Programme d’employabilité de Caritas: Marie-Christine Moura revit

Avec le soutien de

Ils étaient 37 à recevoir, hier, leur attestation du programme d’employabilité en boulangerie-pâtisserie. Parmi elles, Marie-Christine Moura, ancienne secrétaire Récit d’une reconversion.

Les femmes qui ont fait une pause dans leur carrière, à un moment ou à un autre de leur vie, galèrent généralement pour trouver un emploi lorsqu’elles décident de retourner sur le marché du travail. Cela a été le cas pour la Rodriguaise Marie-Christine Moura, 32 ans, qui vit à Maurice de façon permanente depuis sept ans, soit depuis son mariage à Eric Moura, de six ans son aîné.

Avant cela, Marie-Christine, qui a obtenu son School Certificate au collège Maréchal, faisait la navette entre La Ferme, à Rodrigues, où vivent ses parents et les villages de Petite-Rivière et Baie-du-Tombeau. Après son mariage, elle prend de l’emploi en tant que secrétaire au sein de plusieurs compagnies et apprécie grandement son travail. À la naissance de sa fille Léanne, aujourd’hui âgée de six ans, elle fait une pause pour pouvoir s’occuper pleinement de la petite. Ils vivent alors de ce que gagne son époux, qui est chauffeur de camion pour le compte d’une compagnie engagée dans l’alimentation. Et lorsque sa fille entre à l’école primaire, elle se dit qu’il est temps pour elle de reprendre le chemin du travail après cinq ans d’interruption, et se met à chercher du côté de son domaine de spécialisation, qui est le secrétariat. Elle se heurte alors à des obstacles à n’en plus finir.

Bien qu’elle ait répondu à une vingtaine d’offres d’emploi, rien n’y fait. Des fois, on lui demande pourquoi elle a fait une coupure si longue dans sa vie professionnelle. D’autres fois, on souligne qu’elle ne fera pas l’affaire car elle n’a pas de Higher School Certificate. Et quand on apprend qu’elle est mère de famille, on lui demande si elle va s’absenter lorsque son enfant est malade. «J’ai eu beau dire que j’habite à l’étage de la maison de ma belle-mère, qui pourra s’occuper de ma fille lorsque celle-ci est souffrante mais rien n’y a fait. Certains disent qu’ils vont vous rappeler mais ou res atan mem.»

Elle végète ainsi pendant un an et demi. Lorsqu’elle réalise que ses demandes n’aboutiront pas, elle examine ses options et se dit qu’il serait peut-être temps de se mettre à son compte. Mais dans quel domaine, elle l’ignore. Au moment de ce questionnement, elle assiste à la messe et à la fin de la cérémonie, il est annoncé que le centre de formation Caritas-Canne en Fleur, à Pointe-aux-Piments, et le Human Resource Development Program financent un programme d’employabilité en boulangerie-pâtisserie sous la houlette du National Skills Development Programme. Cette formation est destinée aux personnes vulnérables. Comme la pâtisserie l’a toujours intéressée, elle se fait inscrire.

Cette formation, d’une durée de huit mois, comprend deux mois d’initiation au Life Skills Management au centre de Caritas, à Port-Louis, six mois de formation technique avec le chef Simon Carnel au centre de formation Caritas-Canne en Fleur et un stage pratique de plusieurs mois en entreprise. Dans son cas, c’est au sein du département boulangerie-pâtisserie de Jumbo de Riche-Terre.

Marie-Christine Moura ne trouve pas la formation difficile. Comme elle aime ce qu’elle fait, elle apprend vite. Le seul inconvénient qu’elle trouve, c’est d’avoir à travailler le 25 décembre et le 2 janvier. «Li inpé bizar ler tou dimounn al légliz par examp, ou pé al travay. Mais on finit par s’y habituer. J’ai été fascinée par la boulangerie, surtout que nous avons été emmenés à trois reprises aux Moulins de la Concorde.» Elle apprécie aussi les techniques de pâtisserie.

Pour ce stage, elle est rétribuée Rs 6 000 par mois, montant inférieur à ce qu’elle percevait lorsqu’elle était secrétaire, mais qu’importe. «Mon but était d’apprendre la boulangerie-pâtisserie et d’avoir une attestation en la matière. D’autant plus qu’en temps normal, je n’aurais pu me payer un tel cours.» Pas même un mois après la fin de son stage chez Jumbo, elle trouve de l’emploi à la boulangerie de Baie-du-Tombeau, située à cinq minutes de son domicile et où elle achète son pain tous les jours. «En achetant mon pain, j’ai demandé à Mme Pamela Faron si elle et son mari embauchaient en ce moment. Elle m’a dit qu’elle cherchait quelqu’un qui maîtrise la pâtisserie. Cet emploi est tombé à pic.»

C’est ainsi que tous les matins, à 7 h 30, Marie Christine Moura marche jusqu’à son lieu de travail. Elle se charge alors de la confection des pâtisseries et des commandes spéciales comme des pains pour burgers et des paninis. Sa journée se termine à 14 heures, mais en cas de commandes supplémentaires, c’est à 16 heures qu’elle rentre à la maison. Elle reçoit l’équivalent du salaire minimum et est satisfaite, car elle est moins stressée.

Ce qui lui plaît avec ses employeurs de la Boulangerie de Baie-du-Tombeau, c’est qu’ils encouragent les initiatives. Pour la Pâques, au lieu de faire des gâteaux au chocolat, elle a suggéré la confection de génoises. Elle a été autorisée à faire un essai que les Faron ont aimé. Et ses génoises se sont bien vendues. «Zot bien zanti ek zot fléxib lor orer.»

Si elle ne regrette pas son emploi de secrétaire, le seul inconvénient qu’elle invoque est le fait qu’elle ne peut plus être coquette et se mettre du vernis à ongles. «En boulangerie, il faut que les ongles soient courts et dénués de vernis. Mais ce n’est pas bien grave. Ce cours en vaut la peine. Il m’a permis d’acquérir un nouveau savoir. C’est un autre chapitre de ma vie que j’ai commencé à écrire, mais il est loin d’être terminé car je veux parfaire ces connaissances de base.»

Marie-Christine Moura encourage les jeunes à suivre ce cours et à s’accrocher, malgré les inconvénients. «Nou formater Simon Carnel, inn dir nou : mem si bizin fer lédo ron, fer li, montré nou humble, naz kont kouran mé an rétour nou pé apran boukou zafer. Inpé zénes ki tinn komans kour-la inn kité. Fodé pa décourazé.»

Caritas-Canne en Fleur C’est en 2015 que Caritas île Maurice a lancé le centre de formation Caritas-Canne en Fleur. L’objectif de cette formation, destinée aux 17 à 35 ans, est d’offrir des cours de boulangerie et de pâtisserie à des personnes issues de milieux vulnérables afin qu’à terme, elles puissent être employables ou se mettre à leur compte en ouvrant une petite et moyenne entreprise. À la fin de ces huit mois de formation théorique et pratique en entreprise, les participants ont acquis les connaissances de base et sont à même d’obtenir un emploi comme commis pâtissier ou commis boulanger dans le domaine de l’hospitalité. À moins qu’ils ne choisissent de devenir entrepreneurs. Sur les 60 participants du début de la formation, 37 ont reçu leur attestation de réussite, hier.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires