Aartee Runglollsing: majordome au féminin

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Aartee Runglollsing est majordome à l’ambassade du Japon depuis trois mois.

Aartee Runglollsing est majordome à l’ambassade du Japon depuis trois mois.

Tout est dans la prévenance avec laquel le Aartee Runglollsing vous dit de faire attention à la marche, quand vous franchissez le seuil de la résidence de l’ambassadeur du Japon. Cela fait trois mois qu’elle y est le majordome.

À table, un convive demande un couteau ? Elle lui en présente deux, sur un plateau, comme si c’était des joyaux. Un invité lui dit merci. Elle reçoit la politesse, la main sur le coeur. Vous lui tendez la main, c’est en réchauffant la vôtre entre ses deux mains qu’elle la serre.

Ce sens du service, ce n’est ni à l’école hôtelière, ni dans l’un des établissements où elle a travaillé qu’Aartee Runglollsing dit l’avoir appris. «Sa, li vinn dan ou.» Elle ajoute qu’«il y a des choses que vous pouvez apprendre, mais pas tout».

Chez elle, le service semble un état d’esprit dicté par la sobriété. Qu’y a-til derrière le chignon serré, le noeud papillon et le rouge à lèvres discret ? Réservée, Aartee Runglollsing ne souhaite pas dire son âge. Ni parler de sa famille. À peine si elle confie qu’elle est originaire de Rivière-du-Rempart. Qu’elle a fréquenté le Ramsoondur Prayag SSS.

Nous saurons qu’elle a travaillé six ans au Hilton, à Flic-en-Flac, puis trois ans au Suffren, à Port-Louis, gravissant les échelons de serveuse à chef de rang. Son premier job, c’était caissière dans un magasin. Suivi d’une parenthèse dans une école maternelle.

«Du début à la fin de la journée, vous devez vous assurer que tout se passe bien.»

Son emploi de majordome, Aartee Runglollsing le décrit comme une «grande responsabilité. Vous devez tout maîtriser sur le bout des doigts. Du début à la fin de la journée, vous devez vous assurer que tout se passe bien».

Sa journée commence par une conversation avec l’ambassadeur. Elle arrive à la résidence, à Floréal, à 7 h 45. Ce qui lui laisse un quart d’heure avant de commencer son service à 8 heures, à temps pour le petit-déjeuner de l’ambassadeur. «Si la veille, l’ambassadeur a reçu des invités, je lui demande si tout s’est bien passé, si les invités étaient contents, s’il y a des changements qu’il souhaite apporter pour la prochaine fois.» Sa mission, elle la prend vraiment à coeur. «C’est l’honneur de l’ambassadeur qu’on représente.»

Occuper ce poste requiert-il une initiation à la culture japonaise ? Non, répond le majordome. «Je suis arrivée là tout d’un coup.» Grâce à son travail. Alors qu’elle est en poste au Suffren, «j’ai assuré le service auprès de représentants japonais pendant troisquatre mois». Ce qui a tapé dans l’oeil d’un responsable de l’ambassade, qui lui a proposé le job. «Cela a été une grosse surprise. J’ai demandé un peu de temps pour réfléchir. J’avais déjà reçu d’autres propositions, mais j’avais toujours refusé.»

Ce qui l’a motivée ? Le challenge. Être la patronne qui gère une domestique, un cuisinier, deux jardiniers d’origine bangladeshi. «À l’hôtel, il y a des managers à divers échelons qui vous guident. À l’ambassade, vous êtes la responsable.»

Quant au chef – japonais –, c’est une diva autonome, avec qui elle «communique». Jusqu’à l’heure, le plus grand nombre d’invités reçus à la résidence, c’est 50. «Le challenge sera d’en recevoir plus de 100 invités.» Gérer les courses ne fait pas partie de ses attributions. Par contre, sa priorité, c’est l’entretien et les réceptions.

Les horaires irréguliers, elle en connaît. Mais Aartee Runglollsing raconte qu’elle a toujours fait passer son «rêve», son «désir d’arriver» et de surmonter des difficultés financières avant tout le reste. «Mo’nn bizin donn tou mo lapenn, tou séki mo kapav.»

Dans un sourire, le majordome raconte son entretien d’embauche au Hilton. «J’étais nulle. Mais j’ai demandé à la personne qui m’interviewait de me laisser une chance. C’est ce qui s’est passé.» La timide Aartee Runglollsing s’épanouit quand elle raconte comment elle a décroché le titre de meilleure employée de l’année, dans les deux hôtels où elle est passée. Un titre qui ne dépend pas que de l’appréciation de ses supérieurs hiérarchiques mais aussi des commentaires postés sur Trip Advisor. Le titre de «best comment» figure aussi parmi ses récompenses. «Un commentaire positif est un plus pour l’employé, parce qu’il est vu par tous les managers.»

Le commentaire qui l’a le plus touchée ? Celui d’un touriste qui a écrit qu’avant de revenir à l’hôtel, il allait se renseigner pour savoir si Aartee Runglollsing y travaille toujours. «C’est là que vous sentez que vraiment votre travail a de la valeur.» Sera-t-elle la meilleure employée de la résidence ? «Isi péna challenge», sourit-elle.

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