Moorghen Veeramootoo: «La justice a remis les pendules à l’heure»

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Moorghen Veeramootoo,  Executive Director et Chief Operating Officer de Lottotech

Moorghen Veeramootoo,  Executive Director et Chief Operating Officer de Lottotech.  

Après avoir assigné en justice le ministère des Finances, Lottotech vient de décrocher le gros lot: un deuxième tirage hebdomadaire du loto et la Loterie Verte qui passe sous son giron. Pour le n°2 de l’entreprise, Moorghen Veeramootoo, cette décision n’est que justice. Car Lottotech, depuis trois ans, avait un peu les boules…

Alors, ça fait quoi de rafler le jackpot ?

L’agreement avec l’État n’est pas un jackpot, mais un juste retour des choses. En 2015, lors du discours budgétaire, le gouvernement a pris une double décision qui a lourdement impacté notre entreprise : d’une part, l’interdiction de la publicité pour les jeux de hasard ; d’autre part, l’interdiction des cartes à gratter. Notre chiffre d’affaires, cette année-là, a chuté de 40 % et nos profits de 75 %, ce qui est considérable.

N’aviez-vous pas un accord avec l’État ?

Si, depuis le début, en 2008. Sept ans plus tard, subitement, les règles du jeu ont changé. D’où notre action en Cour suprême contre la Gambling Regulatory Authority et le ministère des Finances. Il aura fallu trois ans de procédure pour parvenir à un accord.

Un accord ou une décision de justice ?

Les deux. On ne voulait pas d’une procédure interminable, alors nous sommes allés devant la Mediation Division de la Commercial Court et nous avons dit : «Nous avons un problème, comment va-t-on le résoudre ?» Les trois parties ont fini par s’entendre, c’est ce qu’a entériné la Cour suprême dans son jugement du 19 juin.

En gros, vous êtes revenu dans les bons papiers du pouvoir…

Non, c’est une décision de justice qui a remis les pendules à l’heure.

Reste que depuis 2015, Lottotech a redressé la barre…

C’est vrai, mais on est très loin des résultats de 2014.

La faute à qui ?

(Silence)

Vous en voulez à Vishnu Lutchmeenaraidoo, le ministre des Finances de l’époque ?

(Moue embarrassée) Je n’en veux à personne. C’était une décision politique, je n’ai pas à la commenter,  mais elle nous a fait très mal.

Vous avez dégagé 110 millions de profits l’an dernier. Faudrait-il vous plaindre ?

Nous plaindre, non, mais il faut remettre les choses en perspective. Sur trois ans, entre mi-2015 et mi-2018, on peut évaluer notre manque à gagner à Rs 300 millions en termes de profits. Pour le chiffre d’affaires, le «trou» est de l’ordre de Rs 3 milliards. Sachant que 25 % des mises vont dans les caisses de l’État, ce dernier a perdu gros.

Plus que vous ?

Quatre fois plus ! Sur Rs 100 jouées, Lottotech fait 5 à 6 roupies de profit. Souvent, j’entends dire que l’on jongle avec des milliards, mais ce ne sont pas les nôtres ! Cet argent appartient à nos joueurs, on se contente de le collecter et de le redistribuer.

Pensez-vous doubler le volume des mises avec un deuxième tirage hebdomadaire ?

Non, les gens jouent moins en semaine. On a regardé les résultats d’une centaine de loteries à travers le monde : avec un deuxième tirage, le chiffre d’affaire global progresse au mieux de 70 %, au pire de 15 %. L’objectif que l’on s’est fixé tourne autour de 45 %. Si l’on y parvient, nous retrouverons le niveau de 2014. C’est possible d’ici deux à trois ans.

Le jour du tirage et la date du lancement sont-ils fixés ?

A priori, ce sera le mercredi soir. On pense être prêt dans deux mois, le temps de mettre à jour notre système informatique.

La période est-elle propice à un retour des cartes à gratter ?

Cela n’a jamais été sur la table des négociations. L’image des cartes à gratter a été trop ternie, on préfère se concentrer sur les jeux à tirage, dont la Loterie Verte, que nous venons de récupérer.

Récupérer, en langage clair, cela veut dire absorber ?

Non, cela veut dire que la marque Loterie Verte est transférée à Lottotech, nous en devenons propriétaire, mais nous ne prenons ni les assets ni les liabilities.

Vous l’avez un peu flingué cette loterie, pas vrai ?

(Il tique) Flingué !? Mais pas du tout !

En 2008, avant l’arrivée du loto, six millions de billets verts se vendaient chaque mois. Aujourd’hui, c’est six fois moins…

Ce n’est pas du fait du loto, nous sommes sur deux marchés différents. Les mises ne sont pas les mêmes et le loto est un jeu à jackpot, sans certitude de gagnant. Si la Loterie Verte ne va pas bien, c’est parce que c’est une vielle machine qu’il faut dépoussiérer ; nous y travaillons.

Qu’est-ce qui va changer ?

À peu près tout : les joueurs choisiront leurs numéros, il y aura au moins deux tirages par mois, peut-être un par semaine, avec plus de lots et plusieurs milliers de gagnants. Le reste, c’est trop tôt pour en parler.

En gros, vous voulez en faire un loto bis…

Nous voulons booster la winning experience. Une loterie, c’est une pyramide de lots. Le modèle du loto, c’est un très gros lot en haut, pas grandchose au milieu et beaucoup de petites sommes en bas. En moyenne, on a 40 000 gagnants à Rs 100 chaque semaine.

Et les soixante-dix employés, que vont-ils devenir ?

Personne ne sera licencié, on s’y est engagé.

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