Budget 2018-2019: Pravind Jugnauth pourra-t-il tacler les dossiers urgents ?

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Pravind Jugnauth peu avant le début de son discours budgétaire, son premier en tant que Premier ministre, en 2017.

Pravind Jugnauth peu avant le début de son discours budgétaire, son premier en tant que Premier ministre, en 2017.

Manufacture et exportation, sucre, prix des carburants, dette publique ou Global Business… Ce sont là les dossiers brûlants auxquels devrait s’atteler le ministre des Finances ce jeudi après-midi 14 juin, lors de sa présentation du Budget 2018-2019. Le bilan des mesures annoncées l’an dernier est également attendu, tout comme l’annonce de nouvelles mesures pour donner un nouveau souffle aux secteurs en difficulté...

Industrie : Faire remonter la compétitivité

Hausse des coûts de production, manque de main-d’œuvre, investissement qui se réduit comme une peau de chagrin, concurrence presque déloyale des produits importés, difficile accès aux marchés, coût de la logistique mirobolant… La liste des problèmes auxquels fait face l’industrie manufacturière, tant au niveau local qu’à l’export, est longue. Pourtant, le gouvernement s’est fixé pour objectif de faire grimper la contribution du secteur à 25 % du produit intérieur brut (PIB) d’ici 2030, part qui se situe aujourd’hui à 13 % seulement. Si quelques mesures fiscales et des subventions étatiques ont bien été prises, l’année dernière, pour aider le secteur, comme le Freight Rebate Scheme, la baisse du taux directeur ou encore l’Exchange Support Scheme, plusieurs aspects touchant à la compétitivité demeurent problématiques.

Sucre : Réforme structurelle attendue

Autrefois premier pilier économique du pays, le secteur sucre se retrouve aujourd’hui en grande difficulté. En cause : la fin des quotas pour l’exportation vers l’Union européenne, survenue en 2017, et une concurrence directe avec les betteraviers européens; la baisse du prix du sucre à la tonne, passé de Rs 17 000 en 2005 à Rs 11 000 en 2018 ; et un recul de 8 % de la production en 2017. Le Joint Technical Committee mis sur pied a fait une série de recommandations pour remédier à la situation dans son rapport présenté fin mai. Parmi les propositions, le retrait des avantages liés aux Voluntary Retirement Scheme et l’Employment Retiring Scheme pour les employés, entre autres. Un rapport vivement critiqué par les syndicats mais défendu bec et ongles par les opérateurs. Le ministre des Finances pourra-t-il démarrer une réforme structurelle dans le secteur ?

Carburants : Des taxes seront-elles enlevées pour faire baisser le prix ?

C’est un sujet sur lequel Pravind Jugnauth est attendu. La hausse de 10 % du prix des carburants survenue en mai est restée en travers de la gorge des consommateurs. Parmi les principales critiques : un nombre trop élevé de taxes prélevées sur le prix de l’essence et du diesel.

Classe moyenne : Des mesures pour amener le progrès

Ce large segment de la population est celui qui contribue le plus au développement économique du pays. Mais la classe moyenne éprouve de plus en plus de difficultés à faire face à la hausse constante du coût de la vie. L’un des principaux problèmes de la classe moyenne est l’accès au logement. Pour cause, les banques commerciales n’octroyaient que 90 % du montant total des prêts logements de moins de Rs 5 millions. Les 10 % restants étaient totalement à la charge des clients. Afin d’aider faciliter l’accès au logement à la classe moyenne, le ministre des Finances a fait enlever cette limite pour les «firsts time buyers» dans le dernier Budget. Toutefois, il est attendu que d’autres mesures soient apportées.

Dette publique : 63 % du PIB

S’il y a un chiffre qui sera suivi avec une attention particulière, c’est bel et bien le montant de la dette pu- blique. Critiqué sévèrement pour sa gestion de cet important indicateur économique, tant par les partis de l’opposition que par des économistes, Pravind Jugnauth est attendu au tournant. Il devrait annoncer s’il a pu maintenir le taux de la dette publique à l’objectif budgétaire fixé l’année dernière, qui équivaut à 63 % du PIB. Au 31 mars 2018, ce montant s’élevait à Rs 320,3 milliards.

