Précarité: ils dorment depuis huit ans sous le pont Latanier

Avec le soutien de
Gérard Pelletier et Marie-Lourdes Jean François devant leur petite case.

  Gérard Pelletier et Marie-Lourdes Jean François devant leur petite case.   Gérard Pelletier et Marie-Lourdes Jean François devant leur petite case.  

Ils sont las d’attendre que les autorités concernées leur viennent en aide. Cela fait bientôt huit ans que Gérard Pelletier, 48 ans, et sa compagne, Marie-Lourdes Jean François, 49 ans, dorment sous le pont Latanier…

Pour en arriver là, ils ont d’abord connu la misère, l’abandon, le rejet. Ils tiennent d’emblée à préciser qu’ils ne sont pas «des gens paresseux», loin de là. «Nou pa krwaz nou lébra, atann gagn tou lor plato! Mé nou pa pé kapav fer fas, lavi tro dir», entonne le couple.

Gérard Pelletier est aide-chauffeur et avec son maigre salaire, il ne parvient pas à «trouv enn lizour», Marie-Lourdes et lui vivent au jour le jour. Parfois, quand il n’y a pas de travail, il rentre «à la maison» sans un sou. «Mais Dieu sait combien je l’aime, ma chérie ! Mo ti kontan pou kapav donn mo Madam tou», confie le quadragénaire en regardant la femme de sa vie avec tendresse.

Cette dernière, souligne-t-il, est souffrante. «So lipié malad, li pa tro kapav marsé.» Marie Lourdes souffre également de légers troubles mentaux, elle suit un traitement à l’hôpital. «Elle perçoit une pension, mais cet argent, nous l’utilisons pour acheter à manger.» Que l’on ne s’y trompe pas. Malgré son handicap, Marie Lourdes s’attelle chaque jour aux tâches ménagères. «Ek so lipié malad, il al lav tou mo linz dan larivier, li alim foyé, li kwi manzé», poursuit son compagnon, qui n’en est pas peu fier.

Ce qui l’inquiète, c’est que pendant la journée, quand il part au boulot – quand y en a, il doit laisser Marie-Lourdes seule. «Tou kalité dimounn pasé anba sa pon-la. Ou pa kapav koné ki kapav arivé», déplore Gérard. Du coup, Marie-Lourdes doit s’enfermer dans la petite bicoque qu’ils ont construite ensemble, de leurs propres mains, avec leur cœur.

«La case de l’amour» est faite de feuilles de tôle, ramassées ici et là. Les tourtereaux rêvent d’un vrai toit, d’une vraie maison, d’un vrai nid, où ils pourront se sentir en sécurité et couler des jours heureux. «Isi kan éna lapli, débordma, napa koné kot pou sové…»

Gérard souligne qu’il a deux fils âgés de 15 et 8 ans, nés d’une précédente union. «Mo kontan mo zanfan, mo lé zot viv ek mwa, mai isi, li inposib. Okenn dimounn pa mérit viv koumsa…» Raison pour laquelle les deux ados ont été pris en charge par la Child Development Unit. «Mais je leur rends visite à chaque fois, dès que je peux.»

Ce que souhaitent les amoureux ? Pouvoir continuer à être ensemble. Contre vents et marées ou près de la rivière…

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires