Véronique Espitalier-Noël: inscrire dans le concret la coopération entre les cinq îles

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Véronique Espitalier-Noël, chargée de mission à la COI.

Véronique Espitalier-Noël, chargée de mission à la COI.

Le Forum régional des énergies renouvelables, organisé au cours de la semaine écoulée par la Commission de l’océan Indien, a débouché sur la constitution d’une association de régulateurs. Un acte concret réussi pour Véronique Espitalier-Noël, la chargée de mission, qui, de par sa double origine, veut éveiller la conscience indiaocéanique.

Une femme discrète mais non moins active et efficace. C’est tout Véronique Espitalier- Noël, chargée de mission du domaine d’intervention no5 à la Commission de l’océan Indien (COI), soit de l’identité indiaocéanique, de la valorisation des ressources humaines et naturelles, pôle sous lequel tombe entre autres celui des Énergies. Cela fait cinq ans qu’elle occupe ce poste et y a organisé maintes activités, dont culturelles avec le lancement d’un hymne indiaocéanique, ou encore la parution de livres sur les 1 000 visages de l’Indiaocéanie et sur les Patrimoines partagés.

La semaine dernière, elle a piloté l’organisation du Forum des énergies renouvelables qui a attiré plus de 250 professionnels du secteur et des bailleurs de fonds, une soixantaine d’intervenants et une centaine d’exposants. Un événement qui a été un succès car il a débouché sur la constitution d’une association de régulateurs des États membres de la COI. Or, à part deux ou trois allocutions à ces occasions, Véronique Espitalier-Noël a toujours fait profil bas. «Je n’aime pas me mettre en avant», confie-t-elle. Elle s’est laissé convaincre de parler d’elle par des proches qui ont estimé que le public avait le droit de mettre un visage sur son nom.

Si la coopération régionale est si importante pour elle, c’est parce qu’elle a une double origine, soit réunionnaise par sa mère et mauricienne par son père. Ses parents se sont rencontrés à Londres à la fin des années 50, alors que sa mère étudiait le droit à Paris et son père l’expertise comptable à Londres. De ce coup de foudre a résulté un mariage suivi d’une installation à La Réunion et la mise au monde de trois enfants, dont Véronique Espitalier-Noël, la cadette. Scolarisée à La Réunion, elle obtient son baccalauréat à 16 ans. Elle aime les chiffres comme son père mais est aussi avide de tout connaître sur le monde qui l’entoure. Si bien qu’elle fait des études de sciences économiques, avant de bifurquer vers le droit et les sciences politiques auprès de l’université de La Réunion et d’Aix-Marseille, puis vers les hautes études commerciales.

Avant d’avoir terminé les études, le travail vient à elle. Elle est recrutée par un bureau d’études économiques pour effectuer des analyses et par un bureau de recherches pour l’université d’Aix. Ce qui lui permet de se familiariser à l’économie de La Réunion, entre autres. Ses études complétées, elle passe le concours pour entrer au conseil général. Elle est recrutée et affectée au cabinet du président du conseil. Elle traite de nombreux dossiers, y compris d’habitat. «Nous aidions beaucoup les familles qui avaient des problèmes de logement. Très souvent, les gens venaient nous voir pour nous demander conseil. Ce n’était pas nos attributions, mais on le faisait.»

Au bout de cinq ans, Véronique Espitalier-Noël décide de se lancer dans un autre domaine, soit l’immobilier. Elle intègre une société et y agit en tant que directrice de production avant d’être nommée directrice générale. En sus de veiller au bon déroulement de l’administration de la société et d’introduire la certification ISO 9001, elle n’hésite pas à aller sur les chantiers pour «les toucher du doigt», quitte à avoir «un peu les pieds dans la boue. J’aime l’opérationnel».

Cette femme svelte et sportive suit les projets immobiliers et apprécie le contact avec l’habitant. «J’ai fait 100 000 choses dans cette société. Mais le plus gratifiant était de travailler dans un quartier avec les familles qui étaient souvent démunies et d’arriver à le transformer.» Après deux décennies à vivre à cent à l’heure professionnellement et à élever simultanément trois enfants aujourd’hui adultes, elle s’accorde une pause d’un an. «C’est la première fois que je prenais vraiment du temps pour moi (…) Et j’ai trouvé ça fantastique.» C’est par hasard qu’elle tombe sur un appel à candidatures de la Région Réunion qui cherche un chargé de mission pour la COI pour le domaine d’intervention n°5. Et comme la coopération régionale l’a toujours intéressée, elle postule et est recrutée.

Hormis le fait d’être loin de ses enfants – ses deux filles vivent à Paris et son fils à La Réunion – elle est heureuse de vivre à Maurice qu’elle connaît fort bien car elle y venait annuellement en vacances. Et puis, ses attributions à la COI sont vastes et elle n’a pas le temps de s’ennuyer. Elles vont des énergies renouvelables à la culture, du tourisme à la recherche, la formation et l’éducation aux médias.

L’une des activités à laquelle Véronique Espitalier-Noël est la plus attachée est le résultat de l’appel à projets COI Énergies, financé par l’Union européenne. Cela a permis la mise en chantier de 16 projets de production d’électricité à base d’énergies renouvelables, dont neuf sont à Madagascar. Parmi ces derniers, il y a le déplacement des femmes malgaches en Inde à des fins de formation pour qu’elles deviennent des techniciennes solaires. «Ce faisant, nous sommes dans le concret et remplissons vraiment notre mission».

Elle chapeaute également le programme régional d’efficacité énergétique pour emmener les entreprises des cinq îles à accélérer leurs démarches d’efficience énergétique. Un programme régional inspiré du programme national d’efficacité énergétique mauricien cogéré par Business Mauritius et le ministère mauricien de l’Énergie et des services publics. «On l’a transformé en programme régional afin que toutes les îles aient une démarche commune d’efficacité énergétique.»

Véronique Espitalier-Noël rêve d’une coopération régionale parfaite entre les cinq îles sous le pôle COI Énergies. Le Fonds européen de développement (FED) finance les projets des quatre îles, à l’exclusion de La Réunion qui, elle, travaille avec ses propres financements et le Fonds européen de développement régional (FEDER). «Je travaille pour que La Réunion s’intègre dans les projets du FED, tout en ayant ses propres financements et notamment le FEDER. J’essaie de faire cette articulation FED-FEDER. Je plaide pour cela afin que le résultat soit plus englobant et que la coopération dans ce domaine soit complète.»

Véronique Espitalier-Noël a beaucoup milité et continue à le faire afin que les îles consolident leurs cultures communes. D’ailleurs, elle lancera bientôt un appel à écritures pour un projet allant dans ce sens. «Je veux concrètement participer au développement de nos îles et à la consolidation de notre conscience îlienne d’Indiaocéanie. Il faut qu’il y ait plus de solidarité entre nos cinq îles car nous ne sommes pas en concurrence mais complémentaires…»

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