Jocelyne Minerve: «Les politiciens s’éloignent des réalités sociales»

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Depuis 1999, Jocelyne Minerve est à l’œuvre dans la discrétion au sein des mouvements sociaux agissant dans la périphérie de l’Église catholique.

Depuis 1999, Jocelyne Minerve est à l’œuvre dans la discrétion au sein des mouvements sociaux agissant dans la périphérie de l’Église catholique. 

L’ex-Ministre de la Sécurité sociale, Jocelyne Minerve, est la secrétaire générale de Cardijn Community International. Cette organisation, créée à la fin des années 90, poursuit, dans plusieurs pays, un travail auprès des jeunes dans l’esprit de la mission initiée par feu le cardinal Joseph Cardijn. Ce dernier, un prélat belge, avait fondé en 1925, la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). La branche mauricienne de la JOC avait été lancée par feu le cardinal Jean Margéot quand il était encore un jeune prêtre.

Après avoir abandonné la politique active, en 1999, Jocelyne Minerve n’a pas renié ses convictions. C’est ainsi qu’après la disparition de Nouvo Lizur, le parti qu’elle avait lancé, après sa démission du Mouvement militant mauricien (MMM), l’ancienne députée de Beau-Bassin–Petite-Rivière est revenue à l’action sociale, hors du cadre politique, en faveur des plus démunis. 

Depuis 1999, elle est à l’œuvre dans la discrétion au sein des mouvements sociaux agissant dans la périphérie de l’Église catholique. Son constat sur le terrain : les inégalités s’installent, tout le monde n’a pas les mêmes chances, des populations vulnérables sont marginalisées et le matérialisme ainsi que l’égoïsme a plus que droit de cité.

L’inaction et l’impuissance des politiques devant la dégradation du contexte social confirment un constat de l’ex-parlementaire : «De plus en plus, les politiciens s’éloignent des réalités sociales.» C’est ce sentiment d’un échec de l’action politique en ce qui concerne le social qui a poussé l’élue de la circonscription no20 (Beau-Bassin– Petite-Rivière) à démissionner de l’Assemblée nationale en 1999. «J’étais à l’étranger quand ont éclaté les émeutes de 1999. Je suis rentrée le surlendemain et j’ai été choquée par ce que j’ai pu constater dans certaines régions comme Roche-Bois, Barkly, Cité Ste–Claire.» 

Campagne calomnieuse 

La députée est marquée par les événements de 1999. Constatant l’incapacité des politiques à résoudre les problèmes sociaux, elle entreprend une réflexion sur l’engagement. À la fin de l’exercice, Jocelyne Minerve décide de quitter l’Assemblée nationale et le MMM. Pourtant, elle avait réussi quelques belles actions en faveur des défavorisés quand elle était maire de Beau-Bassin–Rose-Hill et, par la suite, ministre de la Sécurité sociale. 

La politicienne, en retrait de l’arène, se rappelle encore comment son action n’avait pas été comprise. Elle avait quitté le MMM de son propre gré et non suivant un désaccord. Toutefois, cela n’a pas empêché des dirigeants de son ancien parti de lui lancer des quolibets et d’imputer sa démission à des motifs financiers. Jocelyne Minerve ressent encore les blessures résultant de cette campagne calomnieuse. 

Pourtant, l’ancienne maire de Beau-Bassin–Rose-Hill s’était retrouvée très jeune au sein du MMM, bien avant certains dirigeants actuels. Elle était une pionnière du parti dans son village de Gokoolah, dans le Nord. 

Après un engagement au sein des organisations sociales animées par Jean-Noël Adolphe, Jocelyne Minerve s’engage dans des mouvements plus politiques à l’instar du Mouvement chrétien pour le socialisme (MCPS), une manière de réconcilier sa foi chrétienne et son engagement politique. Ses compagnons du MCPS sont, entre autres, Reynolds Michel, Jean-Clement Cangy et Gaëtan Mootoo. Ce dernier, ex-cadre à Amnesty International, est décédé tragiquement, il y a 15 jours. «C’était un militant cohérent dans sa démarche. Il a toujours fait preuve d’une haute exigence éthique», déclare Jocelyne Minerve.

En 1977, la militante s’envole pour Paris. Elle y séjourne jusqu’en 1982. Durant cette période, elle exerce comme Secrétaire générale du Mouvement international d’apostolat des enfants (MIDADE) et entreprend des études à l’Université Paris VIII. En 1983, c’est le retour au pays. Le MMM vient de connaître une cassure et s’apprête à affronter les élections générales anticipées. La militante se jette dans la bataille à Beau-Bassin–Petite Rivière et obtient un siège de député correctif. Par la suite, ses mandants lui réitèrent leur confiance aux élections de 1987, 91 et 95.

Nommée ministre de la Sécurité sociale après les élections de 1995, Jocelyne Minerve commence un travail qui, elle l’espérait alors, intensifierait la lutte contre l’injustice sociale, mais des considérations politiques entravent sa démarche. En 1997, le vice-Premier ministre, Paul Bérenger est révoqué et le MMM quitte le gouvernement. L’ex-ministre Jocelyne Minerve continue son action dans l’opposition jusqu’en 1999, quand elle décide d’abandonner son siège de député.

Depuis, Jocelyne Minerve est revenue à ses engagements d’origine. Elle est satisfaite de son action dans la discrétion et ne songe pas à reprendre du service dans la politique active. 

Son parcours 

1972 – Action sociale au sein des organisations diocésaines 

1977-82 - Secrétaire générale du MIDADE 

1983 : Députée «Best Loser» à Beau-Bassin– Petite-Rivière 

1987, 91 & 95 : Élue à Beau-Bassin–Petite-Rivière 

1992 : Maire de Beau-Bassin–Rose-Hill 

1996 : Ministre de la Sécurité sociale 

2017 : Secrétaire internationale à la Cardijn Community International 

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