Coupe du monde: SDF, il collectionne les stickers Panini

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Krishna Harnandan s’est donné pour mission de remplir son album Panini malgré la précarité dans laquelle il vit.

Krishna Harnandan s’est donné pour mission de remplir son album Panini malgré la précarité dans laquelle il vit.

Sur son visage marqué, derrière sa barbe, un sourire. Krishna Harnandan, 30 ans, est tout content de pouvoir remplir son album Panini. Ce n’est pas parce qu’on est SDF qu’on ne peut pas vivre au rythme de la Coupe du monde…

Depuis trois semaines, il se rend chaque jour au Harbour Front, à Port-Louis. Sa passion : échanger des stickers avec d’autres collectionneurs, surtout des jeunes. Le passionné de foot, âgé de 30 ans, fan des stars du ballon rond, dort à la belle étoile, bien souvent au jardin de la Compagnie et ce depuis cinq ans.

Avant, il habitait à Pointe-aux-Sables, avec sa maman, raconte Krishna. «Elle est morte en 2011 et elle était ma seule famille.» Il a tout fait pour s’en sortir seul, assure-t-il. Il n’y est pas parvenu et faute de moyens, il a fini par atterrir dans la rue. Sans toit, sans proche, sans ami.

«Mo santi mwa bien kan mo get football. Mo blié tou mo problem ek mo stres anvolé. Mo relax, mo profité. Bien rar arivé sa.»

Depuis quelque temps, il s’est fait de nouveaux copains… Des passionnés, comme lui. L’échange de stickers apporte de la joie à son quotidien autrement fade et morose. Son album est loin d’être complet mais il en est convaincu. Avec l’aide de ses potes, il parviendra à remplir toutes les cases vides d’ici à la fin de la Coupe du monde.

Autour de Krishna en ce vendredi après-midi du 15 juin, jeunes gens et jeunes filles s’activent à se rencontrer. L’échange de stickers, c’est un loisir sérieux. Ceux qui le connaissent lui promettent de lui refiler les stickers qu’ils ont en double. «Éna noumem nou péna selman, bizin atann inpé avan li gagn tou.» «Les stickers, ça coûte de l’argent. Et je n’ai pas les moyens de remplir mon album moi-même. Mais je suis un passionné de la Coupe du monde, du football en général», affirme-t-il, avec une lueur scintillante dans le regard.

«Le temps passe vite, la vie est courte, j’aurais bien aimé avoir une vie normale…»

Quand il était «tipti», il rêvait de devenir footballeur professionnel. Plus tard, il a dû se résoudre à exercer comme porteur au marché. «Ziska ler mo fer samem, ek samem mo viv ek mo asté mo manzé toulézour.» Cela ne suffit pas cependant, à se payer un toit.

Son équipe préférée ? Le Brésil. Il fut un temps où il soutenait le Portugal, mais «sa lané-la, mo koné Brésil mem pou gagné sa!» prédit Krishna, tout heureux. Pour ne rien rater, depuis que les matches ont débuté, il se rend au Caudan. «Laba, mo geté lor bann lékran. Mo santi mwa bien kan mo get football. Mo blié tou mo problem ek mo stres anvolé. Mo relax, mo profité. Bien rar arivé sa», confie Krishna d’une petite voix.

Au coup de sifflet final, c’est le dur retour à la réalité. Même si Krishna tient à préciser qu’il n’a pas besoin d’aide pour s’en sortir et qu’il n’a jamais entamé de démarche pour obtenir une maison. «Lwé lakaz kout tro ser, samem mo pa rodé. Ek sa ti kas mo gagné-la, pa pou gagn lakaz NHDC, mo péna saler fix.»

Krishna caresse tout de même l’espoir de pouvoir fonder un jour une famille, avoir des enfants qui ne manqueront de rien. «Le temps passe vite, la vie est courte, j’aurais bien aimé avoir une vie normale…» En attendant de trouver l’amour, Krishna serre son album Panini contre son coeur. «Ou révinn get mwa kan mo liv ranpli, mo pou montré ou li…», dit-il avec un brin de fierté.

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