Or, tous les spécialistes diront que le Trésor public a pu garder le taux de la dette publique à 63 % du PIB grâce à «des astuces». À savoir, que les finances n’ont pas comptabilisé deux dettes étrangères contractées auprès d’une institution financière, l’Exim Bank, et approuvées par l’État et ce, par le biais de deux institutions publiques, la State Bank of Mauritius et Mauritius Telecom.

Conscient que le gouvernement ne pourrait atteindre l’objectif de 50 % du PIB cette année, le Grand argentier avait amendé la loi sur la gestion de la dette publique l’année dernière, en vue de définir un nouveau plafond en 2021, qui sera de 60 % du PIB.

Il devrait s’expliquer cet après-midi et avancer s’il sera «on target» en ce qui concerne cet indicateur économique dans trois ans. Logiquement, le taux devrait alors tourner autour de 70 % du PIB, si les prêts étrangers avaient été inclus, sans compter les passifs éventuels liés aux dédommagements que l’État pourrait payer à Betamax et aux dépenses du défunt groupe BAI.

Global Business : Une refonte du secteur attendue

Le ministre des Services financiers, Sudhir Sesungkur, n’aura pas le plaisir de présenter les grands axes du Blueprint. Pravind Jugnauth se sera finalement approprié cette feuille de route, déjà prête depuis plusieurs semaines, qui définit les contours du secteur des services financiers pour les prochaines dix années.

Le ministre des Finances devrait en lire les grandes lignes aujourd’hui et annoncer probablement des mesures pour rassurer les opérateurs du Global Business. De grosses pointures de ce secteur n’affichent pas une belle forme financière, alors que d’autres, de taille moyenne, parviennent difficilement à tenir la tête hors de l’eau.

Pravind Jugnauth jouera-t-il sur le front fiscal pour assurer un deuxième souffle à ce secteur après les amendements apportés au traité fiscal indo-mauricien en avril 2016 ? Ceux-ci ont fragilisé le secteur et imposé un nouveau modèle, privilégiant des investissements en Afrique, passant par Maurice, appelé éventuellement à devenir une passerelle.

D’ores et déjà, il apparaît que le Premier ministre annoncera la fin de la GBL 2 (Global Business Licence), structurée pour qu’elle ne soit redevable envers aucune institution. Sa raison d’être dans une juridiction est d’être simplement exemptée d’impôts sur ses opérations.

Le Premier ministre n’a pas intérêt à demeurer insensible à un secteur qui contribue à la hauteur de 5,6 % au PIB, au sein des services financiers, et qui emploie un grand nombre de cadres moyens, de jeunes comptables et d’avocats.

Une refonte du secteur s’impose. Ce qu’il devrait annoncer dans quelques heures.

La sobriété au rendez-vous

Plus que quelques heures maintenant avant le troisième grand oral du Premier ministre et ministre des Finances Pravind Jugnauth. Le document d’une centaine de pages a été envoyé au Government Printing pour impression dans la soirée d’hier. Le chef du gouvernement, qui a limité ses sorties depuis une semaine pour se concentrer sur le Budget, n’a pratiquement pas quitté son bureau hier. Entouré de ses proches collaborateurs, il a eu plusieurs séances de travail durant lesquelles ils se sont livrés à un dernier exercice de fine-tuning avant l’impression des copies.

Des réunions se sont poursuivies jusqu’à fort tard, hier, au Prime Minister’s Office et au ministère des Finances, où l’équipe technique, composée principalement du secrétaire financier Dev Manraj et des hauts cadres, à l’instar de Rajakrishna Chellapermal, Gérard Bussier, Sen Narainen, mettait la touche finale aux documents annexes qui seront rendus publics après la présentation du Budget. Il s’agit de plusieurs fichiers complémentaires, avec une approche pédagogique, afin de faciliter la compréhension du discours budgétaire, qui demeure très technique et souvent indigeste.

