Sangeet Fowdar: «Une tenace odeur d’argent sale autour de Sobrinho depuis le début»

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Sangeet Fowdar, député du Muvman Liberater.

Sangeet Fowdar, député du Muvman Liberater.

On vous connaît pour votre franc-parler. Pourquoi ce long silence médiatique?

Parce que les choses vont mieux. Quand ça ne va pas, je le dis, c’est dans mon tempérament. Aujourd’hui, il y a du mieux, je ne vois pas de raison de tomber sur le gouvernement. Le Premier ministre est à l’écoute, ça n’a pas toujours été le cas. Ce Monsieur fait beaucoup d’efforts et progresse vite, reconnaissons-lui cela.

C’est quoi ce ton de maître d’école?

Je suis un backbencher, donc un observateur. Mon rôle, contrairement à d’autres, n’est pas de dire «oui» à tout. Si j’ai une bouche, c’est pour m’en servir. Pravind Jugnauth a changé d’approche. Désormais, il est concentré sur son travail.

Parce qu’avant c’était un «élève» dissipé?

Il est parti sur de mauvaises bases, car il était mal entouré. Ce n’était pas de son fait, il a hérité de l’entourage du père. Il a fini par se débarrasser de quelques-uns qui minaient le pays, il a fait confiance à de nouvelles têtes. Des conseillers comme Ken Arian et Raj Meetarbhan ont une vraie compétence.

Nommer Shamila Sonah-Ori, était-ce une bonne idée?

La bonne idée, c’était de renoncer à cette nomination. Elle aurait été une cible permanente, travailler dans ses conditions n’était pas tenable. Et puis, dans la tête des gens, il y aurait toujours eu un doute sur sa probité.

Dans la vôtre aussi?

Non. Il faut bien comprendre une chose : placer ses proches à des postes importants n’est pas une lubie de Pravind Jugnauth ; tous les Premiers ministres le font, partout, pas seulement à Maurice. C’est une question de confiance mais cela donne aussi un très mauvais signal, un signal de favoritisme. Donc, elle a pris la bonne décision, son retrait a éteint la polémique.

Ceci dit, autant je dénonce les nominations douteuses, lorsque la personne n’est pas qualifiée pour le poste, autant le fait d’être le cousin ou la nièce d’un politique ne devrait pas vous disqualifier d’office pour travailler dans l’administration publique.

En privé, le Premier ministre a réuni l’ensemble des députés pour écouter leurs attentes quant au Budget. Quelles ont été les vôtres?    

D’abord, j’aimerais dire que cette démarche est louable. C’est la seconde fois que Pravind appelle tout le monde pour une interaction, il en est sorti de bonnes idées. Il n’y a pas si longtemps, sur le Budget, il y avait une chape de plomb. Il ne fallait pas en parler, tout était secret.

Ce n’est plus le cas?

Plus vraiment. Le Premier ministre, qui gère aussi le portefeuille des Finances, fera tout pour soulager les ménages. Je crois savoir qu’il mettra l’accent sur le pouvoir d’achat, même si la marge de manœuvre n’est pas immense.

Vous croyez savoir ou vous savez?

C’est un feeling. La hausse des produits pétroliers a fait dégâts, le Premier ministre en a conscience.

C’est pourtant ce gouvernement qui a fait exploser les taxes (+ 50 % en 3 ans) sur les carburants.

Justement, des mesures fiscales seront annoncées pour relâcher la pression. Et puis, ce ne sont pas les taxes qui posent le plus de problème, mais l’usage qui en est fait. Et là aussi, ça pourrait bouger.

Vos propositions allaient-elles en ce sens?

J’ai proposé diverses choses… J’aimerais surtout que ce gouvernement s’engage à revoir le système de recrutement dans la fonction publique et que le Budget en fasse provision. Plus de transparence est indispensable.

«L’eau plus chère, c’est loin d’être fait. Ce n’est pas le moment. Je serais surpris que le Conseil des ministres approuve.»

En parlant de transparence, votre leader, le ministre de l’Énergie, s’était engagé à faire connaître les nouveaux tarifs de l’eau d’ici fin mai. Il ne l’a pas fait, pourquoi?

La hausse n’est pas actée, c’est le Cabinet qui aura le dernier mot. L’eau plus chère, c’est loin d’être fait. Personnellement, je suis contre, pas après la hausse des produits pétroliers, ce n’est pas le moment. Je ne suis pas le seul à le penser, c’est un sentiment partagé par plusieurs collègues députés et ministres. Je serais surpris que le Conseil des ministres approuve. Ce serait d’autant plus déplacé que la CWA réalise de juteux profits.

Elle doit être sympa l’ambiance au Muvman Liberater en ce moment…

Détrompez-vous, Ivan et moi avons des relations civilisées, ce n’est pas la guerre. J’ai mon travail de député à faire et lui celui de ministre.

«J’ai appris que certains des comptes mauriciens de Sobrinho sont toujours actifs. Il est peut-être temps que le ministre Sesungkur s’en préoccupe…»

Cela veut dire quoi? 

Qu’il a ses contraintes et moi les miennes. Être député, c’est être du côté du peuple. 

Et lui, de quel côté est-il?

Il faut lui demander.

A t-il été du côté d’Álvaro Sobrinho?

C’est à lui de le dire. Il y a une enquête, on saura qui a fait quoi. Pour Ivan, Sobrinho était clean… mais il est avocat, pas expert financier. Moi, c’est mon métier, j’ai dirigé une Management Company, je connais les règlements et je vois les choses autrement. Depuis le début, il y avait autour de Sobrinho une tenace odeur d’argent sale. Le pire, c’est que j’ai appris que certains de ses comptes mauriciens sont toujours actifs. Il est peut-être temps que le ministre Sesungkur s’en préoccupe…

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