Prisons: baro aret lavi

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La prison dans la vraie vie, n’a rien à voir avec celle qu’on voit à la télé, indique-t-on.

  La prison dans la vraie vie, n’a rien à voir avec celle qu’on voit à la télé, indique-t-on.   

Durant la semaine écoulée, un détenu s’est donné la mort à la prison de Beau-Bassin. Il avait été incarcéré pour meurtre. Ce n’est pas la première fois qu’un prisonnier commet l’irréparable. Pourquoi ? Comment ?

Les raisons qui incitent les prisonniers à se donner la mort sont multiples, selon les gardiens de prison. Solitude et désespoir sont des mots qui reviennent souvent. Mais la raison la plus fréquente : la déception amoureuse… «Éna ki lwin ek zot fami, lwin ek zot madam. Éna al koné zot madam inn gagn enn lot. Ils se sentent humiliés, impuissants et seuls.»

Il faut savoir qu’il y a deux catégories de détenus. Ceux qui sont on remand  et ceux qui purgent leur peine. Les premiers ont droit à une visite de 10 minutes par semaine et n’ont le droit de rencontrer que trois visiteurs. Ceux qui purgent leur peine, eux, ont le droit de passer 30 minutes avec leurs proches, une fois tous les 15 jours.

En majorité, entre 60 et 70 % cas de suicide sont rapportés chez les first offenders, ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans l’univers carcéral. «Bizin éna enn mental solid sa. Li péna nanyé à vwar ek séki ou trouvé dan fim, isi réalité bien dir.»

Raison pour laquelle il ne faut pas les laisser seuls. «75 % sir si less zot tousel, zot al fer séki pa bizin.» La peur, le stress, la fatigue, le sentiment d’échec, le poids de la culpabilité font qu’ils s’enferment dans leur monde, dans leur tête, qui grouille d’idées noires.

Il y a également les conditions dans lesquelles ils sont amenés à vivre, ou à survivre. «Par exemple, ils doivent aller aux toilettes dans la cellule où il y a d’autre personne, les odeurs incommodantes influe aussi sur leur état d’esprit. La plupart ne sont pas habitués à ce style de vie.»

D’autres encore se sentent rejetés par les proches, ceux qu’ils aiment. «On a beau être un criminel ou un voyou, on n’en reste pas moins humains…» Ils ne reçoivent pas de visite, ils sont coupés du monde, ils n’ont plus defamille,  d'amis. «Finir derrière les barreaux après avoir écopé d’une lourde peine leur fait dire qu’ils n’ont plus de raison de vivre. Alors, ils préfèrent y mettre fin.»

Parmi les prisonniers, il arrive que les gardiens détectent les plus vulnérables psychologiquement. «Ils s’isolent, ils ne se mélangent plus avec la masse, ils admettent souvent qu’ils veulent mettre fin à leur jour. Mais ici, il n’y a pas de suivi psychologique. Ils sont livrés à eux-mêmes, et les plus faibles…»

La «méthode» la plus utilisée pour passer dans l’autre monde : la pendaison. Cela se produit  le plus souvent la nuit, ou le week-end, quand il y a moins d’officiers. «Kan zot tousel mem ki zot fer sa. Zot pran drap, ou zot linz mem…»

En chiffres

De 1995 à juin 2018, il y a eu 20 cas de suicide en prison, dont une femme. Selon les statistiques, entre 2011 et 2015, il y a eu plus de cas de suicide rapportés, dont six au total pour les deux années.

Ils l’ont vécu

Noorani: «Il faut être très fort mentalement quand vous êtes en prison. Mais moi, j’ai eu de la chance, ma famille m’a toujours épaulé. N’empêche qu’il y a des jours où j’avais le moral à zéro. Les heures sont longues. On n’a qu’une envie, c’est de sortir de cet enfer et de ne plus y revenir. J’ai fait une énorme bêtise, je l’avoue. Mais j’ai changé depuis.»

Pascal: «Étant toxicomane, j’ai, à une époque, fait le va-et-vient en prison. Au début, nous pensons tous pourquoi ça nous est arrivé à nous, pourquoi nous sommes là. À un moment donné, ma famille m’a délaissé mais je me suis accroché, j’ai surmonté ma douleur et ma colère. Mo pann less bann démon mont dan latet. Éna séki pli feb, gagn bézé koumsa…»

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