Journée mondiale: Eriyanna, 16 ans, travaille pour se forger un avenir meilleur

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Eriyanna, 16 ans, serveuse dans un café, en est la preuve.

Eriyanna, 16 ans, serveuse dans un café, en est la preuve.

«La Child Development Unit m’a placée ici depuis peu. Je ne vis plus avec ma famille désormais. Dans ce foyer, j’essaie de tout recommencer», confie Eriyanna, 16 ans. Moulée dans un gilet noir, l’adolescente est affalée dans une chaise au Havre d’Avenir. Ce foyer l’accueille depuis le 12 avril.

Pourtant loin des siens, et notamment d’une famille de six filles, dont elle est la benjamine, elle ne pipe mot sur cette séparation. «Je ne sais pas pourquoi la Child Development Unit m’a emmenée ici», martèle-t-elle. Cet abri, opérationnel depuis 2017, recueille les jeunes filles placées initialement au Rehabilitation Youth Centre (RYC), sous l’égide de l’association Le Croissant Bleu. Eriyanna a interrompu ses études après les classes prévocationnelles.

Au sein de l’établissement, celle-ci est encadrée par une éducatrice et d’autres membres du personnel. Depuis quelque temps, sa vie s’est réorientée. «J’ai démarré une formation en house keeping à l’École hôtelière. En même temps, je fais un stage dans un hôtel», confie-t-elle. Il y a deux semaines, Eriyanna a emprunté un nouveau chemin : le monde du travail. Ainsi, l’adolescente a pris de l’emploi dans un café à Quatre-Bornes. «Je ne touche pas de salaire mais plutôt une allocation de Rs 2 000 par mois. Cela dit, je me familiarise à l’environnement et j’acquiers de l’expérience», explique-t-elle.

Son premier jour de travail l’a d’ailleurs marquée. En effet, une mésaventure est survenue. Alors qu’Ayesha Joomun, directrice du Croissant Bleu, venait de la déposer dans la région vers 8 heures, Eriyanna se rend compte qu’elle s’est trompée d’adresse. Elle repart sur Rose-Hill et y rencontre, par hasard, une employée de l’abri qui contacte à nouveau la directrice. Cette dernière la récupère pour la déposer de nouveau au bon endroit.

«Au final, je suis arrivée vers 10 heures», raconte-t-elle. Néanmoins, la jeune fille a mis du coeur à l’ouvrage. Elle s’applique ainsi à la confection de gâteaux multiples comme des génoises, des viennoiseries, des napolitaines ainsi que du alouda.

Travaillant tous les jours jusqu’à 13 heures, excepté le dimanche, l’adolescente savoure cette expérience de travail. «J’ai déjà ouvert un compte bancaire. L’allocation, même si elle n’est pas très élevée, m’aidera par la suite», soutient-elle.

Graduellement, son avenir commence à se dessiner. «Je prends goût à ce que je fais. Je suis bien traitée. C’est une bonne expérience que je vis désormais», pense-t-elle. S’attelant à sa formation en sus de son travail, Eriyanna rêve maintenant d’une carrière dans l’hôtellerie. Quant à sa famille, elle la laisse de côté. Les parents doivent ainsi faire une demande auprès de la Child Development Unit pour pouvoir lui rendre visite. Une mesure qui ne la préoccupe guère. La jeune fille se tourne vers son futur qu’elle entend bien façonner à travers son propre labeur.


Ce que dit la Loi

Selon la section 7 de la «Labour Act (1975)», il est interdit d’employer un enfant âgé de moins de 15 ans. Aucun accord entre l’employeur et l’enfant n’est accepté d’après cette loi. De plus, celle-ci stipule que personne ne peut employer un jeune (âgé de moins de 18 ans) pour un travail nocif à sa santé, de nature dangereuse ou inappropriée.


30% des enfants déscolarisés en situation d’emploi

Reshad Lotun, manager du Havre d’avenir.

«Fort de mes 42 ans d’expérience dans l’enseignement, j’ai vu beaucoup de choses. Dès l’âge de 14-15 ans, les enfants mettent un terme à leur scolarité et vont chercher du travail. Environ 30 % des enfants de cette tranche d’âge sont en situation d’emploi», confie Reshad Lotun (photo), Manager du Havre d’avenir. Selon lui, cette situation résulte d’un manque de suivi scolaire et de l’irresponsabilité parentale. Se greffe à ces facteurs, l’échec scolaire couplé à un urgent besoin d’argent. «Les jeunes veulent avoir de l’argent rapidement et facilement, surtout pour satisfaire leurs demandes technologiques», constate-t-il.

Quels métiers exercent les enfants ? Selon notre interlocuteur, ces petits travaillent dans les magasins ou deviennent des marchands ambulants. Malheureusement, ils sont souvent exploités, étant sous-payés. Le constat est partagé par Ayesha Joomun, directrice de l’organisation Le Croissant Bleu. Celleci soutient, d’ailleurs, que la plupart de ces enfants se tournent vers des petits boulots, venant de milieux défavorisés. «Certains deviennent orphelins après au décès de leurs parents, qui étaient toxicomanes. Ils peuvent être confiés à un grand-parent mais ce dernier peine lui-même à joindre les deux bouts. Ils tombent alors dans un cercle vicieux et n’ont aucun repère», affirme-t-elle. Le travail s’impose alors comme une porte de sortie.

Toutefois, notre interlocutrice constate que les filles seraient plus vulnérables dans ces situations. «Elles cherchent l’affection et dès que quelqu’un leur en donne, elles se risquent à des fléaux comme la drogue et la prostitution», ajoute-t-elle.

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