Hygiène dans la cuisine: torchons et bactéries font bon ménage

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Le Dr Susheela Biranjia-Hurdoyal revient des States où elle a présenté son étude sur les torchons de cuisine à l’American Society of Microbiology.

  Le Dr Susheela Biranjia-Hurdoyal revient des States où elle a présenté son étude sur les torchons de cuisine à l’American Society of Microbiology.  

Direction la cuisine. Non, pas celle du gouvernement. Une étude réalisée sur les torchons a mis au jour un nouveau complot. Celui fomenté par les bactéries pour envahir en intérieur. Le Dr Susheela Biranjia-Hurdoyal nous en dit plus.

Elle est loin du stéréotype du savant fou. Vêtue avec goût, chaussée confortablement, le Dr Susheela Biranjia-Hurdoyal a bien les pieds sur terre et parle la langue des humains, pour notre grand bonheur ! La Senior Lecturer est rentrée à Maurice la semaine dernière. Elle revient des States où elle a présenté son étude sur les torchons de cuisine à l’American Society of Microbiology. En effet, avec elle, il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes, elle est intransigeante à ce sujet.

C’est dans son bureau, à l’université de Maurice, que nous accueille la scientifique, pour parler de son étude. L’espace qu’elle occupe est d’une propreté irréprochable. Il faut dire que l’hygiène, c’est son dada. Le Dr Susheela Biranjia-Hurdoyal est détentrice d’un BSc en microbiologie et biochimie de St Xavier’s College en Inde, d’un Masters en Medical Microbiology de la London School of Hygiene and Tropical Medicine et d’un doctorat de l’université de Maurice dans le même domaine. Il faut dire qu’entre elle et les bactéries, le torchon brûle.

D’ailleurs, elle en a même fait le sujet principal de l’étude menée avec un de ses étudiants. La scientifique a étudié les bactéries présentes sur les torchons de cuisine. Ce qu’elle a trouvé ? «Cette étude a démontré la présence de la bactérie E. Coli dans nos cuisines. Mais pas que. J’ai aussi découvert la présence de S. aureus», explique-t-elle. D’accord… Et que signifie ce langage codé ? L’E.coli, explique la scientifique, est une bactérie qui signale un sérieux problème d’hygiène. Cette bactérie est présente en grande quantité dans les intestins et les selles humaines.

«En soi, elle n’est pas un problème, mais elle indique la présence d’autres organismes néfastes pour la santé, comme la salmonelle. D’ailleurs, je suis quasiment sûre qu’il y en avait dans ces torchons», ditelle. Quant à la S. aureus, elle est responsable de l’intoxication alimentaire. Ces deux variétés de bactéries sont accompagnées d’une dizaine d’autres qui sont moins dangereuses pour la santé.

«Mais attention, il y a aussi l’Entrococci, qui est la seule présente en plus grande quantité dans les cuisines végétariennes», tient à préciser la chercheuse. En gros, les bactéries pullulent sur les torchons.

Conseils pratiques

Comment les torchons se transforment-ils en repaire pour microbes ? L’humidité, les résidus de bouffe, l’usage multiple de torchons… Les raisons sont interminables et les risques d’empoisonnement alimentaire sont plus élevés. Comment éviter la propagation de bactéries ?

«Ne pas utiliser le même torchon pour diverses choses, ne pas garder des torchons humides et les changer tous les jours si possible», conseille le Dr Susheela Biranjia-Hurdoyal. De plus, elle a découvert que les torchons en coton contiennent plus de bactéries que ceux en nylon et que la plupart de ces micro-organismes préfèrent la cuisine des grandes familles non végétariennes. Serait-ce temps de revoir ses habitudes alimentaires ?

D’ailleurs, c’est justement l’empoisonnement alimentaire qui provient de la maison qui a mis le Dr Susheela Biranjia-Hurdoyal sur la piste des torchons. «Lorsqu’on parle de ce problème de santé, on a toujours tendance à penser à la bouffe de rue ou des restaurants. Personne ne soupçonne que cela puisse venir de sa propre maison», explique-t-elle. La scientifique regrette qu’à Maurice, comme dans la plupart d’autres pays, il n’y a pas de chiffre sur ce phénomène. «J’ai décidé de m’y lancer en raison de l’absence de chiffre sur l’hygiène à Maurice. Je devais utiliser ceux de l’international pour mes cours.» Pour son étude, le Dr Susheela Biranjia-Hurdoyal a offert cent torchons de diverse qualité à cent familles, sans consignes précises et les a récupérés par la suite pour les analyser. Nous connaissons la suite.

Toutefois, la scientifique ne s’est pas contentée que des torchons. Elle a également étudié les nappes «que les gens changent uniquement lorsqu’il y a une fête». Et là, même constat. Les téléphones portables n’ont pas échappé à sa loupe. La conclusion ? Les bactéries ont tout envahi. Comment se protéger ?  Cela fera bien le sujet d’une autre étude pour la scientifique.

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