serins Maurice à vendre» sur Internet pour constater que les annonces aussi bien que les intéressés affluent. Et qui dit demande sur un marché non autorisé, dit aussi gros sous. Le coût d’un serin «souflé» tourne autour de Rs 8 200 (200 euros).

De l’autre, parce que la voie aérienne, par où les serins saisis jusqu’ici ont transité, n’est pas l’unique passerelle pour faire entrer ces espèces, endémiques à Maurice, sur le territoire réunionnais. La voie maritime y contribue également. Et ce n’est nul autre qu’un importateur clandestin qui le confie.

Nous sommes tombés sur celui qu’on prénommera Jacky sur un site de petites annonces en ligne très prisé par des amateurs d’oiseaux mauriciens et réunionnais. Parmi l’éventail d’offres, nous nous sommes intéressés à celle de cet habitant d’une commune au nord de l’île sœur. Au début du mois, il a posté une annonce pour la vente d’un couple de «serins Maurice» «en pleine forme» pour Rs 9 430 (230 euros).

Jeudi, notre correspondante à La Réunion, qui s’est fait passer pour une cliente, l’a joint sur le numéro de téléphone laissé sur le site. Si le vendeur affirme avoir vendu tous ses serins «Maurice» (mais nés en cage à La Réunion) la veille, il finira par avouer avoir déjà commandé une trentaine de ces espèces à «ces gens qui les font passer».

Qui sont ces-gens-là ? a demandé notre correspondante. «Je ne sais pas. Ils sont discrets. Ils ne viennent pas chez vous. Ils vous laissent un numéro et vous les rencontrez quelque part.»

Toutefois, Jacky raconte que sur la trentaine de serins qu’il avait commandée, seulement cinq sont restés en vie. «J’ai perdu de l’argent car ces gens-là ne remboursent pas. Ils disent prochain coup, prochain coup mais deviennent, par la suite, injoignables car ils changent de numéro», se souvient l’importateur clandestin.

Il ajoute que les passeurs mettent les oiseaux dans des tubes quand ils les transportent. Une fois à La Réunion, ils les gardent avec eux une quinzaine de jours, le temps que les volatiles refassent leur plumage.

S’il admet qu’il est de plus en plus «compliqué» de faire «passer» des serins à la douane à l’aéroport en raison des «dénonciations» grandissantes, Jacky fait ressortir que certains les font venir en bateau. D’animaux volants, ces oiseaux deviennent flottants…

Pourquoi les serins «souflé» attirent-ils?

Le chant, voire le sifflement du mâle du serin qui lui est propre, passionne les cousins réunionnais, amateurs d’oiseaux.

«Le chant du serin est agréable aux oreilles et diffère de celui des autres oiseaux comme l’Echo Parakeet. Ce sont donc des connaisseurs qui s’y intéressent», témoigne le jeune patron d’un commerce de nourriture pour oiseaux de la capitale, sous le couvert de l’anonymat. Il ajoute que le serin se livre à ce chant surtout en hiver, durant la saison de reproduction, pour séduire la femelle. «Comme cet oiseau ne fait pas partie de l’habitat naturel réunionnais, il est donc prisé là-bas tout comme c’est le cas pour le canari ici», indique le commerçant. Sauf que l’exportation de ce volatile endémique à Maurice n’est pas autorisée vers La Réunion. Ce qui a ouvert la voie à un marché noir fort lucratif.

Les saisies

La dernière saisie remonte au 10 juin. 250 serins «souflé» en partance pour La Réunion ont été saisis, dans des sacs, à l’aéroport de Plaisance. Un habitant de Pointe-aux-Sables qui devait recevoir 2 000 euros à son arrivée a été arrêté. En avril 2017, deux voyageurs détenteurs d’un passeport français ont été arrêtés à l’aéroport de Plaisance avec 350 oiseaux dans des tuyaux en PVC dans leurs valises. La plus grosse saisie en date s’est faite à l’aéroport de Gillot, à Saint-Denis, le 19 novembre 2016. Un passeur mauricien avait dissimulé 407 serins du Mozambique dans onze tuyaux en PVC, spécialement conditionnés et rangés dans un sac à roulettes

Ce que risquent les trafiquants

Yoland Kaisse, un agriculteur de Saint-Denis, a été reconnu coupable et condamné à deux mois de prison avec sursis, en outre de s’affranchir de 3 500 euros d’amende. Ses complices mauriciens, dont Bose Ruseean, le passeur, a écopé de 1 500 euros d’amende avec sursis, et Mahesh Savoo, l’organisateur du trafic, qui a reconnu avoir effectué quatre voyages pour emmener des oiseaux, a, lui, été condamné à payer une amende de 1 500 euros.

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