Quand l'école se transforme en ring et les parents en boxeurs

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Souvent, ce sont des bagarres entre élèves qui amènent les parents à demander des comptes à l’administration scolaire, parfois de manière musclée.

Souvent, ce sont des bagarres entre élèves qui amènent les parents à demander des comptes à l’administration scolaire, parfois de manière musclée.

Des parents qui débarquent dans les écoles primaires et agressent élèves et enseignants : la violence scolaire prend de nouvelles formes. Pourquoi cette colère ? Quelles sont les solutions ?

«J’ai été agressé et sérieusement blessé à la mâchoire par le père d’un élève. En réalité, j’ai appris qu’il était bouncer de profession. On demande davantage de sécurité mais en vain», confie un maître d’école. La soixantaine, il a fini à l’hôpital puis a demandé sa mutation. Entre-temps, aucune action n’a suivi, affirme-t-il.

Dans un établissement de l’Ouest, la sécurité des enseignants est également mise à rude épreuve, selon un maître d’école: «Depuis février, une poignée de parents sèment la terreur à l’école. Deux enseignants ont subi des violences de leur part. Suite à cela, on a reçu des demandes de transfert massif. Le climat d’insécurité persiste.» D’ailleurs, une circulaire in- terdisant l’accès tous azimuts est appliquée dans une école portlouisienne depuis hier.

Le tableau est tout aussi noir dans une troisième institution, explique la responsable. «Fort de la violence de la mère d’un écolier, nous en sommes à la troisième enseignante pour la classe. La première, agressée, a été mutée. La deuxième a si peur qu’elle refuse de travailler dans cette classe. Même la dernière en date est effrayée», confie-t-elle.

Outre l’enseignante, une femme «caretaker» a été agressée verbalement et physiquement. «Elle voulait juste ramener cette maman à la raison car elle débitait toutes sortes d’insultes. Quelques secondes plus tard, elle a reçu plusieurs gifles de la mère de famille», ajoute notre interlocutrice. Face à la situation, la maîtresse d’école a alerté les autorités qui déploieront très bientôt un agent de sécurité au sein de l’établissement.

Bien que les responsables d’école déplorent l’insécurité dont ils sont victimes, le ministère de l’Éducation ne dispose d’aucun chiffre compilé dans ce sens. Cependant, cette autorité confirme bien des cas rapportés.

Quelle est la cause de cette violence ? «Aucune étude n’a été faite. Cependant, cela découle souvent des incompréhensions ou de parents trop protecteurs ou qui ont tendance à être agressifs», indique-t-on au ministère.

Absence de compromis

Selon Gilberte Chung, directrice du Service diocésain de l’éducation catholique (SEDEC), ces «situations isolées qui arrivent de temps en temps» opposent généralement des enfants entre eux, des parents et enfants ou parents et enseignants. «Bien souvent, c’est pour exprimer leur insatisfaction. Soit c’est à cause des bagarres entre enfants ou des résultats scolaires qui sont moins bons. Là, ils vont cibler l’enseignant», répond notre interlocutrice.

Pour sa part, Vinod Seegum, président de la Government Teachers Union (GTU), décèle une absence de compromis entre parents et enseignants: «Il y a eu une évolution. Dès qu’il y a un contentieux, on s’en prend aux profs et aux maîtres d’école. Les parents sont plus exigeants. Il y a eu des cas où un parent a frappé un élève.» Dans ces situations, les parents s’en prennent aux écoliers qui auraient une relation conflictuelle avec leurs enfants. Pourtant, une circulaire a été émise par le ministère, interdisant l’accès à l’école à tout bout de champ.

Selon les responsables d’écoles, parfois, des plantons sont postés à l’entrée et tâchent d’exercer un contrôle. Hélas, souvent ces derniers sont impuissants, d’autant que cette tâche est généralement exclue de leurs attributions.

«Nous avons proposé qu’il y ait un vigile. C’est effectif dans 26 écoles primaires», souligne Vinod Seegum. Selon lui, les écoles deviennent comme des bazars, où les parents font irruption sous prétexte de venir personnellement nourrir leurs enfants, leur donner des médicaments, porter leur sac ou régler des conflits avec le personnel.

Souvent, ajoute le président de la GTU, les parents se déplacent avec des gros bras. Shareef Chady, président de l’Association des maîtres d’écoles, associe ce comportement à de l’ingérence politique: «Certains parents sont des grandes gueules. Ils menacent les professeurs de les faire transférer ou font des victimes parmi les enfants.»

Malgré ces violences, les maîtres d’école peinent à faire les dénonciations. Le fonctionnement de la Parent Teachers’ Association (PTA) est également décrié par le syndicaliste. «Comme le président de cette instance est un parent, il peut se croire tout permis et faire ce qu’il veut à l’école. Déjà, la PTA ne fonctionne pas de la même manière dans toutes les écoles. Il faut revoir les règlements et dispenser des formations aux membres», affirme-t-il.

Pour sa part, Gilberte Chung appelle au respect du protocole existant. «Le parent doit parler au maître d’école. Il ne peut entrer dans la classe de l’enseignant et faire ainsi acte de violence. Il faut communiquer pour trouver une solution», ajoute-t-elle.

Face aux agressions, certains administrateurs d’écoles ont exigé des caméras de surveillance. Serait-ce une piste efficace ? Les avis sont partagés.

Pour une maîtresse d’école, qui dispose déjà d’un tel système, les enregistrements constituent des pièces justificatives lors d’agressions: «Une mère a frappé une employée de l’école. Après, elle a prétendu que cette dernière l’avait agressée en premier. On a demandé aux policiers de vérifier sur les vidéos.»

De son côté, la directrice du SEDEC mise plutôt sur la présence physique d’un vigile. «Au primaire, je ne pense pas qu’une caméra résoudra le problème. Par contre, on a toujours demandé un agent mais en vain. Pour l’heure, seuls les plantons veillent sur l’accès selon une base rotative», souligne-t-elle.

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