Bees With Stories: une histoire de (happy)culteurs

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À l’arrière du Dockers’ Village, à Baie-du-Tombeau, huit trentenaires regroupés en société coopérative pratiquent de l’agriculture bio et de l’apiculture en dilettantes.

  À l’arrière du Dockers’ Village, à Baie-du-Tombeau, huit trentenaires regroupés en société coopérative pratiquent de l’agriculture bio et de l’apiculture en dilettantes.  

Des tas de personnes passent devant le Dockers’ Village, à Baie-du-Tombeau, sans se douter qu’à l’arrière de ces maisonnettes colorées, un terrain de trois arpents appartenant à l’État, longtemps resté en friche, a changé d’aspect. Depuis trois ans, les huit membres trentenaires constituant la Twelve Stars Cooperative Society défrichent ledit terrain et y pratiquent de l’agriculture biologique.

Le meneur du groupe, Yannick François, 36 ans, a incité les «zanfan sité ki péna nanyé, kinn gagn problem moralité» à se constituer en société coopérative et à planter des légumes bio «kouma enn moyen pou sov nou mem».

«Boukou zénes trenn dan bwa. Par kont, nou kapav donn zot iniform ek fer zot aprann apikiltir é donn zot sa kouma enn métié.»

Pour mieux se familiariser aux techniques de cultivation, Yannick François et d’autres membres de la Twelve Stars Cooperative Society ont été à la rencontre de grands planteurs «pou koné kouma fer ek gagn lexperyans». Depuis, «kouma nou trouv enn ti bout later, nou exsité. Nou anvi met enn ti laké zognon, enn ti léti ladan…»

Si Greta Philippe, 34 ans, qui a travaillé de longues années à l’usine les a rejoints, c’est parce qu’elle a trouvé là une occasion de se mettre à son compte et surtout de manger bio. Yannick François ajoute qu’autrefois, un planteur utilisant des pesticides donnait le temps aux légumes de pousser. «Zordi non. Zot fors doz pestisid pou légim-la sorti pli vit. Zot planté zordi pou rékolté dimé.» Dans leurs têtes, la corrélation entre surdosage de pesticides et cancer ne fait aucun doute. «Zordi zenn zenn zanfan pé gagn kanser», souligne Greta Philippe.

«Travay later dir mé lamour fer ou rékolt vinn enn lot. Ou trouv li dévlopé ou mem ou kontan.»

Jean-Michel Léopold, 34 ans, les a rejoints lorsque la compagnie de nettoyage qui l’employait a fermé ses portes. Lui, qui ne connaissait rien de l’agriculture, a décidé de «met lespri ladan». C’est pour arriver à joindre les deux bouts que Corine Florimond, qui fait du catering en week-end, et dont le mari est un ami de Yannick François, s’est jointe à eux.

Ils se retrouvent presque tous les jours sur ce terrain et mettent en terre «impé tou légim, dépendan sézon». Le fumier coûtant très cher, soit Rs 3 000 par camion «dé kout servi li fini ar sa later rouz-la», ils ont mis de l’argent en commun et ont acheté des caprins, des poules et des lapins, et utilisent leurs déjections comme compost. S’ils reconnaissent que travailler la terre est une tâche dure, ils disent qu’il faut y injecter une dose d’amour. «Travay later dir mé lamour fer ou rékolt vinn enn lot. Ou trouv li dévlopé ou mem ou kontan», dit Yannick François.

«Éna inn vini ek inn alé. Éna boukou bann madam ki pa travay. Mem si isi ou pa gagn kas, tou lézour ou pé rant lakaz ar impé légim.»

Il dit avoir tenté d’enrôler d’autres personnes. «Éna inn vini ek inn alé. Éna boukou bann madam ki pa travay. Mem si isi ou pa gagn kas, tou lézour ou pé rant lakaz ar impé légim.» Les membres de la Twelve Stars Cooperative Society se donnent à fond pour que cette terre devienne fertile. Ils arrosent les plantes à l’arrosoir et prennent du courant avec un des voisins contre paiement. Ils se chargent du gardiennage à tour de rôle. Leur surplus de légumes est vendu dans la région. Ils ont déjà eu pour client Le Vélo Vert et Island Bio.

Dans le passé, ils ont fait une demande auprès du ministère du Logement et des terres pour pouvoir louer à bail le terrain en question. Mais comme leur demande ne s’accompagnait pas d’un business plan, celle-ci a été rejetée. Et en l’absence d’un bail, ils sont incapables de faire une demande pour être officiellement raccordés à la fourniture électrique et à l’eau, ni de contracter un emprunt.

La Fondation Joseph Lagesse leur a offert une dizaine de ruches. Mais jusqu’ici, ils ont pratiqué l’apiculture en dilettantes. Il y a un an, Madvee Muthu a conceptualisé le projet Bees With Stories, d’une idée provenant d’un projet de conservation appliqué en Ethiopie. Lors d’une rencontre avec Island Bio, on lui a proposé de développer son volet apiculture et d’adapter ce projet aux Mauriciens. C’est ainsi qu’elle a rencontré les membres de la Twelve Stars Cooperative Society

Voulant être apicultrice elle-même, elle s’est rendue au département d’entomologie du ministère de l’Agro-industrie et a suivi une formation poussée en apiculture. Chaque membre de la société coopérative recevra deux ruches, de même que des équipements de protection et Madvee Muthu les formera à l’apiculture avec l’aide du département d’entomologie du ministère de l’Agro-industrie. Il est déjà prévu qu’un fonctionnaire du département d’entomologie du ministère vienne sur place pour voir si des plantes mellifères – plantes produisant du suc avec lequel les abeilles font du miel – poussent sur le terrain. Le cas échéant, il faudra les planter.

Une fois que les abeilles auront donné leur premier miel, Madvee Muthu le fera analyser pour voir s’il est de qualité et répond à l’appellation miel de table. S’il l’est, elle estime qu’ils pourraient vendre leur surplus. Elle leur a déjà trouvé un distributeur mais avant d’en arriver-là, elle doit discuter avec eux pour qu’ils présentent leur miel en pots et que l’emballage soit esthétique et hygiénique.

Yannick François explique que «boukou zénes trenn dan bwa. Par kont, nou kapav donn zot iniform ek fer zot aprann apikiltir é donn zot sa kouma enn métié. É pou nou kapav fer sa apikiltir-la kouma bizin, nou bizin kontra later». Island Bio les aide actuellement à établir un Business Plan pour que cette société coopérative puisse soumettre une nouvelle demande de location à bail du terrain. La balle est désormais dans le camp des autorités…

Madvee Muthu, une passionnée de développement international

Madvee Muthu, fondatrice de la société Impact Consulting.

Cette Mauricienne de 35 ans qui a étudié les sciences au collège Dr Maurice Curé, est détentrice d’une double licence en commerce international et économie auprès du Ramapo College, au New Jersey, États-Unis. Son objectif était de travailler dans le développement international.

Après, elle étudie à la London School of Economics pour obtenir une maîtrise en Social Policy and Development. En 2010, elle revient à Maurice et travaille pour le Programme des Nations unies pour le développement avant de partir pour l’Éthiopie avec l’UNECA. Elle rejoint ensuite la Banque africaine de développement. Elle retourne à Maurice en 2015 et fonde sa société Impact Consulting.

Sa première mission l’entraîne en Zambie où elle découvre le potentiel de l’apiculture. Elle décide alors de créer le business model intitulé Bees With Stories. «On essaie de travailler avec des agriculteurs de subsistance pour que l’écosystème soit à leur avantage et qu’ils utilisent judicieusement la nature à leur avantage». 

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