«Vente» de la nationalité: la rencontre entre le gouvernement et Henley & Partners avant le Budget confirmée

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(De g. à dr.) Renganaden Padayachy et Charles Cartier ont rencontré un représentant de Henley & Partners avant le grand oral de Pravind Jugnauth.

(De g. à dr.) Renganaden Padayachy et Charles Cartier ont rencontré un représentant de Henley & Partners avant le grand oral de Pravind Jugnauth. 

Ébène, une semaine avant la présentation du Budget. Charles Cartier, Chairman de l’Economic Development Board (EDB), accompagné de préposés de l’instance, rencontre Dominique Bolli, responsable du département de Government Advisory Practice de Henley & Partners (H&P). La firme est spécialisée en Residence & Citizenship Planning et a aidé plusieurs pays à mettre en place leur commerce de passeports et de nationalité.

La rencontre fait sourciller plus d’un. D’une part, parce que la firme est controversée. Mais aussi parce qu’il n’est pas coutume de rencontrer d’éventuels bénéficiaires d’une mesure budgétaire avant même la présentation… Surtout que Christian Kälin, Chairman de H&P, surnommé «Passport King» par les médias internationaux, serait un habitué de Maurice…

«Henley & Partners est une amie de ce gouvernement», a martelé Shakeel Mohamed au Parlement, vendredi. Le député travailliste a soutenu, lors de son discours dans le cadre des débats budgétaires, qu’il y avait eu une rencontre entre H&P et trois proches du gouvernement. Soit Charles Cartier, Renganaden Padayachy, First Deputy Governor de la Banque de Maurice, et un «conseiller» du Premier ministre.

L’express a pu confirmer que cette rencontre a eu lieu une semaine avant la présentation du Budget. Charles Cartier a rencontré Dominique Bolli pour des «advisory services on implementation of sale of passports».

Mais H&P n’en est pas à sa première visite à Maurice. Christian Kälin est venu six fois entre 2016 et 2018. Il aurait même, pendant ses visites, rencontré un proche du gouvernement, aujourd’hui en poste à l’EDB. Nous avons tenté d’entrer en contact avec Charles Cartier et Ken Poonoosamy, directeur adjoint de l’EDB, mais en vain. Nous leur réservons leur droit de réponse. Quant à Renganaden Padayachy, il s’était défendu dans nos colonnes, samedi, disant qu’il «n’a rien à faire avec la vente de passeports».

«Reputational risks»

À l’hôtel du gouvernement, cette rencontre n’est pas vue d’un bon œil par tout le monde. «Il n’est pas éthique de rencontrer en privé un éventuel bénéficiaire d’une mesure budgétaire une semaine avant le Budget», soutient-on. Et d’ajouter que c’est d’autant plus bizarre que cette mesure ne figurait dans le mémoire budgétaire d’aucune instance. Ni Business Mauritius ni la Chambre de commerce et d’industrie n’aurait fait de demande dans ce sens.

Si des propriétaires de villas de luxe avaient fait la requête afin qu’il y ait une option pour que certains investisseurs puissent bénéficier d’un passeport mauricien sous certaines conditions, le programme de vente de nationalité pour Rs 35 millions viendrait plutôt se positionner comme un compétiteur du secteur de la vente de l’immobilier de luxe aux étrangers. «D’où, alors, vient l’urgence d’instaurer un tel programme ? Et surtout, l’urgence est-elle telle qu’il faille rencontrer H&P une semaine avant le projet ?» se demande-t-on à l’hôtel du gouvernement.

Autre contentieux : les reputational risks que pose H&P. La firme est citée dans plusieurs affaires dont le meurtre d’une journaliste maltaise. L’implication de H&P dans cette affaire a été abordée par Shakeel Mohamed au Parlement. La firme aurait touché le gros lot en décrochant en 2014 le contrat de consultant sur le programme de Citizenship by Investment à l’île de Malte.

La journaliste Daphne Caruana Galizia, qui avait dénoncé des «high-level government corruption linked to the sale of passport», était, selon The Guardian, «harcelée» par une firme légale agissant au nom de H&P. La compagnie a menacé de la «ruiner financièrement».

Des articles de journaux auraient aussi établi des liens entre H&P et les activités de Cambridge Analytica. Celle-ci est soupçonnée d’avoir utilisé les données des utilisateurs de Facebook obtenues frauduleusement dans des campagnes électorales, surtout celle de Donald Trump.

«Comment l’EDB peut-elle rencontrer des représentants d’une firme sans avoir effectué une due diligence (NdlR, ensemble de vérifications nécessaires) au préalable ?» se demande-t-on dans les milieux. En sus, après l’épisode Álvaro Sobrinho, l’on se demande, comme Shakeel Mohamed, si Maurice pourra survivre à un nouvel épisode.

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