Cannes à sucre: les coupeurs à tout bout de champ

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Les ouvriers à Alteo ont commencé le travail le vendredi 1er juin avec enthousiasme. © KIRANCHNAD SOOKRAH

Les ouvriers à Alteo ont commencé le travail le vendredi 1er juin avec enthousiasme. © KIRANCHNAD SOOKRAH

«Kot éna travay nou paré. Mem si dimans pa pou sanz nanyé. Nou kontan nou métié», lance Dharmarajen Chellye, 59 ans, habitant d’Argy. Dans le champ du groupe Alteo, bordé par la route à Queen-Victoria, il s’arme de sa machette pour faire tomber les brins de canne. Debout depuis 4 heures du matin, l’homme vêtu de gants orange et de bottes noires s’est rendu aux champs à 6 heures.

Mais pas question de démarrer immédiatement. Le quinquagénaire ainsi que la vingtaine de coupeurs réunis en ce vendredi 1er juin ont d’abord un petit rituel : des prières. «Nous demandons à Dieu de nous permettre de bien travailler et d’avoir une bonne récolte malgré le mauvais temps. Aujourd’hui, le temps est parfait pour le premier jour de la coupe», déclare Hurrykissoon Rambajun, 66 ans, qui habite à Bramstan. Ce petit rituel est d’ailleurs une tradition des coupeurs et du groupe sucrier, qui avait organisé une cérémonie interreligieuse mercredi.

 
 

Tout un mécanisme se met en place pour la récolte. Ainsi, dans les champs comme dans les bureaux, on s’active. «Nous allons procéder à la coupe à Ferney, Beau-Champ, Queen-Victoria, Bel-Étang, Mon-Loisir et Belle-Vue. Et dès le premier jour, on s’assure de la sécurité et de l’éclairage pour que la récolte se fasse au mieux», affirme Eric Rousset, Area Manager d’Alteo, à Queen-Victoria. Le quota du jour à respecter : 400 tonnes de cannes à sucre. Ainsi, arrivé à aujourd’hui, ce montant passera à 800 et sera transporté à l’usine pour fignoler la production, qui démarrera vraiment lundi. Selon notre interlocuteur, un ouvrier en coupe environ 3,5 tonnes.

À Queen-Victoria, 18 coupeurs sont réunis. Et pour les autres régions, 115 personnes sont mobilisées. Si, dans ces champs, l’enthousiasme règne, la main-d’oeuvre fait défaut sur le plan général, indiquent nos interlocuteurs. «Je suis coupeur de cannes depuis mes 14 ans. Mon père et mon grand-père exerçaient ce métier. Mes fils sont dans l’hôtellerie ou travaillent sur des bateaux. Ils n’intégreront jamais les champs», confie Hurrykissoon Rambajun.

Idem pour Dharmarajen Chellye, qui ne distingue aucune relève. «Après nous, qui viendra travailler ici ? Moi, j’ai commencé ce métier après avoir complété l’école primaire. À l’époque, je gagnais Rs 2,60 par jour. Aujourd’hui, je continue à le faire notamment à Queen-Victoria, Caroline et Camp-de-Masque pour Rs 500 environ par jour.»

Eric Rousset fait le même constat. Il estime que le personnel constitue un gros enjeu : «Les coupeurs sont âgés et issus de l’ancienne génération. Désormais, certains contracteurs, qui les recrutent, ont recours aux travailleurs étrangers». De ce fait,une réorganisation a eu lieu pour identifier toute opération potentiellement mécanisable. D’autant que les pluies saisonnières depuis le début de 2018 n’ont pas arrangé la situation. Excès d’eau, manque de soleil et croissance insuffisante de la canne dans certaines zones, soutient notre interlocuteur. Heureusement, dans les basses zones comme Caroline, le rendement sera meilleur, ajoute-t-il.

Mais cela ne découragera pas pour autant les coupeurs, habitués à toutes intempéries et conditions. «Nou pa pou less tonbé. Tan ki éna kouraz, dan lapli ou soley nou pou koup nou kann. Apré masinn pou vinn ramasé pou al dan moulin», ajoute Hurrykissoon Rambajun. Reprenant ses opérations, il poursuit avec sa première journée avec assiduité. Les timides rayons de soleil réchauffent l’ambiance égayée par quelques chants des ouvriers. La récolte durera 170 jours et s’échelonnera vers la mi-décembre pour Alteo. Quant à Terra, la coupe débute aujourd’hui.

Ces petits rituels qui perdurent

Si l’industrie de la canne connaît ses déboires, une tradition ne rompt pas : celle des prières pour démarrer la récolte. Dans le garage d’Alteo à Union-Flacq, plus d’une centaine d’employés sont réunis mercredi, à 8 h 30. Prêtres catholique, musulman et tamoul officient au préalable. «Apportez le courage à ces familles et protégez-les afin qu’elles puissent faire face à la tâche qui les attend», dit le prêtre.

Un chant tamoul s’ensuit avec un représentant. Des prières sont aussi dites par ce dernier ainsi que par un imam. Très participatifs, les employés chantent et énoncent les intentions de prière. «C’est un moment important où nous voulons nous réunir dans la foi pour réussir la récolte. Et comme à Maurice, nous disposons de plusieurs religions, nous voulions les rassembler en même temps», souligne Sébastien Lavoipierre, responsable des opérations industrielles d’Alteo. La cérémonie s’est achevée vers 9 h 30, avec des bénédictions de l’assistance.

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