Elles ont du métier... Fazila Ramdoo: savates bien pour elle

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Fazila Ramdoo, 62 ans.

Fazila Ramdoo, 62 ans.

Il est neuf heures à peine, ça sent la veille de week-end. Dans la capitale des marchands ambulants, on colporte les ragots du jour, on se chamaille, les rues sont bondées, animées, gaies. D’aucuns hâtent le pas pour aller au travail, d’autres sont déjà en poste. Comme Fazila Ramdoo, 62 ans, et son visage avenant.

Depuis octobre 2017, elle vend des savates et quelques chaussures. Pour compenser le manque à gagner du côté de son compte en banque. Avant, c’est grâce à son travail «dan lotel dité» qu’elle gagnait son pain. Mais à cause de l’infortune, Providence a dû fermer ses portes. «Mo’nn fer 10 an laba. Ti bien bon, mo ti pé gagn Rs 5 000 par sémenn. Par sémenn mo dir ou ! Pa’nn régagné ankor travay koumsa. Lerla mo’nn désid pou fer ti biznes pou momem.»

Fazila s’approvisionne auprès d’un grossiste. Ses savates coûtent entre Rs 100 et Rs 150. Dans ses bagages, quelques sacs aussi, qu’elle vend à Rs 50. Tous dorment sur le trottoir, «allongés» sur un drap noir. Ils auront droit à un réveil brutal bientôt. «Bann misié-la pou pous nou apré 9 er. Lerla tanto 5 er mo révini, kan dimounn sorti travay.»

La sexagénaire démarre sa journée tôt. Elle embarque ses savates dans un taxi, arrive à Port-Louis à 5 h 30 du matin. Pour faire le pied de grue, guettant les clients qui vont bosser. «Mo éna dé-trwa kliyan fidel. Kan mo pa la, zot rod mwa.» Qu’en est-il de son chiffre d’affaires ? Ce n’est pas vraiment le pied, mais «kapav débrouyé».

Pendant la journée, quand elle n’est pas en train de mettre du coeur à l’ouvrage, elle rentre à la maison, pour faire un peu de ménage. Quand elle ne vend pas ses savates, elle aime bien faire dodo. Ses loisirs ? Elle n’en a pas vraiment, si ce n’est passer du temps avec ses trois fils, âgés entre 25 et 35 ans. «Bolom népli la. Bann zanfan sakenn viv so koté, mo res tousel.»

Ses rêves, Fazila les a réalisés. Elle est de ceux qui pensent qu’il en faut peu pour être heureux. Mais il y en a un qu’elle souhaite accomplir avant son ultime voyage, elle qui n’a jamais pris l’avion. «Mo gard lespwar mo pou kapav al fer hadj enn zour. Sa ti pou fer mo léker kontan.»

Pour cela, elle continue à travailler d’arrache-pied.

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