Le secteur manufacturier se meurt

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Capture d’écran d’une vidéo projetée lors du lancement de la plateforme Teamonite de RT Knits à La-Tour-Koenig vendredi.

Capture d’écran d’une vidéo projetée lors du lancement de la plateforme Teamonite de RT Knits à La-Tour-Koenig vendredi. 

Dans son mémoire budgétaire, la Chambre de commerce et d’industrie de Maurice qualifie la situation affectant le secteur manufacturier de désindustrialisation. Doit-on faire une croix sur le secteur manufacturier ? Beaucoup d’observateurs y croient alors que les institutions du secteur privé tirent déjà la sonnette d’alarme sur une industrie dont la croissance a été réduite à 2 % ces trois dernières années, ne représentant que 13,1 % du Produit intérieur brut en 2018 (une estimation) contre 17 % une décennie de cela. 

Une situation que la Chambre de commerce et d’industrie de Maurice qualifie de désindustrialisation dans son mémoire budgétaire soumis récemment au ministère des Finances. 

Gerald Lincoln, Managing Partner chez Ernst & Young, n’est pas surpris que le secteur manufacturier se trouve dans une mauvaise passe, s’enfonçant dans une phase de croissance anémique. «Depuis longtemps, ce secteur a perdu son avantage comparatif par rapport à d’autres pays. Aujourd’hui, il n’y a aucune logique pour un investisseur de venir s’implanter à Maurice.» 

Il avance plusieurs raisons : la position géographique de Maurice qui est loin des fournisseurs de matières premières et le renchérissement du coût de la main-d’œuvre, qui n’est plus compétitif. «La preuve est que tous les grands groupes du textile mauricien ne produisent pas à Maurice. Leurs sites de production sont ailleurs, en Inde, au Bangladesh, à Madagascar, soit dans des pays où le coût de production est plus compétitif. Donc, je ne vois pas comment on peut relancer ce secteur en créant une plateforme régionale de production.» 

Une analyse à laquelle la Chief Executive de l’Association of Mauritian Manufacturers, Catherine Gris, ne souscrit pas totalement. «Maurice a la transformation dans ses gènes et les réalisations de son industrie sont autant d’exemples inspirant de nouveaux modèles de développement plus innovants et plus respectueux de notre responsabilité sociale et environnementale», s’est-elle confiée récemment à la presse. Tout en concédant dans la foulée que la taille limitée du marché local, l’absence de continuité territoriale et de matières premières et les coûts élevés des liaisons aériennes, maritimes et numériques affectent différemment d’autres grandes nations industrielles continentales. Toutefois, elle refuse de voir la désindustrialisation comme une fatalité, soutenant que c’est une tendance qui peut être renversée. 

Le «manutailing», comme nouveau business model 

RT Knits a lancé, vendredi, un projet qui peut s’avérer un créneau économique d’avenir. Les deux directeurs de cette entreprise, Kendal Tang et Jean-Li Wan Po, ont décidé de jouer la carte de l’innovation en lançant, le manutailing, fruit de manufacturing et de retailing. 

C’est un exemple à suivre, selon le Premier ministre, Pravind Jugnauth, présent, vendredi, au lancement d’une plateforme en ligne de RT Knits dédiée aux entreprises recherchant des vêtements personnalisés pour leurs équipes, livrables dans des délais très courts. Ce projet s’exportera en France d’ici fin 2018 et dans d’autres pays d’Europe en 2019. 

Cette plateforme, baptisée Teamonite, représente un enjeu stratégique vital pour RT Knits qui entrevoit dé- jà les limites du modèle B to B (Business to Business) pour l’exportation dans la manufacture. En passant au modèle B to C (clients), l’entreprise contrôlera, pour la première fois, l’intégralité de la chaîne d’approvisionnement de Teamonite – la production, le marketing, la commercialisation et la livraison directement aux consommateurs – récoltant localement les bénéfices d’une valeur ajoutée qui, jusqu’à présent, ne revenaient pas au pays. RT Knits se positionne désormais comme un manutailer. 

Face à la menace de la désindustrialisation qui pèse sur l’industrie manufacturière, le manutailing de RT Knits peut s’avérer un créneau économique d’avenir, voire un modèle de développement inclusif avec la création d’emplois de différentes catégories. Une démarche qui permet à l’industrie de redevenir attractive auprès des jeunes. «D’ici cinq ans, nous prévoyons un chiffre d’affaires de Rs 500 millions et pensons créer environ 100 emplois», expliquent Kendall Tang et Jean Li Wan Po. 

De quoi donner l’espoir aux autres opérateurs qu’il ne faut pas enterrer trop tôt cette industrie. Mais, au contraire, d’identifier et de développer des créneaux à haute valeur ajoutée axée sur l’exportation. De nouvelles industries qui garantiront l’apport de technologies et le savoir-faire favorable à une transition vers l’industrie du futur. 

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