Si la mise en forme du discours budgétaire est une nouvelle fois assurée par Dev Manraj et son équipe, la philosophie et les grandes lignes du Budget ont été déclinées par l’équipe de conseillers du Premier ministre. «Un budget de continuité qui pourrait être placé sous le signe de la sobriété», affirme-t-on, dans les milieux concernés. Sur le fond, à prévoir quelques mesures confettis qui toucheront directement les contribuables, comme le prix des carburants.

La poursuite des mesures sociales est également attendue, avec un volet sur le salaire minimum et la Negative Income Tax, introduits récemment. Mais le plus important chantier demeure les infrastructures. Le Premier ministre et ministre des Finances devrait consacrer une bonne partie de sa présentation sur les chantiers en cours.

La sobriété est également de mise quant à la forme. Pas de battage médiatique comme cela a été le cas les années précédentes autour du Budget. Il n’y a pas eu non plus de réunion pré-budgétaire avec la presse à la veille de cet exercice, pour un état des lieux sur la situation économique ni pour expliquer la marge de manœuvre à sa disposition. Le Premier ministre s’est livré à une seule interview à nos confrères de Business Magazine.

Contrairement à 2017, il n’y aura pas de Special Budget Insight cette année, après le grand oral, pendant lequel Pravind Jugnauth était revenu l’année dernière sur ses mesures phares, en créole. Ces changements au niveau de la communication s’expliquent par le début de la Coupe du monde et les célébrations de la fête Eid-Ul-Fitr, le lendemain.

Coupe du monde : l’attention des Mauriciens divisée

«Mo pa travay an fonksion Koup di mond…» Pravind Jugnauth, Premier ministre (PM) et ministre des Finances, avait été on ne peut plus clair, le 25 mai : l’ouverture de la Coupe du monde de football, en Russie, aujourd’hui, le laisserait de marbre. D’où le choix de présenter son Budget 2018-2019 le même jour.

La présentation du Budget sera diffusée en direct du Parlement, à partir de 15 heures, sur la radiotélévision nationale et sur les chaînes des radios privées. Elle génère, en général, un fort taux d’écoute. D’un autre côté, le coup d’envoi de la 21e édition de la Coupe du monde de football, qui est un événement planétaire, sera suivi avec passion par une grande partie de la population, les deux événements coïncidant presque même heure…

À l’annonce de la date du Budget, les Mauriciens, de même que de nombreux parlementaires, se sont demandé les raisons du choix du PM pour le 14 juin. Invité à commenter sa décision, le chef du gouvernement a eu ceci à dire : «Mo get dapré mo travay, mo get dat ki apropriyé.»

Sans doute n’étant un grand amateur du ballon rond comme son père, sir Anerood Jugnauth, Pravind Jugnauth doit cependant savoir que son grand oral cette année-ci, sera probablement moins écouté et moins suivi que celui de l’année dernière. D’abord, à l’heure à laquelle débutera son monologue, les Mauriciens seront nombreux à s’affairer encore au travail, dans les bureaux, dans les usines ou dans les ateliers.

Une fois rentrés, le discours budgétaire sera probablement presque terminé. Et au moment où ils auraient pu se rabattre sur les différentes analyses post-budgétaires à la radio et à la télévision, la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde, prévue à partir de 18 h 30, divisera sans doute leur attention. Même ceux qui sont en général indifférents au ballon rond aiment quand même suivre cet événement haut en couleur, durant lequel la culture du pays hôte est mise à l’honneur.

Les Mauriciens devront sans doute apprécier le chanteur britannique Robbie Williams, qui sera rejoint sur scène par la soprano russe Aida Garifullina. Et à 19 heures sera donné le coup d’envoi du match d’ouverture opposant la Russie à l’Arabie saoudite. Pas une grande affiche, certes, mais la performance du pays hôte sera très suivie.

Reste à savoir qui de Pravind Jugnauth ou de la Coupe du monde marquera le plus de buts, ce jeudi ? Une chose est cependant sûre : le PM doit faire de sorte de ne pas encaisser un ou plusieurs «own goals»...

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Il a conclu son grand oral. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui a enfilé son manteau de ministre des Finances, a-t-il pu répondre aux attentes de la population et des acteurs économiques avec le Budget 2018-18 ? Eléments de réponse.

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