Métier: les taxidermistes à la chasse aux clients

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Étal bâti en tuyaux métalliques, produits par-ci, outils par-là : la varangue de cette maison à Rose-Hill s’est métamorphosée en fabrique. Au centre de l’édifice, trône un moulage crème qui se glisse délicatement dans la peau d’un cerf. «Je la passe par-dessus ce moulage en polyuréthane. C’est une mousse utilisée pour créer l’intérieur, un peu comme pour un mannequin», confie Farad Bhugeloo, 55 ans (photo).

S’affairant à restituer l’animal dans son état le plus naturel, l’homme est taxidermiste depuis ses 12 ans. Un héritage transmis par Adam, son père, ancien employé d’une propriété sucrière. «Il a découvert la taxidermie dans un livre. Il a commencé comme ça. J’avais quatre frères. Nous avons tous débuté avec lui. Nous avions alors notre atelier à Petit-Verger.»

Malheureusement, en 2007, ces derniers décèdent. Farad Bhugeloo s’installe dans les villes soeurs et se perfectionne. «La taxidermie demande de la précision. Par exemple, après la mort de l’animal, il faut débuter le processus dans les 24 heures qui suivent. On doit tout nettoyer, enlever la chair et les organes restants et faire très attention pour que la peau ne se déchire pas.» Celle-ci est d’ailleurs prélevée puis retravaillée pour l’ajustement au moulage. Ceci est une grosse opération, tant dans les tâches que la durée. En effet, il faut bien conserver les poils d’origine du cerf ainsi que ses cornes.

Trophées de chasse

«Les autres parties, notamment les yeux, sont importées», déclare Mungur Mansoor, un autre taxidermiste. Âgé de 64 ans, il possède un atelier à Montagne-Ory avec son fils, Taher, 27 ans. Comme Farad Bhugeloo, il est passionné. D’ailleurs, leurs maisons respectives sont truffées d’animaux remodelés et de trophées de chasse en attente de récupération des clients.

Après tout le montage, les animaux sont badigeonnés de conservateurs. «Tant qu’il n’est pas exposé à l’eau, un animal empaillé peut durer des décennies», indique Mungur Mansoor.

La taxidermie est une tradition familiale inculquée par Cassam, son père. Ce dernier s’oriente vers ce milieu après l’interruption de son service en tant qu’agent de sécurité à Mon-Désert-Alma. «J’avais alors 14 ans et étais en Form II. Je n’aimais pas l’école. Par contre, j’étais intrigué par ce travail», confie Mungur Mansoor. Il se jette dans cette marmite avec ses petits morceaux de bois, ses clous entre autres matériaux.

D’autant qu’à l’époque, il y a une grosse demande pour les têtes de cerf empaillées, se rappelle-t-il : «Les Japonais les appréciaient beaucoup car c’était considéré comme un portebonheur.» Généralement, une telle opération prend environ deux à trois mois.

En sus des cerfs, les poissons et oiseaux sont aussi très sollicités pour la taxidermie. «Dans ce cas, le travail est encore plus minutieux. Non seulement cela prend plus de temps, mais l’enveloppe de l’animal est plus délicate», ajoute notre interlocuteur, qui entreprend également la restauration d’animaux. «Là, c’est un mérou géant pour le musée de Port-Louis», indique-t-il. Parallèlement, son fils, Taher, a suivi une formation spécialisée en Angleterre et gère l’entreprise. Selon lui, la clientèle est essentiellement composée de touristes et de Mauriciens férus de chasse. Puisque la chasse est saisonnière, en est-il de même pour ce métier ? «Après la période de chasse, nous avons des demandes pour empailler d’autres animaux. Donc, cela tourne toujours sur l’année», explique Mungur Mansoor.

De son côté, Farad Bhugeloo, que le fils, Shezad, 22 ans, a rejoint dans cette profession, estime que la tâche de nos jours est plus ardue pour les taxidermistes, avec une réduction des demandes. De plus, les matières doivent être importées, ce qui ajoute aux frais. Pour l’heure, ce sont leurs proches qui les acquièrent et les leur envoient.

Qu’en est-il de la rentabilité ? À titre indicatif, Farad Bhugeloo mentionne Rs 5 000 pour une tête de cerf. Mais les prix demeurent variables selon le type d’opération à exécuter, ajoute Mungur Mansoor. «Avec les demandes qui diminuent, c’est un métier qui finira par tomber», avoue Farad Bhugeloo.

Face à ces contraintes, les taxidermistes semblent devoir partir à la chasse… aux clients.

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