Projet Safe City: 4 000 smart caméras pour nous surveiller

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Port-Louis ne sera pas la seule ville équipée de nouvelles caméras : 2 000 lieux spécifiques sont ciblés.

Port-Louis ne sera pas la seule ville équipée de nouvelles caméras : 2 000 lieux spécifiques sont ciblés. 

Mauritius Telecom devrait empocher jusqu’à Rs 19 Mds pour nous surveiller d’ici 20 ans. Ce projet, comportant 4 000 smart caméras, reste un mystère. Le Parlement étant suspendu, ce n’est qu’à la prochaine séance que l’on peut espérer avoir des réponses. En attendant, voici les questions… 

Rs 416 millions pour débuter un projet dont le but est de surveiller vos faits et gestes. Et, d’ici 20 ans, une somme astronomique sera versée à Mauritius Telecom (MT), dépendant de la valeur du dollar sur le marché. Le projet Safe City du gouvernement suscite des interrogations.  

D’une part, il y va de la vie privée des individus. D’autre part, le montage financier effectué pour réaliser ce projet, présenté dans le Budget 2016-2017, fait sourciller. Il subsiste beaucoup de mystère autour de ce projet. Au Parlement, les élus de l’opposition peinent à obtenir des réponses. Le député du Parti travailliste Osman Mahomed reviendra à la charge lors de la prochaine séance pour tenter d’avoir une explication.  

La police a offert cette année le contrat de surveillance vidéo à MT. La compagnie a, par la suite, signé un accord avec la société chinoise Huawei pour la conception du projet Safe City. D’abord, il y a l’emprunt de 13 millions de dollars (Rs 416 millions, au taux donné au Parlement, qui a augmenté depuis, à hier le montant en roupies était d’environ Rs 446 millions) que la compagnie de téléphonie mauricienne a contracté auprès de l’Export Import (EXIM) Bank of China.  

Le gouvernement mauricien s’est porté garant auprès de cette banque. «Comment se fait-il que le gouvernement garantisse un emprunt d’une compagnie privée ? Au Parlement, les membres de la majorité refusent systématiquement de répondre aux questions sur MT, se cachant derrière l’argument que c’est une société privée. Il nous faut des explications», déclare Osman Mohamed, qui s’intéresse au dossier. 

État garant  

De plus, selon le contrat entre la police et MT, le projet Safe City sera réalisé selon un système de lease (location). Il faudra payer à la compagnie téléphonique la somme de 13 millions de dollars pour lancer le projet. À partir de la première année jusqu’à la septième année de son opération, la compagnie empochera 18,9 millions de dollars (Rs 650 millions au taux du jour) par an. Tandis qu’à partir de la huitième année jusqu’à la vingtième, l’État aura à décaisser 23,9 millions de dollars (Rs 820 millions) par année. Selon le calcul, le gouvernement dépensera de Rs 15 milliards à Rs 19 milliards pour ce projet, dépendant de la valeur du dollar. «C’est pratiquement le coût du projet Metro Express !» s’exclame Osman Mahomed. 

Par ailleurs, l’aspect technique de ce projet, avec l’installation de 4 000 smart cameras dans 2 000 lieux spécifiques, est gardé jalousement secret par le gouvernement et la police. Au cours des deux dernières semaines, l’express a tenté d’avoir des informations, en vain. Les fonctionnaires se renvoient la balle.  

Au bureau du ministre mentor, responsable de la police, on nous a référés au Senior Chief Executive du Prime Minister’s Office. De là, une préposée nous a conseillé de nous adresser à Krishna Jhugroo, le Deputy Commissionner Police, le n° 2 de la police, responsable du dossier. Notre mail datant du 28 mai est resté sans réponse.

Atteinte à la liberté  

L’opposition est également restée sur sa faim. «Pour des raisons de sécurité, on m’a déconseillé de divulguer des informations sur les équipements qui seront utilisés», a répondu sir Anerood Jugnauth à Kavi Ramano au Parlement, le mardi 15 mai.  

«J’aimerais connaître dans quelle circonstance la police a octroyé un si gros contrat à MT. Il nous faut des réponses. De plus, ces caméras vont-elles surveiller les adversaires politiques ? La population mérite de savoir», ajoute Kavi Ramano, député indépendant.  

Dans son discours budgétaire 2016-2017, Pravind Jugnauth a précisé que ce seront des smarts cameras. Or, comme Huawei est le partenaire de MT pour ce projet, la compagnie chinoise a une vaste gamme de caméras intelligentes qui fonctionnent avec des ordinateurs. Elles pourraient également signaler à la police des mouvements de suspects ayant un casier en les identifiant. Ils pourront également analyser des fichiers. Cependant, il y a une crainte qu’elles servent à d’autres usages.  

Ish Sookun, Linux System Administrator au sein de LSL Digital, affirme que ce projet pourra attenter à la vie privée des individus. Depuis trois ans, dit-il, la police travaille sur un projet pour acheter des smart cameras à reconnaissance faciale et qui pourront identifier les plaques minéralogiques. «Il suffit qu’une personne passe devant ces caméras avec sa voiture pour que la police sache où elle est. De même, si les données d’une personne sont dans un fichier de la police avec une photo d’elle, ces caméras pourront l’identifier. C’est une violation de la loi.»  

C’est un aspect qui inquiète le député Osman Mohamed. «Nous savons très bien que l’utilisation des empreintes pour la carte d’identité avait soulevé un tollé. Je crains qu’avec ces caméras, il se passe la même chose. Il est souhaitable que le gouvernement réponde aux questions.» Mais entre compagnie privée et sécurité, ce n’est pas gagné. 

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