Nomination contestée: Shamila Sonah-Ori se retire

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Celle qui a été conseillère municipale à Quatre-Bornes, sous la bannière du MSM affirme regretter «une politisation à outrance».

Celle qui a été conseillère municipale à Quatre-Bornes, sous la bannière du MSM affirme regretter «une politisation à outrance».

Face à la polémique, Shamila Sonah-Ori s’est désistée. C’est en début de soirée d’hier que la nouvelle est tombée. L’avouée a décidé de refuser les nominations comme membre de l’Electoral Supervisory Commission (ESC) et de l’Electoral Boundaries Commission (EBC). La cousine de Kobita Jugnauth a fait parvenir sa lettre au président de la République par intérim, Barlen Vyapoory, en ce sens. Elle dit avoir pris cette decision après avoir pris note de «the bad faith and various statements made by different members of the opposition, especially the leader of the opposition».

La lettre envoyée par Shamila Sonah-Ori à la présidence de la République, mercredi soir. Elle reproche notamment au leader de l'opposition sa «mauvaise foi».

Celle qui a été conseillère municipale à Quatre-Bornes, sous la bannière du Mouvement socialiste militant, de 2000 à 2005, affirme également regretter «une politisation à outrance» de cette affaire et précise qu’elle n’est en aucun cas disqualifiée pour ces deux nominations, étant une professionnelle avec plus de 25 ans d’expérience.

Ce développement de taille est intervenu alors que le Premier ministre Pravind Jugnauth, hier, à Rivière-du-Rempart, assistait aux célébrations du premier anniversaire de la Citizen Support Unit. Pravind Jugnauth avait pourtant publiquement soutenu la cousine de son épouse. Dans sa première réaction suivant cette nomination controversée de Shamila Sonah-Ori, le Premier ministre n’y voyait «rien d’illégal».

D’ailleurs, il a même dit n’avoir aucune objection qu’elle soit nommée dans ces deux institutions. Sur ses relations familiales avec Sonah-Ori, argument mis en avant par l’opposition, il a indiqué : «Savez-vous que Désiré Basset est mon avocat ? Savezvous que Dev Gowrea, qui est membre de cette commission, est le beau-frère de Satish Faugoo, qui est un politicien ? Savez-vous que Narghis Bundhun, qui est aussi membre de cette commission, est la soeur de Raouf Bundhun, qui était dans la politique ?»

La State House et le bureau du Premier ministre (PMO) étaient sous pression depuis samedi. Cela, depuis les allégations du leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, selon lesquelles le fax concernant la nomination de la principale concernée viendrait du PMO.

Dans l’entourage du président de la République par intérim, on évoquait même, hier, un sentiment d’embarras, surtout après le défilé des membres de l’opposition au château du Réduit. À ses proches collaborateurs, Barlen Vyapoory aurait fait comprendre ne pas vouloir être partie prenante d’un «shady business».

Après le leader de l’opposition, mardi, qui menaçait de venir de l’avant avec une motion de blâme au Parlement, le chef de l’État a reçu, dans le courant de la journée d’hier, le leader du Mouvement militant mauricien, Paul Bérenger, le chef de file du Parti travailliste au Parlement, Shakeel Mohamed, et Alan Ganoo, président du Mouvement patriotique.

De plus, la réaction du leader de l’opposition ne s’est pas fait attendre. C’est sur sa page Facebook que Xavier-Luc Duval a réagi à la décision de Shamila Sonah-Ori. Selon lui, c’est une victoire pour la démocratie mauricienne même si elle traduit un triste épisode pour la politique du pays. «Sharmila Sonah Ori has desisted. A great victory for our democracy. This sad episode nevertheless illustrates:

1) The greed of certain rascals in the corridors of power

2) The determination of certain persons to destroy our democratic institutions

3) That PMSD was right and foresighted to block the attack on the DPP in December 2016.

Thank you everyone for your support», a-t-il écrit.

Commissions électorales: la prérogative présidentielle

La lettre de nomination de Shamila Sonah-Ori provient bien du Prime Minister’s Office. Cependant, seul le président de la République a le pouvoir deprocéder à des nominations sur l’Electoral Supervisory Commission (ESC) et l’Electoral Boundaries Commission (EBC). Un ancien président de la République que nous avons interrogé sur la polémique concernant le cas de la cousine de Kobita Jugnauth, et qui s’est ensuite désistée hier, explique que la Constitution est claire concernant ce type de nomination.

L’ancien président cite l’article 38 (1) et (2) de la Constitution de Maurice, qui se lit comme suit : «There shall be an Electoral Boundaries Commission which shall consist of a chairman and not less than two nor more than seven other members appointed by the President, acting after consultation with the Prime Minister, the Leader of the Opposition and such other persons as appear to the President, acting in his own deliberate judgement, to be leaders of parties in the Assembly». La clause pour l’ESC est la même que pour l’EBC.

Après avoir fait son choix, le président consulte le Premier ministre et le leader de l’opposition. Il ajoute que le président de la République peut aussi consulter d’autres leaders de partis politiques qui sont représentés à l’Assemblée nationale. Le président dispose de pleins pouvoirs pour nommer les commissaires de ces deux institutions.

Notre interlocuteur rappelle le cas qui s’est produit en 2005, quand le président de la République d’alors, sir Anerood Jugnauth (SAJ), avait rejeté une liste de personnes dont les noms avaient été soumis par l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam pour être nommées à la Public Service Commission et à la Disciplined Forces Service Commission. SAJ avait pris sur lui pour nommer les membres de ces institutions.

L’article 38 (3) de la Constitution qui se lit comme suit, est également cité : «No person shall be qualified for appointment as a member of the Electoral Boundaries or the Electoral Supervisory Commission if he is a member of, or a candidate for election to, the Assembly or any local authority or a public officer or a local government officer.» Dans le cas présent, notre interlocuteur explique que, sous cette section, on ne peut reprocher le choix de Shamila Sonah-Ori, car elle n’est plus conseillère de ville. Il ajoute que sous la section (38) (3) on parle de «…if he is».

Selon l’ancien président de la République, la «bonne gouvernance requiert que des institutions indépendantes doivent être au-dessus de tout soupçon pour que des personnes soient nommées sur la base du mérite et non sur la base de la clientèle politique. Sinon nos institutions indépendantes vont saper la confiance du public avec les résultats qu’on sait pour beaucoup des pays.» Rappelons que la nomination d’un membre de l’ESC et de l’ESC est d’une durée de cinq ans.

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